La Saga d’Atlas & Axis : de l’origine canine du monde

Dans (Re)Lire, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué la littérature. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou d’ouvrages injustement méconnus, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.


Un dessin tout en rondeur. Une mise en couleur que Walt Disney n’aurait pas reniée. Deux héros tout mignons. Bienvenus dans l’univers de La Saga d’Atlas et Axis, un album de Pau à ne pas mettre entre toutes les mains…

Au pays des moutons explosifs

« Le dieu Toby, dans son infinie sagesse, créa Pangea […] et donna aux brebis la particularité d’exploser en mourant. »

Le narrateur

En un temps incertain mais précédent l’apparition des humains sur Terre, Pangea est un monde canin aux allures médiévales. Atlas et Axis mènent une vie paisible à Kanina, un village de bord de mer, jusqu’à l’arrivée de vikiens qui déciment une partie de leur communauté et embarquent les survivants comme prisonniers, parmi lesquels Erika, la sœur d’Atlas, et Raposa.

Pour les deux amis, un périple débute pour retrouver les deux femmes et les sauver. Au cours de leur odyssée, il connaîtront amour, violence, espoir et déception. Ils se feront des amis, aussi étranges et incongrus qu’un mammouth et un chat, et des ennemis, parfois insoupçonnés. Surtout, le voyage devient initiatique.

Alors que l’ourse Miel les héberge, ils sont mis sur la piste de l’os de Khimera et de la gamelle d’abondance, mais pas seulement. Dans l’auberge, ils assistent aussi à un débat entre deux savants à propos de la création des animaux. L’un affirme que le dieu Toby est à l’origine de tout quand l’autre lui oppose la science et la théorie de l’évolution ; ce dernier en veut pour preuve l’existence, théorique, des Tarses, créatures mi-chiens mi-loups. Alors, c’est décidé, Atlas et Axis retrouveront les objets mythiques et découvriront les Tarses. Ainsi, ils n’auront plus à se soucier de chercher de la nourriture pour vivre et perceront le secret de la genèse du monde.

De l’origine du monde

« D’après mes investigations, il existe un peuple légendaire dans les steppes du Sabakistan, que l’on nomme les Tarses, mi-chiens, mi-loups. »

Un savant d’Iliaca

La couverture paisible du volume, la légèreté du dessin et les couleurs en à-plat ne doivent pas tromper le chaland. Il serait malvenu d’offrir le volume de Pau à un lectorat enfantin. À l’innocence et à l’absurde des premières pages, où une brebis égarée explique aux héros que les plus gravement malades et vieilles de leur espèce portent des cloches au cou pour prévenir de leur explosion imminente, succèdent des scènes sanglantes et psychologiquement dérangeantes, surtout (sup)portées par les herbivores. La Saga d’Atlas et Axis, c’est Shaun le Mouton à la sauce Conan le Barbare.

Au-delà de la sauvagerie de ce monde anthropomorphe, c’est le propos qui risque d’échapper aux plus jeunes. S’il l’on exclut la mission vengeresse qu’Atlas et Axis entament, et qui n’est qu’une courte partie de leur aventure, la BD illustre un propos très adulte, à la fois cosmogonique et eschatologique. D’où viennent les chiens et où vont-ils ? Un questionnement qui, pour le lecteur et la lectrice, fait écho aux débats réels qui opposent la science aux monothéismes.

Aussi agréable à lire qu’elle soit, La Saga d’Atlas et Axis n’est pas exempte de défauts ; deux en particulier. D’une part, la variété des univers est déconcertante. On passe sans cesse et sans transition des références vikings à celles des Mongols, des chiens aux dinosaures, de l’humour à la tragédie, de l’amour à la brutalité au risque de dégager une atmosphère fourre-tout. D’autre part, Pau ouvre de nombreuses portes : la mission de sauvetage d’Erika et Raposa, l’histoire d’amour entre Atlas et Mika, la guerre d’Escapula, les rapports entre carnivores et herbivores, la recherche d’objets légendaires et la quête des origines du monde. Toutes se referment, mais souvent précipitamment et, du fait de leur multiplicité, après un déroulement superficiel de chaque épisode.

Derrière l’apparente légèreté de La Saga d’Atlas et Axis, Pau développe des thèmes ambitieux, comme l’évolution, la violence, la cohabitation des peuples, et le destin du monde. Au bout du compte, une saga attachante et singulière, imparfaite mais généreuse, dont l’univers et les idées restent peut-être plus marquants que la construction narrative.

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