Dans (Re)Lire, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué la littérature. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou d’ouvrages injustement méconnus, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.
Quatrième fiction de Céline Minard, Le dernier monde, publié chez Folio, est un mélange de romanesque, baroque fantaisiste, tiré de l’esprit du dernier homme sur Terre.
Seul au monde
Jaume Roiq Stevens, cosmonaute, refuse de retourner sur Terre en même temps que le reste de son équipage. Seul dans l’espace, il assiste à la naissance d’une étrange brume due à des explosions aux États-Unis, puis dans le reste du monde. Les communications cessent complètement avec les humains au sol, alors Jaume décide d’atterrir seul. Ce qu’il découvre ne le laisse pas sans voix. Parce que si tous les hommes et toutes les femmes ont disparu en laissant derrière eux un parfum de prune, face à cette solitude extrême et par la reprise des territoires par les animaux, Jaume ne se laisse aucunement sombrer dans la détresse. Très vite, de nouveaux personnages, issus de son cerveau et de son cœur, prennent la place des défunts, et le voilà qui parcourt la terre en hélicoptère, revisitant des terres aux quatre coins du monde, s’inventant des guerres et des périples avec les animaux qu’il croise sur sa route.
La quatrième de couverture dit « suspense », mais…
Une gigantesque catastrophe a touché le monde humain. La seule personne qui reste écrit son épopée dans un carnet, qui se fait manger en cours d’aventure par un orang-outan. Et malgré les kilomètres avalés par Jaume, les histoires folles racontées par les voix dans sa tête et celles des animaux croisés, il ne se passe, concrètement, pas grand-chose justifiant le mot « suspense ». Le roman joue avec les voix multiples, proposant des chapitres dédiés à des personnages nommés Waterfull, Lawson ou Echampson, mais étant donné qu’ils font partie de Jaume, même quand ce dernier se retrouve dans une situation difficile, comme poursuivi par un lion dans la savane, il est impossible de craindre quoi que ce soit pour lui. Ce sentiment se retrouve presque tout le long du livre ; seul le début invoque la curiosité, voire l’inquiétude, avec l’inimitié manifeste de Jaume envers les membres de son équipage spatial, la communication radio et la télé qui coupent, le spectacle de la terre embrumée… Son odyssée se passant la majeure partie du temps dans son imagination très inventive, en tant que lecteurs ou lectrices, nous subissons un périple partant de plus en plus dans une « ivresse schizophrénique », sans ressentir un réel sentiment d’aventure.
Une écriture flamboyante
Le texte de Céline Minard est complètement fou, sans queue ni tête, mais il a le mérite d’être bien porté. L’autrice multiplie les jeux de mots, les intervenants surréels, invoque d’anciennes légendes se heurtant à la perplexité d’un homme moderne désormais seul au monde. Elle maîtrise de nombreux éléments culturels qu’elle étale dans son récit selon les endroits où Jaume et sa bande imaginaire débarquent. Mais dans son désir de marquer l’aspect hallucinatoire de la situation dans laquelle se retrouve Jaume et le déclin de sa santé mentale, tout ce qui était d’un style farfelu, mais compréhensible, explose et les anecdotes tirées d’on ne sait où se multiplient. Par moments, il y a des pages entières qui mêlent sexe et description de paysage, à d’autres, nous ne sommes plus avec Jaume, mais avec des animaux mythiques qui racontent comment ils ont créé le monde. Le personnage se perd, mais pas agréablement. Le ressenti final est celui d’un capharnaüm prétendument organisé.
| Le dernier monde se range plus dans la catégorie des livres philosophiques que dans celle de la science-fiction. Sa thématique principale est le voyage, dans toutes ses dimensions possibles : spatial, terrestre, animal, mental… Ainsi, malgré un travail d’écriture pointilleux et manifeste de l’autrice, il est difficile de suivre pareil roman, qui veut explorer la folie, mais qui s’y enfonce peut-être un peu trop. |
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