Le paradis pour la majorité. Telle est la promesse faite à quiconque posant ses valises dans le quartier de D-topia. Dans cette cité futuriste, les humains s’appuient entièrement sur l’intelligence artificielle, y compris pour gérer leurs tâches quotidiennes. Plus besoin de préparer les repas, de faire la lessive ou le repassage. Le travail est même devenu une activité facultative ! Tout est organisé afin que l’existence soit la plus belle et la plus simple possible. Les développeurs du studio japonais Marumittu Games livrent ici une expérience vidéoludique assez originale, dans le sens où l’aventure proposée ne traite pas du thème de la technologie fomentant des plans contre l’humanité. Au contraire, le récit se focalise uniquement sur l’impact réel que cela peut avoir dans chaque dimension de la vie. Par exemple, que reste-t-il du lien social lorsque toute une société repose sur l’exploitation de l’I.A. ? Quoi, cela fait écho avec des sujets actuels ?
Can’t Get You Out of My Head
Comment décrire D-topia ? Peut-être en expliquant qu’il s’agit d’un endroit charmant avec ses bâtiments plus blancs les uns que les autres, ses commodités à proximité de la zone résidentielle et ses rues à la propreté irréprochable. Tout cela est rendu possible par les innombrables troïdes, des petits robots présents dans chaque espace, qui effectuent les tâches jugées ingrates par les êtres humains. Ainsi, ces derniers peuvent se la couler douce sur des sièges confortables ou profiter des produits mis en vente dans les grandes boutiques de la place centrale pendant que les machines turbinent.

C’est dans ce contexte que Numéro 046 (un joli nom pour un héros) vient s’installer dans le quartier afin d’aider les habitants avec leurs hypothétiques soucis. Car, oui, à une époque où influencer les autres est à la mode, ne serait-il pas plus judicieux de songer à une carrière de facilitateur ? La profession consiste à aller à la rencontre des résidents, écouter leurs problèmes et trouver la meilleure solution pour les résoudre. En revanche, il faut savoir que cette énorme responsabilité nécessite de travailler à toute heure du jour et de la nuit, mais également que les ordres de mission sont parfois donnés par une entité mystérieuse répondant au doux nom de Maître…

Le jeu ouvre des pistes de réflexion sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans nos propres vies. À l’intérieur de D-topia, tout est sous contrôle de la technologie. Est-ce une bonne évolution ou le chemin vers une catastrophe absolue ? Inévitablement, les joueuses et les joueurs n’ont pas les mêmes opinions sur ces thématiques. Il est d’ailleurs assez amusant de bavarder avec les habitants du quartier afin de confronter les points de vue. D’autant que l’I.A. n’est pas l’unique questionnement éthique abordé dans le titre. Qui aimerait parler de clonage avec des personnages scotchés devant un écran géant diffusant les informations en direct ?

Sur un plan visuel, le jeu ne présente pas une technique extraordinaire, mais repose sur un style artistique agréable pour les yeux. Cet univers presque monochrome se dévoile progressivement avec une vue isométrique alternant les plans larges et les séquences plus resserrées. De ce fait, les déplacements de Numéro 046 sont peu ennuyeux et permettent de varier les temps de contemplation de D-topia avec des phases de recherches pour déceler de petites anomalies à résoudre. Néanmoins, les allers-retours sont extrêmement nombreux et peuvent vraiment lasser après quelques heures. Et bien qu’il existe des téléporteurs dans cette cité fictive, il ne faut pas compter dessus pour les utiliser librement. Vivement la création d’un pass Télégo !
Mes voisines
L’histoire de D-topia s’étale sur une semaine de temps. Chaque journée s’organise selon un rythme routinier paraphrasant le célèbre dicton « métro, boulot, dodo ». Heureusement pour Numéro 046, lorsque son réveil sonne, un petit-déjeuner varié et équilibré est déjà prêt sur la table de la salle à manger ! Il ne lui reste plus qu’à se doucher, mettre sa tenue de facilitateur et passer un petit test de vérification afin que l’I.A. s’assure que ses compétences sont suffisantes pour mener à bien ses missions. Ou pour vérifier que la joueuse ou le joueur ne s’endort pas de l’autre côté de l’écran !
Autre bonne nouvelle, on ne travaille que la matinée à D-topia. Un rythme qui fait rêver, d’autant que les tâches à effectuer sont facultatives. Pour bien comprendre, la société a décidé de maintenir une activité pour chaque individu en enlevant le maximum de contraintes, mais afin d’éviter que la paresse s’installe. Peut-être que cette idée a germé lorsqu’ils ont visionné WALL·E ? L’après-midi est alors entièrement disponible pour mener à bien les quêtes relationnelles avec certains habitants du quartier. Et lorsque la soirée arrive, pas de boîte de nuit ou de bar dansant pour Numéro 046. Une bonne soupe, et au lit !



