Le catalogue des éditions Ménmos met souvent en avant de jeunes auteurs et autrices avec des romans originaux. Le dyptique Emblèmes d’Ina Siel ne fait pas exception : il nous plonge dans un monde où la technologie n’a pas évolué de la même façon partout dans le monde. Ainsi, alors que les îles de la Scientifica vivent dans des buildings et possèdent voitures et AirPods, les habitants de Naturalia viennent de sortir de l’ère des calèches et ne connaissent pas encore l’électricité. Que dire du mode de vie d’Exotica, une terre inconnue des deux précédents peuples ? Mais ces trois civilisations vont devoir s’allier pour faire face à une menace qui guette Exotica.
L’histoire du tome 1
Érèbe d’Aigremort est un jeune homme de Naturalia qui se complaît dans sa mise à l’écart du monde. En effet, des rumeurs affreuses circulent à son sujet, mais ce n’est pas pour autant qu’il vit malheureux, en compagnie de sa famille et de son loup dans son manoir délabré. Cependant, sa vie change lorsqu’une demoiselle la demande en mariage. L’accord est simple et limpide pour les deux : Cécilie veut s’élever socialement par ce mariage et Érèbe pourra s’enrichir grâce à la société du père de sa promise. Mais le rêve secret de Cécilie, celui de vivre à la Scientifica, et l’étrangeté d’Érèbe les mènent à se retrouver dans un équipage pour Exotica. Là, les rumeurs qui courent sur Érèbe depuis des années semblent se révéler plus vraies que jamais.
Un couple de personnages qui marche
Sur ce point, Emblèmes d’Ina Siel ressemble à La Passe-Miroir de Christelle Dabos. Érèbe et Cécilie forment un couple qui ne cherche pas particulièrement à se plaire. Ils organisent un mariage arrangé, mariage inespéré pour Érèbe qui ne pensait pas qu’un jour quelqu’un voudrait de lui. Pas de séduction entre eux, pas de romance, seulement deux protagonistes avec de nombreux problèmes et secrets. Néanmoins, leurs personnalités s’accordent plutôt bien, créant ainsi des moments de complicité où nous, en tant que lecteur, nous sentons à notre place à leurs côtés en partageant leur « intimité ». L’autrice privilégie des personnages fragilisés, aux destins tourmentés, ce qui confère au récit un accent très réaliste et suscite une multitude d’émotions.
Cécilie est particulièrement volontaire, elle n’a pas besoin d’homme et souhaite le faire savoir. Elle veut partir pour la Scientifica afin de pouvoir vivre de façon autonome et n’hésite pas à embobiner Érèbe pour lui faciliter la tâche. Son compagnon, quant à lui, y voit l’occasion de redorer l’image de sa famille, ternie à cause de sa mère. Le couple platonique va alors devoir se construire et s’aider au sein de ces sociétés qui semblent tout leur refuser.
Le récit est d’autant plus appréciable qu’il aborde des thèmes peu habituels pour un roman orienté young adult. Outre les éléments traditionnels (on peut penser à l’amitié, le développement de la pensée, ou les échecs du débutant), l’autrice explore également les thèmes de la dépression et du handicap. Elle ne fait pas qu’en parler, elle enrichit ces sujets en parlant de comment vivre avec et/ou les surmonter.
Un univers à haut potentiel
Scientifica, Naturalia, Exotica… Science, nature et magie… Autant d’éléments développés dans ce roman. D’habitude, la littérature de l’imaginaire se concentre uniquement sur l’un d’eux, ou éventuellement sur deux. Mais Ina Siel s’est donné le défi de mêler les trois, et ça fonctionne. Certes, le développement de Naturalia prime sur les deux autres dans le premier tome, mais le second met en avant les deux autres peuples. Il faut d’ailleurs souligner la complexité de concevoir un tel univers et une telle intrigue en seulement deux tomes.
| Doux et merveilleux, voici deux adjectifs pour qualifier le dyptique Emblèmes. Doux, parce que l’avancée de l’intrigue, la présentation de l’univers des trois peuples et la construction des relations des personnages se font en douceur, s’approfondissant au fur et à mesure. Et merveilleux, car tous les aspects de l’univers, la technologie, la magie et la nature, ont ce petit quelque chose très spécifiques qui fait qu’on a envie de vivre dans tous ces lieux et de lire encore plus d’histoires dans le même univers. |
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