J. M. Miro, de son vrai nom Steven Price, est un romancier et poète canadien, qui s’est lancé dans l’écriture d’une histoire surnaturelle avec une série digne des X-Men : La Trilogie des talents. Monstres ordinaires en est le premier tome et s’est révélé prometteur, avec une ambiance gothique à souhait et des personnages complètement perdus dans leur combat contre les morts.
Des êtres extraordinaires
xixe siècle, une jeune servante en fuite trouve un bébé lumineux dans un train. Un adolescent coupable de meurtre a été tué six fois, mais respire toujours. Voilà les êtres que recherchent Alice Quicke et Frank Coulton, qui travaillent pour Henry Berghast, directeur d’une institution particulière : Cairndale. Celle-ci recueille les enfants porteurs de pouvoirs particuliers pour les former et les garder en sécurité jusqu’à la perte de leurs capacités. Alice ne croit que moyennement à toutes ces histoires, malgré les preuves évidentes sous ses yeux. Pour tout dire, emporter des bambins du monde entier sous de faux prétextes rien que pour les fourrer dans un manoir perdu près d’un loch l’écœure, et elle souhaite démissionner après avoir récupéré Marlowe, le bébé lumineux, désormais devenu un enfant. Pourtant, elle s’attache au garçonnet et se rend bientôt compte qu’un être capable de manipuler la poussière les poursuit, manifestement décidé à mettre la main sur Marlowe…
Une polyphonie au service du rythme
Les 704 pages de ce premier tome peuvent se montrer impressionnantes de prime abord, puisqu’elles offrent au lectorat un aperçu de l’esprit de tous les héros et vilains. Ainsi, l’histoire se passe tour à tour dans la tête d’enfants, d’adolescents, de personnes âgées et de créatures surnaturelles, et les informations se complètent et s’opposent, ce qui crée un amalgame de contenu qui s’accumule au fil de la lecture. Si l’histoire est annoncée comme tournant autour de Marlowe, l’enfant lumineux, et de Charles, l’adolescent capable de se régénérer, elle est en réalité très riche et c’est l’une de ses plus grandes qualités. La plongée dans l’univers magique de J. M. Miro est ainsi progressive et complète, voire facétieuse, car elle se fait au détriment des personnages, souvent ballottés d’un coin du globe à l’autre par manque d’informations et à cause du danger. Un attachement se crée, malgré la quantité de héros, car leur portrait est dressé à la fois grâce à une focalisation interne et externe. Les relations entre tous se retrouvent ainsi renforcées et, lorsque des scènes difficiles arrivent, il peut être dur pour les lecteurs et lectrices de devoir dire adieu à certains de leurs protagonistes préférés.
Comme au cinéma
La polyphonie sert également à imposer un rythme particulièrement nerveux, loin de la lenteur à laquelle on pourrait s’attendre pour un ouvrage présentant plusieurs caractéristiques du gothique. La rapidité et l’efficacité sont de mise entre les pages du roman : les points de vue peuvent, lorsque l’action prend de l’importance, changer à toute vitesse, d’une page à l’autre, superposant les angles de vue sur une scène et les différentes tensions qui s’y déploient. Les amateurs et amatrices de films d’action retrouveront entre ces pages un rythme relevant du cinéma, avec des mouvements « de caméra » très discernables, qui favorisent la visualisation des scènes et des personnages. Ainsi, lorsque Walter Laster, la liche, attaque Charles à Londres, l’urgence et le danger sont très bien représentés par l’alternance de point de vue entre ces deux esprits totalement différents, celui du prédateur et celui de la proie. En outre, aucun des personnages ne poursuit réellement le même but, et les révélations leurs sont données au compte-gouttes, à quelques-uns d’entre eux, ainsi, lorsque la fin littéralement explosive du roman s’amorce, tout s’enchaîne très vite. De plus, le roman ne voyage pas que dans les esprits, mais aussi dans le monde : les paysages se multiplient et les voyages sont parfois longs, faisant vivre au lectorat une véritable aventure aux quatre coins du globe avant de les ramener à Cairndale.
| Monstres ordinaires est non seulement distrayant, mais aussi effrayant, avec son ambiance d’horreur aux petits oignons. Écrit de façon à faire vivre une aventure cinématographique à ses lecteurs et lectrices, ce roman met en page le rythme qui caractérise les meilleurs films d’action. De plus, avec son univers à la Miss Peregrine et les enfants particuliers, c’est une toute autre vision de la fantaisie gothique qui pend forme, reposant sur une magie présente seulement chez quelques enfants et adultes. Les enjeux n’en sont que plus importants et le suspense est de mise. Une lecture durant laquelle il est impossible de s’ennuyer ! |
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