Daevabad, La Cité de laiton : la mythologie des djinns remaniée

Shannon Ali Chakraborty a offert au monde littéraire une ode aux mythes et contes musulmans. Soyez téméraires et mêlez-vous aux tribus djinns, génies mythologiques aux pouvoirs stupéfiants, dans le premier tome de cette trilogie centrée sur le folklore et la mythologie islamiques. Publié aux éditions J’ai lu, La Cité de laiton a été tellement bien reçu qu’il faut s’attendre prochainement à son adaptation cinématographique par Netflix.

Action et vieilles histoires

Lors d’un exorcisme, Nahri invoque accidentellement un djinn, Darayavahoush, le Fléau de Qui-Zi, une légende terrible. Celui-ci, comprenant la véritable nature de la jeune femme, qui se trouve être la dernière descendante d’une famille de djinns guérisseurs, la soustrait aux éfrits ayant décidé de la capturer suite à cette démonstration de magie pour l’amener à Daevabad, une immense ville magique. Leur voyage n’est pas de tout repos, entre les attaques de créatures surnaturelles, les disputes constantes et la découverte d’un monde aux origines sombres pour Nahri. En parallèle, Alizayd, fils cadet du roi de Daevabad, se rebelle le plus discrètement possible pour prendre soin des sang-mêlés, mi-djinns, mi-humains, qui se font malmener par les sangs-purs. Malheureusement, la politique raciste du roi, centrée sur certaines races de djinns et bannissant l’idée d’une existence paisible pour les sang-mêlés, est très sévère, et l’arrivée spectaculaire de Nahri et de son ravisseur, vient mettre de l’huile sur le feu.

Un univers solide

Ce premier tome deDaevabad, sous-titré La Cité de laiton est un roman complexe, qui plonge son lectorat non seulement dans des intrigues politiques, mais aussi dans tout un travail mythologique de l’évolution du djinn à travers le temps. Les aventures de Nahri prennent plus d’ampleur et de profondeur au fur et à mesure que les secrets des tribus djinns et de leur passé se dévoilent : décider d’aider ou non tel membre d’une tribu, ou de continuer de fréquenter des sang-mêlés peut s’avérer dangereux à cause de la politique de Daevabad. Rien n’est laissé de côté en ce qui concerne le développement de la jeune femme, qui n’est pas le seul personnage principal : elle partage le devant de la scène avec Alizayd, lui qui est plongé au cœur de complots menant à des scènes de combat d’une intensité impressionnante. Le folklore oriental est astucieusement utilisé ; pour des lecteurs et lectrices habitués aux mythes occidentaux ou américains, c’est un dépaysement exquis.

Shannon Ali Chakraborty propose une véritable ode aux cultures orientales à travers les différents peuples djinns : toutes les histoires des pays autour du Croissant fertile prennent vie entre les pages du roman. Remaniées par l’autrice, elles permettent de donner naissance aux différentes tribus, à des monstres qui se rencontrent dans les mêmes déserts et nagent dans les mêmes eaux. Chakraborty maîtrise à la perfection sa plume et ses personnages. Ses intrigues sont délicieusement complexes et semblent toutes mener ses héros dans des impasses. C’est loin d’être le cas, comme le prouvent les tomes suivants de la trilogie, mais il est agréable de se retrouver face à des schémas narratifs piégeux, remplis d’épreuves à franchir pour Nahri et Alizayd. La densité de ce premier tome est impressionnante. Si vous aimez les guerres culturelles, l’utilisation de pouvoirs magiques et les combats féroces, soyez les bienvenus à Daevabad.

Avec La Cité de laiton, la romancière américaine Shannon Ali Chakraborty signe une entrée en matière aussi ambitieuse qu’envoûtante. En s’appuyant sur les mythes et le folklore du monde islamique, elle construit un univers d’une richesse rare, porté par des personnages nuancés et des intrigues politiques où chaque alliance peut devenir un piège. Si la densité de l’ensemble demande un certain investissement, elle est largement récompensée par la profondeur de son worldbuilding et l’intelligence de ses conflits. Un premier tome captivant, qui renouvelle la fantasy en s’éloignant des inspirations occidentales habituelles et donne irrésistiblement envie de poursuivre l’aventure à Daevabad.

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