Artepolis : bienvenue en Francia, au XXe siècle

Juliette Baron, autrice déjà connue pour ses romances et ses dystopies, signe avec Artepolis (chez Mnémos, collection Naos) une uchronie steampunk pailletée de fantasy. Nous y retrouvons un nouveau continent du début du xxe siècle, où se mêlent sciences occultes et enquête policière. Accessible à un public très large, ce nouveau roman coche la majorité des cases d’un récit réussi : agréable, fluide et avec lequel nous ne pouvons que passer un bon moment.

« Pratiquer des activités illégales, c’est une passion ou juste un passe-temps pour vous deux ? »

L’histoire

Elvire Gatice voit enfin son rêve se réaliser : intégrer le prestigieux Institut d’histoire, des arts et des sciences d’Artepolis en tant que stagiaire. Mais l’enthousiasme retombe vite lorsqu’on lui confie un sujet de recherche pour le moins déroutant : Solveig Mirkkenslav, un botaniste-alchimiste tombé dans l’oubli, mort dans des circonstances jamais élucidées.

Au même moment, ce nom refait surface dans l’investigation menée par sa meilleure amie, Éléonore d’Argilès. Aristocrate intrépide et stagiaire au commissariat de police, celle-ci enquête sur un meurtre dont les ramifications semblent remonter jusqu’aux mystérieux travaux de Mirkkenslav, qui portent sur une fleur inconnue.

Des ruelles les plus sombres d’Artepolis aux cercles clandestins des disciples de l’occultiste Rodjen Mertenpuil, les deux jeunes femmes vont découvrir que certains secrets n’auraient pas dû être déterrés… et que quelqu’un est prêt à tuer pour les protéger.

Une enquête au rythme maîtrisé

Le roman possède une cadence nerveuse, qui ne connaît aucune baisse de tension. Les péripéties s’enchaînent, empêchant l’enquête de donner l’impression de tourner en rond, avec un très bon équilibre entre investigation, découverte d’éléments de wordbuilding et développement des relations entre les personnages. En ce qui concerne les sciences occultes, elles auraient pu être davantage développées, mais étant donné que presque aucun protagoniste ne les maîtrise, c’est pardonné.

L’univers est d’ailleurs l’un des gros points forts du livre car, bien que les uchronies de l’époque industrielle ne soient plus une nouveauté, Juliette Baron réinvente le monde du début du xxe siècle : les jours n’ont plus les mêmes noms, les pays sont différents et même certaines figures historiques, comme Jules Verne, apparaissent sous une autre identité. Les différents clins d’œil ajoutent une touche de légèreté sans alourdir le récit.

Des personnages qui nous embarquent

Le duo Achille-Éléonore (un enquêteur et sa stagiaire) fonctionne particulièrement bien. Jonas est également un personnage agréable à suivre, tandis qu’Elvire est plutôt convaincante malgré son côté très classique d’héroïne intellectuelle et maladroite. Les différentes romances restent assez légères et ne prennent pas toute la place. Celle d’Elvire peut cependant paraître assez artificielle, notamment parce qu’elle échange finalement assez peu avec la personne qui lui plaît. Éléonore est la seule protagoniste moins convaincante. Elle est presque sans défauts et débloque l’histoire à chaque fois que les autres personnages se retrouvent coincés. Elle a toujours une idée ou connaît toujours quelqu’un qui peut les aider. Lorsque ses actions sont illégales, elles lui sont facilement pardonnées, alors même que certains membres de la police sont pourtant au courant de celles-ci. Cela enlève un peu de crédibilité à l’histoire et, à force, on finit par avoir du mal à croire au personnage.

Le roman a aussi une particularité qui joue à la fois en sa faveur et en sa défaveur : quasiment chaque scène a son importance. Un élément qui semble anodin peut être réutilisé plusieurs chapitres plus tard. C’est très satisfaisant lorsqu’on comprend enfin pourquoi un détail avait été introduit, mais cela réduit aussi la surprise au moment du dénouement. En tant que lecteur ou lectrice, on finit par garder en tête tout ce qui semble inhabituel en se disant que cela servira forcément plus tard, puisque le récit est ainsi conçu.

Un dernier gros point positif réside dans la résolution totale de toutes les questions que l’intrigue instaure. Les éléments du scénario finissent par s’emboîter et on comprend les tenants et les aboutissants de l’histoire, avec une vraie fin qui conclue chaque part d’ombre apportée par le récit.

En résumé, Artepolis est une excellente lecture, notamment portée par une intrigue rythmée. Les sciences occultes ajoutent une touche de fantasy intéressantes, bien que plutôt minime, et les personnages fonctionnent globalement très bien. Le roman est surtout agréable parce qu’il sait où il va : l’intrigue avance constamment, les éléments dispersés au fur et à mesure sont tous utilisés et toutes les questions finissent par trouver une réponse. Si vous aimez les uchronies, les enquêtes et les univers steampunk, sans forcément vouloir vous lancer dans une fantasy très complexe, Artepolis est clairement un livre à découvrir.

Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse


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