L’Odyssée est le dernier film du très connu Christopher Nolan, adaptant la non moins connue Odyssée d’Homère. Pari risqué pour le réalisateur, car tout le monde connaît déjà l’histoire de près ou de loin, et les littéraires ou pseudo-connaisseurs du sujet s’en donneront à cœur joie pour dire que le film ne respecte pas à la lettre chaque ligne d’Homère. Pour porter cette fresque, Nolan s’est entouré d’un casting hollywoodien impressionnant avec Matt Damon, Tom Holland, Zendaya, Anne Hathaway, Robert Pattinson ou encore Jon Bernthal.
L’histoire
Après être sorti vainqueur de la guerre opposant les Acchéens aux Troyens, Ulysse tente de rentrer chez lui. Mais alors que le voyage n’aurait dû durer que quelques semaines, le voilà pris durant dix longues années dans des péripéties, victime des dieux et des monstres.
Une adaptation ambitieuse d’une histoire non moins ambitieuse
Le premier élément qui distingue le poème du film est l’approche très réaliste de Nolan. En effet, ce dernier choisit de raconter L’Odyssée de manière beaucoup plus terre à terre que le récit original. Les éléments fantastiques sont réduits au minimum : les passages avec Circé, le Cyclope, les Lestrygons ou encore les Enfers sont présents, mais traités avec beaucoup de retenue. Quant aux dieux, pourtant omniprésents chez Homère, ils disparaissent complètement de cette adaptation.
Avec une dizaine d’étapes à raconter en près de trois heures, tout en suivant également ce qui se passe à Ithaque auprès de Pénélope et Télémaque, chaque épisode du voyage d’Ulysse dispose finalement de peu de temps à l’écran. Presque tous les grands moments du poème sont là, mais certains auraient mérité davantage de développement (notamment l’épisode de Charybde et Scylla, ou encore celui de Calypso). On peut aussi penser à la célèbre ruse absente du film où Ulysse se fait appeler Personne, alors qu’il s’agit probablement de la scène la plus connue de toute L’Odyssée. C’est un passage emblématique qui perd ici une bonne partie de son impact. À l’inverse, la séquence des sirènes est particulièrement réussie, avec un spectateur rendu sourd à leur chant. Enfin, les scènes en mer sont visuellement superbes, tandis que la bataille de Troie impressionne par sa surprenante simplicité, sans abuser des effets spéciaux numériques.
Un casting qui parvient à faire oublier qu’il est hollywoodien
Le casting est sans doute l’une des plus grandes réussites du film. Matt Damon en Ulysse est crédible du début à la fin. Il dégage naturellement cette image de chef capable d’entraîner les autres derrière lui, tout en laissant apparaître progressivement les failles du personnage. Anne Hathaway livre une très belle interprétation de Pénélope. Sa détresse au moment du départ d’Ulysse pour la guerre de Troie est particulièrement touchante. Tom Holland est lui aussi excellent dans le rôle de Télémaque. Son personnage est bien développé et sa quête pour découvrir qui était réellement son père fonctionne très bien, notamment dans ses échanges avec Pénélope, même si son arc était davantage développé chez Homère. Robert Pattinson est tout aussi convaincant dans son rôle d’antagoniste. Il suffit de quelques scènes pour avoir envie de le détester, ce qui prouve que son interprétation fonctionne parfaitement. En revanche, Zendaya est assez oubliable. Ce n’est pas vraiment sa faute : son personnage manque simplement de matière et le scénario ne lui donne jamais l’occasion de se démarquer. Même constat pour Elliot Page, dont le rôle reste très secondaire.
Ce qui est le plus intéressant dans cette adaptation est le regard porté sur Ulysse. Le film refuse d’en faire un héros irréprochable. Au contraire, il apparaît souvent comme responsable de son propre malheur, et son long voyage prend la forme d’une rédemption après avoir transgressé les lois de Zeus. C’est une vision intéressante, car l’imaginaire collectif retient surtout Ulysse comme un héros, alors que les textes antiques montrent un personnage beaucoup plus ambigu. Certains dialogues, notamment lors de son retour auprès de Pénélope, résonnent même avec des questions très actuelles sur le pouvoir, la responsabilité et les conséquences de nos choix.
| En résumé, Christopher Nolan livre une adaptation réussie malgré les libertés prises avec le texte d’Homère. Son approche plus réaliste pourra dérouter les amateurs de mythologie, notamment par la place réduite accordée à la fantasy, mais elle permet aussi de proposer une lecture originale du voyage d’Ulysse. Porté par un casting remarquable, de très belles scènes maritimes et une réflexion intéressante sur la figure d’Ulysse, le film mérite d’être découvert. |
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