Les étoiles ne fileront plus, SF animaliste

Les animaux, Élodie Serrano en parle dans tous ses livres. Il faut dire que l’autrice était une vétérinaire diplômée dans une autre vie. À travers Les étoiles ne fileront plus, elle interroge notre rapport aux animaux avec qui nous partageons le monde, mais pose également une question douloureuse : l’humanité sera-t-elle capable d’un jour considérer le reste du vivant à l’égal d’elle-même ?

« […]comme avec tous les animaux au cours de son histoire, l’Homme avait beau avoir envahi l’espace de vie des baleines, il exigeait qu’elles se tiennent à carreau. »

Les étoiles ne fileront plus, Élodie Serrano, éditions Goater

Merveilles de la nature

Camille est une astronome passionnée par la cryptozoologie. Depuis longtemps, elle s’interroge sur un phénomène stellaire mystérieux d’étoiles mouvantes. Là où d’autres imaginent un événement cosmique naturel, elle est persuadée qu’il y a des êtres vivants à l’œuvre. Lorsqu’elle parvient à prouver l’existence des baleines célestes, le milieu scientifique exulte. Mais quand les créatures deviennent un frein à l’expansion de l’humanité à travers l’univers, elles passent de merveilles de la nature à nuisibles à abattre. Pour Camille, il est hors de question de laisser la Fédération galactique reproduire ce qui a mené à l’extinction des espèces animales sur Terre. Une guerre d’opinion, aussi bien juridique que scientifique, s’engage alors.

Lucidité

La première réussite de cette novella, c’est de réunir un sujet d’émerveillement – des animaux cosmiques aux corps couverts d’étoiles – à un réalisme scientifique et social tout à fait sérieux. Car dans sa manière d’imaginer les réactions humaines, bonnes ou mauvaises, l’autrice fait preuve d’une lucidité presque désarmante. Le sujet n’est pas tant notre incapacité à vivre en harmonie avec la nature, mais cet ego propre à notre espèce qui nous fait voir celle-ci comme une ressource devant se plier à nos moindres besoins et caprices. En cela, la Fédération galactique d’Élodie Serrano n’est pas différente de nos États qui, dès qu’ils posent le pied quelque part, estiment que tout ce qui s’y trouve déjà doit leur céder la place.

De façon moins évidente, le choix d’utiliser le terme “les Hommes” pour parler de l’espèce humaine (alors même qu’il a disparu des dictionnaires tant il est désuet et sexiste) est une manière indirecte de rappeler la responsabilité d’une moitié de l’humanité dans la destruction méthodique du vivant qu’elle opère. Tout comme celui de placer Camille dans une relation de couple avec sa collègue de laboratoire Sarah, sans que cela ne soit jamais un sujet de société ou de revendication pour les personnages. D’ailleurs, s’il y a des hommes parmi les membres du groupe de défense et d’études des baleines, leur protection est essentiellement orchestrée par les femmes. L’épilogue, conçu comme une transmission de mère en fille, met d’ailleurs en avant la matrilinéarité de l’engagement, mais aussi la manière dont il évolue, voire est subverti, au fil des générations.

Les étoiles ne fileront plus est, bien plus qu’une touchante fresque de la beauté de la nature, une saisissante mise en lumière de la capacité humaine à vouloir contrôler le vivant. Entre espoir et lucidité, cette novella parvient à toucher juste et à donner envie à son lectorat de s’interroger sur la place laissée aux animaux non humains dans un monde qui leur appartient pourtant tout autant qu’à nous. Un livre dont on conseille également la lecture de la postface qui, loin d’être un simple message de l’autrice, révèle beaucoup de la démarche et des connaissances qui ont mené à l’écriture de cette histoire. À retrouver aux éditions Goater, dont le catalogue est décidément des plus fascinants.

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