Ce mois-ci, les différences sont à l’honneur. La célébration des identités et des singularités est un sujet de société majeur, et la littérature s’en fait le reflet. Alors, le banc de baleines galactiques vous propose sa sélection de lectures pour que chacun et chacune puisse se retrouver quelque part au creux de ces pages. Rien de tel que mille mondes pour trouver sa place !
Fantasy
L’Enfant de la marée, tome 1 : Les Vaisseaux d’os de R.J. Barker, éditions Leha

Pas de message engagé ici, pas de lutte pour les droits LGBT+. Dans cet univers profondément validiste, où avoir des malformations ou le moindre défaut physique prive les concerné.es de leur liberté, les sexualités ne font pas l’objet d’une attention particulière. A ceci près qu’à bord d’un bateau de guerre, il est strictement interdit d’avoir des rapports hétérosexuels. Le risque que la grossesse se passe mal à cause de la vie en mer est bien trop grand !
Kingdom of Quartz, tomes 1 et 2 de Bomhat, éditions Pika

Dans l’univers de Bomhat, tous les Célès doivent rentrer dans un moule pour convenir à l’ordre social. Courte série comprenant sociologie, récit de formation et peinture sociétale où ordre religieux et oppression politique implicite ne font qu’un, elle fait preuve d’une étonnante acceptation des identités de genre fluides et des relations sortant de l’hétéronormativité habituellement trouvable dans les mangas.
La Citée des Dames, tome 1 de Blanche Sabah, éditions Glénat

Ce premier volet de la saga de BD de Blanche Sabah dévoile une galerie de personnages d’une grande richesse et d’une grande diversité. Entre mariages arrangés, amours impossibles et responsabilités politiques, l’autrice se sert avec habileté des leviers de la fantasy afin de dépeindre un monde complexe dans lequel les personnes et les sociétés n’avancent pas au même rythme et pas dans la même direction. La place des femmes, la liberté d’aimer et de s’exprimer, celle de pratiquer un culte ou la magie, c’est l’œuvre entière qui met en avant l’importance de L’intersectionnalité des luttes pour la liberté.
Le Sabre des neiges de Salomé Han, Albin Michel Imaginaire

Paru chez Albin Michel Imaginaire, le premier roman de Salomé Han, inaugure une trilogie de fantasy japonaise où se mêle intrigues et mysticisme. On suit Isao, le jeune disciple de Maître Shiro, porteur d’un sabre légendaire convoité par l’empereur. Forcés de fuir, ils sont plongés dans un monde violent où Isao doit se dépasser. Séparé de son maître, il entame une quête qui se révèle être à la fois initiatique et intime.
Le roman est résolument Queer et se distingue par le traitement nuancé des personnages : ici nous sommes loin des clichés, les figures queer y sont complexes, leur identité ne définissant jamais à elle seule leurs motivations qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Une représentation qui m’a semblée à la fois crédible et équilibrée.
Science-fiction
Viendra le temps du feu de Wendy Delorme, éditions Cambourakis

Dans la dystopie de Delorme, l’État au pouvoir est oppressif et réprime toute différence, tout mouvement social et toute liberté. Pour contrer cette autorité extrémiste, patriarcale et autoritaire, une double procédure de résistance est mise en place. La première, séparatiste, consiste en l’exil sur une rive voisine pour ne former une société composée que de femmes. La seconde, interne, met en place des distributions de tracts et des attentats commis par une société secrète composée d’hommes gays et de personnes transgenres. À la fois politique et poétique, ce conte subversif célèbre avec justesse les luttes queers contre l’oppression de la montée du fascisme.
Les Oiseaux du temps de Amal El-Mohtar et Max Gladstone, éditions Mnémos

À travers les échanges épistolaires de Bleu et Rouge, deux combattantes issues de deux clans ennemis d’une mystérieuse guerre temporelle, ce court roman explore les thèmes du désir, du manque, de l’amour impossible et des constructions de liens sociaux malgré la distance et les frontières. Dans une revisite de Roméo et Juliette sous l’égide du genre de la hard science-fiction, Les Oiseaux du temps est une superbe célébration de la différence en offrant une représentation queer émouvante, universelle et complexe grâce à une plume poétique et intensément sensible.
Chromaticité de Sir Thomas No More, J.S. éditions

Si Chromaticité est avant tout une dystopie haletante qui pose la question de l’endoctrinement, du totalitarisme et de la violence, c’est aussi un récit qui aborde les questions de genre et les relations queers. Forcément, avec une histoire qui met en scène des changeformes, capables d’assumer n’importe quelle identité de genre, et une soldate inflexible qui se meurt d’un amour interdit pour une rebelle rivale, sentiments, politique et relations toxiques s’entremêlent pour former un récit où la question de l’identité est centrale. Un roman aussi surprenant dans son fond que dans sa forme, qui use avec beaucoup d’intelligence de la narration à la deuxième personne.
L’espace d’un an de Becky Chambers, L’Atalante

Paru d’abord en autopublication puis en France chez L’Atalante, L’Espace d’un an de Becky Chambers s’inscrit dans une science-fiction dite hopepunk, davantage centrée sur l’espoir et les relations humaines. Le roman suit Rosemary, une jeune femme en fuite, qui rejoint l’équipage du Voyageur. Ce vaisseau réunit des êtres d’espèces et d’identités diverses dont le périple devient davantage une exploration des différences et des manières de vivre ensemble qu’une grande aventure interstellaire. À travers ce récit, l’autrice propose une SF inclusive, où les relations queer et les questions d’identité sont intégrées naturellement au récit. Elle fait le choix de privilégier l’intime et l’émotion à l’action spectaculaire.
Fantastique
La Maison au milieu de la mer céruléenne de T. J. Klune, éditions De Saxus

Véritable plaidoyer pour l’acceptation d’autrui, l’amour et la tolérance de la différence ainsi que la diversité, le roman de T. J. Klune mettant la question de l’identité et des relations humaines et queers au centre de son roman. Le sujet du premier volume de la série de T. J. Klune ouvre la voie au meilleur des messages : un inspecteur se rend à un orphelinat reculé à cause de l’étrangeté de ses résidents pour offrir un message de paix et de bienveillance aux personnes réactionnaires ne les comprenant pas. Pouvoirs magiques, questions identitaires et orientations sexuelles forment un socle de joie rendant agréable et à propos cette lecture pour le mois des fiertés !
Horreur
Festin de larmes de Morgane Caussarieu et Vincent Tassy, éditions ActuSF

Le mythe du vampire est roi pour évoquer la transgression charnelle. Ici, les auteurices livrent une réécriture complète de la figure gothique du buveur de sang. On découvre des pratiques sexuelles transgressives dans une société normée, les corps se cachent au quotidien pour se dévoiler dans des orgies où l’interdit devient la norme. Malgré ces espaces de liberté, le personnage principal reste à l’écart, ne se retrouvant ni dans l’hétérosexualité, ni dans l’homosexualité, mais dans autre chose sur lequel il n’arrive pas à mettre le doigt. Enfermé dans les règles sociales, il blesse sa femme qu’il n’a jamais aimé. Entre les escapades libertines et les horreurs vampiriques se cache une quête d’identité et de plaisir qui dérange et qui libère.
| Bien entendu, ceci ne représente pas une liste exhaustive et l’on ne saurait trop vous conseiller d’aller consulter les catalogues de maisons d’éditions spécialisées dans les thèmes du genre et de la littérature queer, telles que Le Labyrinthe de Théia, YBY ou encore les éditions fier·es. |