High Times, une recette qui met de bonne humeur ?

Parfois, les mélanges les plus improbables peuvent donner un plat réussi. C’est sans doute ainsi qu’est né High Times, un jeu du studio philippin Yangyang Mobile qui mélange dating simulator, cuisine et visual novel façon comic pour un résultat étonnant, imparfait, mais pas désagréable. Dans la peau d’un ou d’une employé‧e de Hotbox, une pâtisserie spécialisée dans des donuts un peu spéciaux dont le glaçage peut influencer l’humeur de celles et ceux qui les consomment, il va falloir élaborer des recettes tout en trouvant l’amour parmi la clientèle.

Exhausteur d’humeur

High Times se déroule dans un univers fictif à l’ambiance rétrofuturiste où les glaciers ont fondu, la plupart des animaux on disparu, l’I.A. s’est imposé dans certains domaines – mais a été vaincue dans d’autres –, et surtout où l’industrie alimentaire a développé un composé révolutionnaire : les exhausteurs d’humeur. Ajoutés à une saveur, ceux-ci permettent de ressentir certaines émotions. Un petit coup de spleen ? Une dose de vanille vous redonnera de la joie. Besoin de motivation ? C’est le chocolat qu’il vous faut. Et quand il s’agit de se montrer sincère, la myrtille fait l’affaire…

Tant de recettes disponibles…

Pour réaliser ces préparations particulières, il faut être pâtissier d’humeur : un peu chimiste, un peu cuistot et surtout très psychologue, car parfois, plus que ce qu’elle désire, c’est ce dont elle a besoin qu’il faudra servir à la clientèle. Une clientèle qui peut être très exigeante, puisqu’elle juge autant la saveur et l’apparence du produit fini que ses effets. Celles et ceux qui bâclent leur glaçage ou qui se trompent dans les garnitures devront donc s’asseoir sur leur pourboire !

Cela dit, même si les recettes disponibles se complexifient un peu au fur et à mesure que l’on achète et propose de nouveaux ingrédients, le nombre de clients journaliers ne bouge pas, pas plus que le prix des produits qu’il est possible d’acheter pour débloquer des recettes ou décorer son restaurant. Si cet aspect gestion peut se montrer minimaliste et manquer de challenge, c’est parce que Yangyang semble avoir voulu que la cuisine serve le récit de son jeu et non l’inverse. Les préparations de donuts, si elles sont au cœur du gameplay, interviennent avant tout pour justifier la narration.

High Times est, en premier lieu, un simulateur de cuisine. Il faudra étaler la pâte, choisir l’emporte-pièce correspondant au donut ou au beignet demandé, surveiller la cuisson, puis déposer le glaçage ainsi que les éventuels fourrages et garnitures commandés. Plus simple que la plupart des titres du genre, le jeu n’impose pas de temps limité pour préparer une recette (en dehors de celui lié à la cuisson, qui peut se terminer par des donuts disons… croustillants) et se montre souvent souple sur la disposition des garnitures. Tant mieux, car, à la manette, la précision est parfois difficile, encore plus à cause d’une certaine latence et de chutes de framerate qui peuvent s’avérer pénibles.

Service compris

High Times, c’est aussi un jeu narratif dont l’histoire tourne essentiellement autour des relations sentimentales et amicales, même si elle aborde aussi l’écologie, l’I.A., les questions de genre, la famille ou encore l’art. La plupart des interactions se font durant les heures d’ouverture du Hotbox, le restaurant où se passe la majeure partie de l’action, et impliquent les différents clients et clientes, dont beaucoup sont d’anciennes connaissances (voire plus) du personnage que l’on crée en début de partie. Si les gens viennent consommer des pâtisseries aux exhausteurs d’humeur, c’est souvent parce qu’ils ont besoin d’un petit coup de pouce pour régler leurs problèmes. Les discussions avec eux sont donc d’abord un moyen de mieux les connaître et de définir quel genre de glaçage les aiderait le mieux. Parfois, ils ont une demande précise en tête, issue ou non de la carte du Hotbox, d’autres fois, ils sont plus vagues et il faudra déduire ce dont ils ont besoin de leurs paroles. Et d’autres encore, il faudra aller à l’encontre de leur volonté pour pouvoir les aider, car il arrive que, plus que la patience de gérer des proches envahissants, ce soit un peu de sincérité pour dire « stop » qu’il leur faille.

Les nombreuses variations de scénarios possibles se jouent autant via les choix de dialogue que les pâtisseries préparées. Une partie des protagonistes est romançable, mais, ironiquement, ce sont les personnages les moins intéressants du vaste casting du jeu. Il faut dire que, surtout au début, ils sont assez excentriques et directs, ce qui les rend presque antipathiques. À trop vouloir jouer sur les clichés, ils en deviennent caricaturaux : la rockeuse qui met littéralement le feu à la scène, l’amie d’enfance qui n’a jamais quitté ses délires de primaires et qui y fait sans arrêt référence, l’ex taciturne et hautain avec qui chaque échange devient une bataille verbale… Leurs dialogues, qui tombent parfois dans le graveleux, sont alourdis par une traduction assez mauvaise.

Prudes s’abstenir.

