Nadège Da Rocha célèbre l’arrivée de l’automne avec une cosy fantasy douce et un peu triste qui se passe à Perpirault, petit village en manque de touristes, dans l’Auberge du Bout-du-Monde, tenue par la gnome Bertille et située dans le tronc d’un mûrier.
La safe place de Bertille
Depuis trois ans que la jeune gnome Bertille a repris l’Auberge du Bout-du-Monde, elle vit selon un code de conduite strict : ne pas s’attacher et ne plus utiliser sa magie des plantes. Traumatisée par son passé dans la Garde, elle est hantée par des souvenirs douloureux et se noie dans le travail pour éviter d’y penser. Sauf que lorsque des anomalies magiques commencent à se produire, une chevaleresse de l’ordre du Chêne-Lumière débarque, éveillant la méfiance des habitants de Perpirault. Bertille lui propose un arrangement : elle enquête avec elle pour résoudre l’affaire le plus vite possible afin qu’elle s’en aille et que la paix revienne sur le village. En parallèle, nommée responsable de l’organisation du Festival des Mascarades afin d’attirer de nouveaux touristes à Perpirault, la jeune gnome va vivre un mois émouvant.
La vie magique des bois
L’Auberge du Bout-du-Monde est un roman qui possède la légèreté d’un film de Noël. Avec sa mise en valeur du petit monde magique de la nature et de l’automne, l’autrice plonge son lectorat dans un autre univers avec un talent, une facilité et un naturel assez unique en son genre. Le roman rappelle les calendriers de l’Avent. Chaque chapitre est l’équivalent d’une case, avec de nouveaux éléments à découvrir : créatures magiques, cuisine, lieux, activités, métiers féériques ou gnomiques. De plus, ce roman ne peut que donner faim ! La cuisine tient une place importante dans le récit et s’accorde très bien à son univers magique orienté autour d’une célébration et de traditions locales. Avec le Festival des Mascarades, Wilbur, le bourgmestre de Perpirault, souhaite augmenter le nombre de touristes. En plus du récit du quotidien à l’auberge, monter le festival demande beaucoup d’organisation de la part de Bertille, surtout en cuisine. Gaufres, beignets, gratins, toutes sortes de recettes se suivent et créent un effet de rusticité et de réconfort.
À petite échelle
La population de Perpirault est composée d’espèces variées et normalise un univers très fantaisiste dans lequel le plus grand danger se résume à un champignon malade ou à la coloration anormale de citrouilles. Les personnages sont des créatures de folklore forestier, comme les gnomes dont Bertille, Wrola, bouilleuse, Winston, un mage spécialisé dans la magie des bibelots, ou Hikma, chevaleresse de l’ordre du Chêne-Lumière, ou les fées. D’autres créatures magiques se succèdent pour apporter un brin de magie à la préparation du Festival. L’Auberge du Bout-du-Monde est un véritable écrin de magie douce et de nature, à la lecture très accessible, ce qui renforce la sensation de confort de la cosy fantasy, malgré quelques sujets difficiles et émouvants mis sur la table.
Dépression, deuil et famille trouvée
L’écriture un peu trop succincte de Nadège Da Rocha fonctionne très bien pour rester dans la douceur de la cosy fantasy. Grâce à la sobriété de sa prose, l’autrice parle d’émotions fortes et de thématiques difficiles, comme la dépression, le traumatisme et le deuil, sans briser un seul instant l’ambiance tranquille et fantaisiste de son histoire. Avec Bertille, héroïne décidée à se renfermer en elle-même pour ne plus connaître le chagrin d’une perte, est mise en scène la nécessité de se confier et d’accepter de reconnaître sa douleur. La libération de la parole soulage plusieurs personnages, comme Hikma, qui, si elle est chevaleresse, est très solitaire et forge sa personnalité sur son statut. Winston, plutôt enthousiaste et maladroit, recèle un secret qu’il finit par révéler à Bertille, ce qui efface très vite les à-priori que la jeune gnome a à son encontre au début du roman et fissure la carapace de sécurité qu’elle s’est façonnée pour survivre à son traumatisme. Progressivement, plusieurs protagonistes décidés à se reconstruire en se fondant uniquement sur leur volonté de survivre à la tristesse forment une bande émouvante.
| La cosy fantasy de Nadège Da Rocha soigne les cœurs grâce à une batterie de petits héros des bois qui réussissent à surmonter leurs peurs et leurs douleurs, dans un décor à la magie délicate et à aux saveurs automnales attirantes. À lire de préférence avec un chocolat chaud et des marshmallows, ou avec les fameux choux au caramel de Bertille. |
Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse.
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