Les fées ont la cote dans la romantasy en ce moment ; les voici qui s’invitent dans les intrigues royales des différentes cours de l’univers de Claire Sager. A Kiss of Iron n’est pas tellement une histoire de magie, il ne s’y trouve même pas une petite malédiction, le maître-mot de ce roman est plutôt la résilience. Enfin, une résilience dissimulée sous une bonne dose de sexe…
L’histoire
Katherine est une noble désargentée devant assumer les dettes de son mari parti à l’aventure sur un autre continent. Lui vouant une haine assumée pour sa lâcheté, et parce que leur mariage était loin d’être de son choix, la jeune femme endosse l’identité de Lady Malice, la nuit, pour voler des nobles rentrant de soirée. Son but : couvrir ses dettes et prendre soin de ses deux employés. Sa vie bascule lorsque la reine de la cour d’Albion la demande, la réclame, même, pour qu’elle devienne sa nouvelle dame de compagnie. En parallèle, le maître-espion de la monarque recrute l’héroïne pour l’inciter à surveiller un guerrier fae particulièrement redouté, soupçonné de complot contre la couronne d’Albion. La promesse d’un paiement généreux suffit à Katherine, qui se jette corps et âme dans sa quête. À l’excès. Bien qu’elle effectue sa mission, ses nombreuses rencontres misogynes lui font revivre des traumatismes enfouis, transformant cette femme forte en une personne pleine de doutes et de peur.
Une romance trop épicée
A Kiss of Iron est une romance prenant place au milieu des intrigues des cours humaines et féériques. Alors que le début du roman est prometteur, mettant en place des personnages aux objectifs clairs et calculés, tout bascule beaucoup trop vite dans une histoire de séduction réciproque entre deux personnages. Les scènes de sexe, qui auraient dû être cruciales, abondent et, malgré leur piquant, n’en restent pas moins trop nombreuses, jusqu’à devenir ennuyeuses. Il y a trop de chapitres dans lesquels Katherine et Bastian, le fae qu’elle est censé espionner et charmer, sont seuls et essaient de se sauter dessus sans arriver au climax de leur désir parce quelque chose les interrompt. Clare Sager, avec cette technique visant à jouer avec la frustration de son lectorat, transforme son texte en un cartoon pour adultes plutôt prévisible.
Des personnages façonnés par leurs traumatismes
Katherine construit ses réactions et ses désirs selon un passé enfoui quelque part en elle. Il la hante au point qu’elle en arrive à accepter avec fatalisme chaque violence et manipulation misogyne qu’elle subit. Comprenant que son corps et ses charmes ne sont, une fois de plus, qu’un outil pour s’en sortir dans un monde bâti par les hommes, Katherine commence à se retrouver lorsqu’elle tombe amoureuse de Bastian et découvre le désir, le plaisir et l’envie. Toute une séquence du roman aborde le syndrome de trouble post-traumatique qui survient chez elle après une énième agression, et permet au récit de prendre, enfin, une tournure sérieuse, de s’éloigner d’une simple histoire sexuelle de plus à glisser en cachette dans sa bibliothèque. Les autres personnages révèlent eux aussi l’origine obscure de leur personnalité : Ella a bâti tout son être sur un humour salace inspiré de ses aventures érotiques professionnelles, Bastian accepte le rôle de monstre qu’on lui attribue sans essayer de s’en défaire… L’autrice met en scène des personnalités qui servent de mur pour masquer des troubles et fêlures intérieurs.
A Kiss of Iron est une lecture passe-temps. Malheureusement, malgré son potentiel, elle joue trop avec des clichés vus et revus, au détriment d’une intrigue politique et féministe qui aurait pu être encore plus poussée. Si les femmes sont traitées comme des objets sexuels, elles transforment tout ce qu’on leur attribue comme faiblesse en une arme de manipulation intéressante, mais cet aspect est finalement laissé de côté au profit du développement des scènes de séduction. Bastian est réduit à un énième type ténébreux et surpuissant qui tombe amoureux de l’héroïne. Le suspens romantique n’est pas du tout bien géré. Clare Sager fait preuve d’irrégularité dans ses choix narratifs, notamment en tronquant complètement l’histoire d’Avice, la petite sœur de Katherine. Au vu de la façon dont cette partie est traitée, il est probable qu’elle soit écrite quelque part ailleurs, mais en commençant par ce roman-ci, la sensation de manque est perturbante. A Kiss of Iron n’est donc pas une lecture touchante et surprenante, mais appropriée pour passer le temps et lire de l’épicé.
| En définitive, A Kiss of Iron oscille constamment entre une romantasy aux ambitions féministes et une romance très épicée qui finit par prendre le pas sur le reste. Si Clare Sager esquisse des réflexions intéressantes sur les traumatismes, la résilience et la place des femmes dans une société profondément misogyne, ces dernières ne peuvent s’épanouir face à une accumulation de scènes de séduction et des ressorts romantiques convenus. Le roman reste une lecture divertissante, portée par une plume fluide et des personnages marqués par leurs blessures, mais laisse le sentiment d’un potentiel seulement à moitié exploité. Il est possible que les tomes suivants de cette saga permettent une amélioration du traitement des problématiques « sérieuses », mais l’autrice elle-même indique en fin d’ouvrage que le spicy sera de plus en plus présent et corsé. On peut donc conclure avec l’idée que ce roman est une lecture idéale pour les amateurs de romantasy sensuelle, moins pour celles et ceux qui espéraient une intrigue politique et féministe aussi ambitieuse que celle mentionnée dans le texte. |
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