D’autant que l’histoire met un certain temps à progresser, le jeu est long, les journées quelque peu répétitives, il faut donc faire preuve de patience pour que la personnalité des différents protagonistes s’étoffe. Pourtant, le titre à quelque chose d’addictif, la routine qu’il génère n’est pas tant lassante que lancinante. Si débloquer de nouveaux ingrédients ne représente pas un grand challenge (puisque tout est à un prix unique dans la boutique du jeu et que la somme gagnée à la fin de chaque journée varie peu), on est tenu par l’envie de rencontrer de nouveaux clients et clientes autant que par celle de tester les combinaisons de saveurs les plus originales. Au fil de l’aventure, les conversations s’enrichissent et permettent d’en découvrir autant sur l’histoire des personnages que celle du monde dans lequel ils évoluent. Celles et ceux qui semblaient superficiels se révèlent souvent plus intéressants qu’il n’y paraissait et d’autres, franchement désagréables au début, finissent par devenir sympathiques.

Frustrant

High Times propose de très nombreux choix scénaristiques et plusieurs fins possibles. Parmi les trente clients auprès de qui il faudra jouer les thérapistes du donut, seuls six sont romançables, quatre filles et deux garçons, mais tous ont des possibilités d’évolution différentes en fonction de la manière dont ils seront servis et écoutés. Changer la décoration du Hotbox, via la boutique disponible à la fin de chaque journée, peut favoriser la venue de certains personnages. Pour avancer dans chacun des arcs narratifs, il faudra servir suffisamment de pâtisseries réussies aux personnages afin de débloquer de nouvelles scènes et faire progresser l’histoire. Le problème, c’est qu’il arrive que des commandes qui correspondent parfaitement à une demande soient rejetées par le client ou la cliente qui les a passées. Même en respectant scrupuleusement leurs consignes, elles sont considérées comme invalides : garnitures qui ne correspondent pas, glaçage de la mauvaise saveur, filet décoratif manquant ou jugé « trop faible »… Il est possible que ce soit la faute d’un bug, mais la traduction est peut-être également en cause, puisque la version française comporte pas mal d’erreurs, notamment dans le genre des personnages. Bien que le jeu soit suffisamment facile pour que ce genre de situation n’empêche pas d’aller au bout, cela reste frustrant.

Le jeu propose des simulacres de réseaux sociaux, mais qui n’influencent en rien le récit, ils permettent, en revanche, d’approfondir les personnages.

C’est également le cas des nombreux ralentissements qui interviennent dans le menu des recettes ou durant la mise en place des garnitures, voir des bugs qui empêchent de naviguer dans la boutique ou les réseaux sociaux simulés par le titre. Si aucun de ces problèmes n’empêche de finir le jeu, ils sont suffisamment présents pour en faire pâtir l’expérience. Devoir, pour changer de moule, entrer puis ressortir du menu afin de « débloquer » le curseur, et ça presque systématiquement, contribue à alourdir l’expérience. On sent ici les limites de l’expérience du studio qui, jusqu’alors, n’avait fait que des visual novels, souvent classés dans les dating sim, avec un gameplay plus minimaliste que celui proposé dans High Times et jamais sur Xbox (où ce test a été réalisé), ce qui laisse quand même espérer une mise à jour qui viendrait corriger tout ça.

En parallèle, le jeu s’efforce de rendre ses différentes possibilités narratives les plus accessibles possibles, en permettant de rejouer spécifiquement l’arc d’un personnage et tous ses dialogues, une fois celui-ci terminé, afin de débloquer une autre fin. Il faudra d’ailleurs, pour espérer obtenir la véritable conclusion du titre, tester les six possibilités de romance qu’il propose et parvenir à amener chaque personnage vers un dénouement heureux. Et pour que cela ne se transforme pas en longue session de relecture, les dialogues peuvent être passés en automatique ou en accéléré.

Graphiquement, le jeu se montre tout à fait correct. Si son aspect comic n’est pas une nouveauté dans le genre (on pense aux personnages de Date Everything, par exemple), il est très bien exploité ici. Sans atteindre la qualité esthétique d’un Dustborn, on sent que le studio a fait de son mieux pour rendre ses personnages caractéristiques, même si quelques seconds couteaux n’ont pas bénéficié d’autant de soin que le casting principal. La partie cuisine se montre, à ce niveau-là, sans défaut, et les différents ingrédients et glaçages parviennent à se montrer gourmands à travers l’écran (sans parler du côté satisfaisant de déposer un filet de chocolat parfait sur un glaçage à la fraise et de le recouvrir de vermicelles idéalement répartis). High Times propose donc une expérience qui n’est pas dénuée de défauts, mais qui comporte également de nombreuses bonnes idées.

Le nouveau titre de Yangyang Mobile est un mélange original de jeu narratif, de cuisine et de drague, aux dialogues sans fards (prudes s’abstenir !). Bien que sa partie cuisine comporte de bonnes idées, c’est clairement son côté visual novel qui l’emporte, bien que le récit prenne un peu de temps à se mettre en place. Il faut dire que High Times brasse large dans ses thématiques, avec trente personnages qui ont autant de problèmes et une héroïne ou un héros qui, à la manière de Ramona Flowers dans Scott Pilgrim, voit soudain ses ex débarquer dans sa vie. Le jeu, passé des débuts parfois un peu lourds, propose de jolis traits d’humour et des moments touchants. Si elle est plombée par des bugs et des ralentissements pénibles, sa recette est néanmoins rendue addictive par la créativité de son aspect cuisine et l’envie qu’elle génère de tester toute sorte de modificateurs d’humeur sur les personnages. Avec un gameplay un peu plus poussé, moins de bugs et une meilleure traduction, High Times aurait pu être une totale réussite, mais sa proposition reste une curiosité à essayer.

Test réalisé sur Xbox Series X – code fourni par l’agence de presse du studio développeur.

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