(Re)Voir Vamp et se faire vampiriser par Grace Jones

Dans (Re)Voir, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué le monde audiovisuel. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou de productions injustement méconnues, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.


Ce 18 juillet 2026, le premier film de Richard Wenk célèbre ses 40 ans. Si le réalisateur n’a pas brillé sur la durée du fait d’œuvres majoritairement oubliables – comme Gary et Linda en 1998 ou encore Wishcraft en 2002 avec Danny Graves –, l’aîné de ses longs-métrages demeure dans les mémoires grâce à sa singularité et sa tête d’affiche, elle, inoubliable.

Deux étudiants au pays des vampires

Afin d’être acceptés dans la fraternité étudiante de leur université, Keith et A. J. subissent des bizutages à foison. Arrive leur ultime gage pour réussir leur admission sociale : embaucher une strip-teaseuse pour la prochaine soirée de la confrérie. Après plusieurs recherches, ils trouvent l’After Dark Club où une femme très singulière semble exercer, et celle-ci pourrait bien faire l’affaire. Peut-être que leur ultime gage sera également le tout dernier défi de leur vie…

Lorsque Vamp rime avec camp

Richard Wenk signe, avec son premier long-métrage, une œuvre qui rentre parfaitement dans les codes du style camp : un terme anglais1 servant à mettre en scène exagérations et bizarreries du milieu underground. C’est le meilleur qualificatif possible pour parler de Vamp, une création vampirique qui en possède de nombreuses caractéristiques, à commencer par la fabuleuse Grace Jones. Outre son travail de chanteuse et de mannequin, elle a joué dans quelques films (notamment Conan le Destructeur de Richard Fleischer, et elle fut même James Bond girl dans le Dangereusement vôtre de John Glen) dont celui-ci, qui est son rôle le plus marquant. Personnalité de la scène disco américaine des années 1970-1980, elle interprète ici le rôle de Katrina, une reine vampire assoiffée de sang, de violence et d’hommes attirés grâce à ses numéros de danse atypiques (à la fois irrégulierset entièrement sexuels), qu’elle joue entièrement nue et recouverte de motifs de Keith Haring (un artiste homosexuel alternatif de l’Amérique des années 1980). Ce rôle minime, presque muet, est pourtant devenu l’image de marque de ce film qui n’aurait été aussi marquant sans cette actrice. Grace Jones l’incarne très justement, avec un panache qui a fait d’elle une star désormais mondialement connue, et elle possède l’une des scènes de fin les plus drôles des comédies horrifiques de ces années-là (et qui marquera d’une pierre blanche l’univers de la SFFF comique au cinéma).

À part Grace Jones, Vamp possède une scénographie hilarante, des musiques qui installent une ambiance disco horrifique, ainsi que de nombreux éléments qui n’ont pas beaucoup de sens (l’histoire du gang des albinos, l’ambiguïté de certains personnages dont la nature entre l’humain et le vampire reste floue, etc.). Cependant, sa bonne ambiance générale permet de passer un moment de cinéma alternatif agréable et accessible.

Vamp n’est pas vraiment un film qui a traversé les âges puisqu’il a perdu son public (excepté quelques connaisseurs du genre), mais il est définitivement une source d’inspiration pour de nombreuses productions postérieures, surtout depuis les années 2000. Véritable petite machine mêlant brillamment art, ambiance sous-terraine, humour et une horreur décapante, il est possible de trouver des traces de ses singularités dans des œuvres plus modernes usant des mêmes thématiques : American Horror Story et What We Do In The Shadows pour les plus sérieuses, jusqu’à Scream Queens et Scary Movie pour les plus déjantées.

Un film de son époque

Le film de Richard Wenk est un petit bijou du cinéma d’horreur fantastique des années 1980. Même s’il a connu une certaine célébrité à son époque – assez minime, mais qui lui a tout de même valu deux nominations à divers prix internationaux (les Saturn Awards et le Fantasporto de 1987) – il a sacrément vieilli. Les effets visuels sont datés à l’extrême, les maquillages également, etc. Lorsque la bande défile, l’impression de regarder un vieux film Z qui n’a pas su dépasser son temps reste très présente.

La prestation des différents acteurs est, par ailleurs, globalement assez mauvaise (outre Grace Jones, comme dit précédemment) : Chris Makepeace, Gedde Watanabe et Robert Rusler, interprétant les trois personnages principaux, jouent des archétypes ennuyeux et mal écrits, typiques des étudiants masculins américains ne pensant à rien d’autre que ramener une fille dans leur lit et aller voir des matches de baseball avec les « bros ». Mais Vamp reste, malgré cela, un film réconfortant à regarder, à l’instar de High School Musical ou Princesse malgré elle, lorsqu’ils semblent être les choix de dernière nécessité. 

Vamp n’est pas un film que l’on pourrait qualifier d’actuel. Il a subi les affres du temps et le floutage pelliculaire – constitutif des vieilles réalisations – laisse une impression poussiéreuse lors du visionnage (peu importe son support, le long-métrage n’a jamais connu de remastérisation). Néanmoins, la médiocrité du jeu d’acteur et l’interprétation datée des archétypes que sont les personnages donnent envie de rire un bon coup et de ne pas se prendre la tête. Grace Jones, elle, reste évidemment resplendissante malgré son intéressant mutisme.

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  1. Il a cependant une étymologie qui le fait provenir de la langue française. La source la plus sûre est qu’il s’agit d’un dérivé de la dualité verbe/verbe pronominal « (se) camper » qui, au xviie siècle, signifiait « prendre la pose ». Le terme est devenu populaire dans les années 1960 grâce au polari, une langue argotique parlée au Royaume-Uni par les personnalités underground, des acteurs, circassiens ou encore les homosexuels. Utilisé pour signifier le grotesque, l’exagération à outrance, la provocation ou l’ironie, le terme camp est devenu peu à peu propre à la culture queer. Source : https://www.etymonline.com/word/camp. ↩︎

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