Estelle Faye signe une courte histoire dans la collection « Court Toujours » des éditions Nathan avec L’Été de la reine bleue. Écologiste, LGBTQIA+ friendly, dystopique, ce roman a pour vocation d’inciter les lectrices et les lecteurs à inspirer à fond l’air respirable qu’il nous reste encore. Parce que, comme pour l’eau, « dans vingt ans, y en aura plus » !
Une petite implantation, madame ?
Son nom n’est pas donné. Seul son état de santé est très vite mentionné : instable, à cause de poumons incapables de supporter l’air irrespirable de la ville polluée dans laquelle elle vit. Alors, elle part dans une sorte de camp pour les personnes demandeuses d’implants respiratoires, au beau milieu de la nature. Elle y rencontre Jill, une fille aux yeux de sève et aux cheveux bleus, qui lui montre à quoi ressemblait le monde d’avant, avant qu’il ne devienne une décharge irrespirable. La narratrice raconte son séjour hors de la ville sur son téléphone à sa meilleure amie, Chloé, et c’est par ces longs messages que nous découvrons ce triste univers.
Un appel à l’écologie
Le message du livre est plutôt clair : le futur qui attend les humains, au rythme actuel des choses, n’est pas glorieux. Une saison des orages mortifère, une disparition des forêts et des écosystèmes, une raréfaction des animaux, une modification complète du système océanique, des côtes redéfinies par la fonte des glaces… L’héroïne redécouvre le monde d’avant, celui dans lequel nous vivons, nous, lecteurs et lectrices, en s’étonnant que rien n’ait été fait pour le garder le plus sain possible. Sans tenir de propos accusateur, l’autrice écrit l’étonnement probable des générations futures, celles qui ne verront jamais de leur vie un ours polaire.
Rester lettre morte
La narratrice est une personne extrêmement solitaire, qui se caractérise par son attachement à un monde pollué, le seul qu’elle a toujours connu, et par sa relation avec Chloé, mentionnée à de nombreuses reprises sans que le personnage n’apparaisse. De cette façon, le récit se transforme en un cri lancé dans le vide, que quiconque peut choisir d’entendre ou d’ignorer. Qu’une adolescente soit effrayée par l’apparition d’étoiles dans le ciel et pense que l’odeur des pins est originaire des déodorants est, dans le texte, normalisé, alors que l’absurdité de ces idées pourrait effrayer. Les normes sont astucieusement inversées, les arbres sont désignés comme des choses étranges et l’horizon marron perçu comme normal. L’écologie étant un sujet sensible, Estelle Faye essaie, à sa façon, en décrivant quelque chose de suspect, de provoquer son lectorat et de l’inciter à réfléchir.Comme le récit adopte exclusivement le point de vue de la narratrice, à chacun et chacune de se faire son avis sur ce futur qui semble de plus en plus probable.
Le second personnage, le plus important
Jill pousse la narratrice à sortir de sa zone de confort, à voir qu’il a existé mieux qu’une pollution omniprésente. Homosexuelle, avec un style atypique et une déformation physique soigneusement cachée, elle est mise à l’écart du groupe de jeunes du camp. C’est cette solitude qui attire l’héroïne, et c’est son courage et sa capacité à rester elle-même malgré les critiques, qui influenceront les importantes décisions qu’elle prendra concernant son avenir.
Cette correspondance à sens unique écologiste se lit avec aisance et tire une sonnette d’alarme. Avec deux personnages totalement différents, qui finissent par s’unir dans l’adversité et assumer leur côté freak, L’Été de la reine bleue ne s’embarrasse pas d’atermoiements et va droit au but pour délivrer ses messages. Au lieu de s’acharner à haïr des personnes différentes de nous, empêchons plutôt la planète de sombrer
| L’Été de la reine bleue est un roman très court qui fonctionne sur des révélations troublantes ne faisant que s’amplifier. Mettant en scène des personnages marginaux, Estelle Faye joue avec la question actuelle de l’écologie en proposant une vision normalisée d’un monde détruit à l’air impur, dans lequel respirer correctement est devenu réservé aux riches et où la différence n’a absolument plus sa place. Est-ce une véritable vision de l’avenir ou y a-t-il moyen de rectifier le tir ? |
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