Globalement, le scénario de D-topia pose un cadre assez cohérent et plaisant à suivre. Les conversations, entièrement traduites en langue française, sont plutôt bien écrites. Chaque situation peut amener son lot de joie, d’humour ou de tristesse. Il faut aussi mentionner que certains personnages secondaires deviennent rapidement attachants, comme Mari l’altruiste ou encore Tot, le grand timide. Toutefois, les surprises et les rebondissements tissent un fil conducteur qui explique l’intérêt du jeu pour un large public, y compris parmi les plus jeunes. D’ailleurs, hop ! Interrogation surprise !
2 + 2 = 5
Lorsque Numéro 046 se rend à l’usine de D-topia tous les matins, ce n’est pas pour fabriquer des objets. Il s’agit plutôt de réussir de courtes activités stimulantes faisant appel à des raisonnements logiques. Pour simplifier (puisque c’est dans le thème du jeu), ce sont des cours de mathématiques ludiques ! Là encore, cette orientation de gameplay risque de diviser les avis entre les joueuses et les joueurs en fonction de leurs souvenirs scolaires. Néanmoins, il faut immédiatement préciser que toutes les épreuves présentent une courbe de difficulté croissante avec un pic largement atteignable par un très grand nombre.
Concrètement, il existe quatre types d’énigmes : les labyrinthes additifs, les suites de nombres, les quadrillages numériques et les exercices sur les compléments. Ces différentes épreuves sont dévoilées jour après jour afin de vérifier que les compétences soient bien acquises par les gameurs. D’ailleurs, le jeu invite à réinvestir ses connaissances lors de certaines situations ponctuelles d’urgence dans les quartiers de D-topia. Une excellente méthode d’apprentissage ! En outre, les manipulations avec la manette s’avèrent intuitives et rapides, ce qui participe à apprécier la démarche.



Les « immenses » efforts pour réussir ces défis sont récompensés par l’obtention d’un salaire journalier. À la fin de chaque matinée de travail, un tableau récapitulatif des performances permet de détailler le niveau des primes obtenues. Les joueuses et les joueurs les plus rapides gagnent davantage que les autres en obtenant de meilleures notes. Les points U (la monnaie de D-topia) accumulés dans le portefeuille virtuel permettent d’acheter des vivres dans les distributeurs ou des décorations plus ou moins utiles pour l’appartement de Numéro 046. Eh oui, même l’I.A. a succombé aux vices du capitalisme…
Give Me the Simple Life
Il est temps de revenir sur les interactions possibles avec les personnages secondaires. Numéro 046 rencontre chaque jour un nouvel individu ayant un problème à résoudre. Une fois celui-ci exposé, le facilitateur doit alors trouver le moyen de le régler afin d’améliorer son niveau de relation avec la personne. Tout est consultable dans les menus du jeu à travers une jauge de cœurs à remplir. D’ailleurs, à partir d’un certain stade d’affinité, le héros peut proposer des rendez-vous amicaux dans un café virtuel afin d’en apprendre davantage sur la vie de son camarade.

Lors des missions journalières, Numéro 046 va souvent utiliser des bornes pour se rendre dans l’Autre côté de D-topia. Cette dimension invisible n’est réservée qu’aux facilitateurs et à quelques privilégiés. Ici, tout est plus sombre et permet de voir aisément les problèmes du quartier. Les troïdes en panne ou les déchets mal triés sautent aux rétines grâce aux couleurs vives affichées. C’est ainsi qu’on récupère des ressources précieuses en réparant des machines ou en remettant des objets déplacés. À moins de tomber sur l’une des vingt souris du jeu… Squik !

Une fois tous les indices récupérés, il est temps pour Numéro 046 de se lancer dans une réflexion afin de choisir comment aider le personnage. Cette phase finale se présente sous la forme d’un schéma à choix multiples qui résume les différents stades de la mission relationnelle. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas qu’une seule bonne réponse à apporter. La joueuse ou le joueur peut très bien décider du type d’aide entre deux solutions, tout en sachant que cela aura des répercussions sur la suite de l’aventure. Par exemple, faut-il adopter un chat abandonné alors que cela est interdit dans la cité ? Et un sushi de plus…


C’est ce qui explique qu’il existe trois fins différentes à D-topia : une bonne, une normale, une mauvaise. Pour terminer une première fois l’aventure, il faut compter huit heures environ. La rejouabilité reste toutefois limitée, car il est assez évident d’imaginer les deux autres dénouements lorsqu’on a assisté à l’une des possibilités. Reste alors le défi de récupérer tous les trophées du jeu. Dans ce cas, bonne chance pour ne pas oublier tous les objets à acheter. Autrement, il faudra tout recommencer. N’y aurait-il pas une méthode pour faciliter la chasse aux succès ?
| La vie à D-topia n’est finalement pas si facile. Même avec une intelligence artificielle omniprésente, de nombreuses problématiques humaines demeurent dans ce quartier futuriste et nécessitent souvent l’intervention d’une autre personne. Tant mieux pour les joueuses et les joueurs qui, durant les sept journées de l’aventure, ont de quoi faire afin d’aider les différents protagonistes. L’expérience vidéoludique, bien qu’imparfaite sur certains points et à la rejouabilité limitée, s’avère assez gratifiante par la résolution de ses énigmes en tous genres. Il n’en faut pas plus pour se rendre compte, une nouvelle fois, que la simplicité est bel et bien une sophistication extrême. |
Le titre est disponible depuis le 14 juillet 2026 sur PC, Nintendo Switch 2, PlayStation 5 et Xbox Series. Ce test a été réalisé sur une version Xbox Series S grâce à un code fourni par l’éditeur. Jeu classé PEGI 7.
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