Glitch : un Stranger Things chill à la japonaise

Après son polar londonien Lost Lad London, la mangaka Shima Shinya plonge dans le surnaturel avec Glitch, une histoire d’adolescents enquêtant sur des phénomènes paranormaux dans la petite ville japonaise de Toka. Résumé ainsi, cela peut sembler convenu, pourtant, l’autrice parvient à installer une ambiance douce qui tranche avec les œuvres du genre et qui colle parfaitement à son style graphique atypique.

Surnaturel

Minato, Akira et leur mère viennent à peine d’emménager à Toka que des événements étranges surviennent. Des ombres gigantesques apparaissent en plein cours – ce qui ne semble perturber personne –, des chats disparaissent, des créatures mystérieuses se déplacent à toute vitesse dans les rues… Heureusement, Kei et Ito, les deux amies que se fait Akira après son arrivée, expliquent aux nouveaux venus qu’ils ne sont pas les seuls à être confrontés à tout ça. Pour tout dire, cela fait bien longtemps qu’il se passe des choses bizarres à Toka et les habitants ont pris l’habitude de ne pas sortir la nuit ou d’être confrontés à des créatures qui semblent venir d’un autre monde. Néanmoins, les phénomènes semblent s’intensifier et le bois qui se trouve au milieu de la ville pourrait en être l’origine. Minato et Akira, aidés de Kei, Ito et d’un allié incongru, décident de mener l’enquête afin de découvrir pourquoi leur ville semble « glitchée ».

Atypique

Dès ses premières cases, Glitch pose un cadre dont on sait qu’il va dépasser son simple sujet de ville envahie de phénomènes surnaturels. Bien que l’on ignore pourquoi Minato, Akira et leur mère, Noe, ont décidé d’emménager à Toka, il est évident que leur famille a quelque chose d’atypique, et pas simplement parce que les enfants appellent Noe par son prénom. Fait rare dans un manga qui n’est pas centré sur la question, Minato est un personnage non genré, sans que cela ne soit jamais un enjeu du récit. Shinya met également en scène des personnages d’une grande diversité, non pas pour permettre à son lectorat de les identifier plus facilement ou pour remplir un cahier des charges, mais pour représenter un Japon plus fidèle à la réalité, puisque le pays compte aujourd’hui près de 4 millions d’étrangers.

Tous ces éléments constituent la toile de fond autour de laquelle la mangaka tisse son récit. Un récit qui, là aussi, surprend par la manière dont il est abordé. En contradiction totale avec les thrillers surnaturels occidentaux, Shima Shinya décrit des événements bizarres, surprenants, mais qui ne semblent pas (à l’échelle de ce premier tome) dangereux et qui sont donc accueillis avec un certain pragmatisme par la population de la petite bourgade où se déroule son histoire. Passé l’étonnement et l’inquiétude, on se surprend, nous aussi, à accepter cette bizarrerie avec philosophie et l’on ne s’étonne même plus que Minato et Akira confient leurs réflexions à un épicier ayant des ailes à la place de la tête !

D’autant que le style de l’artiste, assez éloigné du manga traditionnel et plutôt hybride, s’associe très bien avec cet univers aux personnages atypiques et dont les décors, bien qu’urbains, laissent une certaine place à la nature. Le rythme ménage également le lectorat, avec une enquête plaisante à suivre tout du long et un final dans la grande tradition des séries japonaises en plusieurs tomes.

Glitch est une excellente surprise. En renversant les codes du thriller fantastique pour développer une enquête adolescente plus douce, Shima Shinya accentue la bizarrerie de son univers tout en permettant à son lectorat d’y entrer avec plus de facilité. L’enquête de Minato, Akira, Kei et Ito promet d’être riche en surprises.

Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse

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