Après l’excellent album L’Été fantôme, Elizabeth Holleville quitte le territoire de l’enfance pour s’attaquer à la trentaine dans Hysteria. Maintenant qu’elle a exploré les bouleversements de l’entrée dans l’adolescence, l’autrice aborde la pression qui pèse sur les femmes nullipares et fait des injonctions à la maternité le sujet d’un récit d’horreur glaçant.
Lignée féminine
Garance est contrainte de vivre chez ses grands-parents, qu’elle n’a pas revus depuis son enfance, le temps de trouver un appartement. La jeune femme, qui partage sa vie entre son emploi de gardienne de musée et sa passion pour le cinéma d’horreur amateur, n’a pourtant rien en commun avec cette famille bourgeoise que sa mère a fuie toute sa vie. D’autant que les cauchemars qui harcèlent Garance depuis toujours semblent se manifester encore plus régulièrement entre les murs de La Roselière, le manoir de sa grand-mère. Plus elle s’intéresse à cette famille dont elle a été tenue éloignée toute sa vie, plus Garance s’interroge : pourquoi sa lignée n’engendre que des filles ? Et pourquoi ont-elles toutes un prénom qui commence par un « G » ? De coïncidences troublantes en révélations inquiétantes, la jeune femme pourrait bien découvrir un secret capable de la faire sombrer dans la folie.
Horrifique
Elizabeth Holleville déclare avoir étudié de nombreux films et romans d’horreur pour réaliser cet album qui lui a pris quatre ans de travail. Un temps qui n’a pas été investi en vain quand on voit le résultat : anxiogène et angoissant à souhait ! Tout du long, on s’interroge, on échafaude des théories, sur ce qui se trame vraiment dans l’étrange famille de Garance. Comme l’héroïne, nous devenons paranoïaque, au point de suspecter chaque personnage d’œuvrer en réalité contre elle… mais dans quel but ? Jusqu’à la toute fin, l’autrice maintient le suspense sur les véritables enjeux de son histoire qui se conclut sans apporter l’intégralité des réponses que l’on y cherche.
« La femme pouvant être mère, on en a déduit qu’elle devait l’être… et ne trouver son bonheur que dans la maternité », disait Elisabeth Badinter. En utilisant les injonctions à l’enfantement pour concevoir son récit, l’autrice détourne les codes classiques des histoires féministes – et de celles sur les sorcières – pour faire des femmes les gardiennes de leur propre asservissement, tout en mettant en scène une métaphore sur un « désir d’un enfant » moins naturel que poussé par la pression sociale. Le tout est servi par une ambiance graphique qui permet de susciter le malaise sans jamais être dans la surenchère ou le gore esthétisé, et riches en symbolisme.
| Hysteria profite de l’intégralité de ses 256 pages pour mettre en place un récit singulier, qui sait ménager son suspens pour faire monter le doute (et l’angoisse) de façon progressive. À la fois ode à la liberté, à l’émancipation, et critique sociale, ce roman graphique continue de faire réfléchir son lectorat bien après sa dernière page. |
Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse.
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