Un psaume pour les recyclés sauvages, une fable solaire du monde de demain

Après une publication anglaise en 2021, sa traduction française en 2022, ainsi qu’une réédition intégrale du diptyque en 2025 aux éditions L’Atalante, les Histoires de moine et de robot de Becky Chambers reviennent en France dans un nouveau format, au sein de la collection de poche de l’éditeur français.

« Malgré toutes ces bénédictions, parfois, le sommeil ne venait pas. Pendant ces nuits blanches, Dex se demandait souvent où iel allait au juste. Iel n’avait jamais vraiment trouvé la réponse. Iel y allait quand même. »

Becky Chambers, Un psaume pour les recyclés sauvages, Atalante, éd. 2022, p.27.

C’est l’histoire d’un moine… et d’un robot

Sur Panga, une lune de la planète Motan, les humains se sont développés et ont perduré. Dex est un‧e jeune moine de jardin, cloîtré‧e dans son monastère qui ne lui apporte plus que de la solitude et du mécontentement. Iel décide de s’émanciper, d’effectuer un rare changement de carrière, et devient, après nombre hésitations, moine de thé. Iel va se mettre à parcourir les routes et les villages tout en accueillant les gens venant à sa rencontre dans son petit chariot-vélo. C’est après deux ans de perfectionnement et d’errance qu’iel va rencontrer Omphale Tachetée Splendide, un robot qui parcourt le monde à la recherche d’une réponse à sa question : « De quoi ont donc besoin les humains ? »

Un texte (trop ?) lumineux

Si Becky Chambers a su se démarquer depuis le commencement de sa carrière d’écrivaine, c’est bien par le ton optimiste de ses œuvres. Depuis 2012 et la parution du premier volume des Voyageurs, l’autrice est affiliée aux sous-genres de la science-fiction que sont le solarpunk et le hopepunk. Un psaume pour les recyclés sauvages s’ancre parfaitement dans cette veine. Tout, dans ce premier tome, transpire de bienveillance. C’est une sensation tout particulière et qui change drastiquement de ce qu’il est possible de lire dans les productions de science-fiction contemporaine, mais il s’agit d’une ambiance nécessaire. Que ce soient les préoccupations écologiques, économiques, sociales ou encore concernant l’effondrement de la biodiversité, de très nombreux sujets de société importants sont abordés dans ce tout petit roman.

La narration est fondamentale dans un texte littéraire, et celle du Psaume pour les recyclés sauvages est politique : elle prend position à travers l’inclusivté de son propre personnage principal. Celui-ci est non binaire, et est fondamentalement plus important qu’Omphale – qu’on ne rencontre qu’au tiers du roman –, il faut ainsi s’habituer aux pronoms et autres terminologies neutres (le fait que, pendant la plupart du texte, le narrateur l’appelle « Frœur Dex » notamment, comme un juste milieu entre les frère et sœur monastiques, entre autres). Une fois les premiers chapitres lus, ce n’est plus un problème, et cela fait même beaucoup de bien de pouvoir voir un personnage à l’identité de genre variant beaucoup par rapport aux normes sociétales.

Enfin, même si le genre du personnage principal illumine ce roman, ce n’est pas la seule chose qui le rend brillant. En effet, les questionnements philosophiques soulevés par les deux pèlerins, dont l’essence et le but divergent drastiquement, sont amusants et font sourire, mais sans révolutionner la métaphysique ou la psychologie. La destinée, la raison d’être, la poursuite d’un but ou encore la vanité des objectifs de vie ; les sujets qui sont abordés dans le premier tome des Histoires de moine et de robot font doucement plonger les lecteurs et lectrices dans des réflexions intéressantes, bien qu’éphémères.

Nature, Nature, nous tenons à toi

Le point absolument remarquable de ce roman est la pérennité que l’autrice donne à la nature. Celle-ci devrait d’ailleurs être nommée avec une majuscule, tant elle règne en maîtresse. Le contexte de fondation de l’univers dans lequel grandissent les personnages est intégralement conceptualisé autour de cette mère Nature qui reprend la place qu’elle mérite de droit. Les humains ont créé les robots, mais, une fois ceux-ci émancipés de leurs créateurs après la grande Transition, ils ont réclamé des zones interdites aux humains, où la nature prospère, absolument luxuriante, reine et éternelle et laissant les hommes destructeurs esseulés face à leur ouvrage. Ce sont de très belles pages, qu’écrit Becky Chambers, et qui placent la nature au centre d’une mythologie propre et essentialiste.

Le Psaume pour les recyclés sauvages de Becky Chambers est un ouvrage particulier et empreint d’une philosophie et d’un esthétisme tout particulier, propre au hopepunk, dans une contradiction totale avec les codes de la science-fiction. Si cela fait plaisir à lire, ce n’est pas un ouvrage révolutionnaire et ses questionnements sont légers. Néanmoins, c’est un sourire littéraire.
L’intégrale des Histoires de moine et de robot sera disponible en librairie courant août en format poche !

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