Le Prince des écureuils : amour et solitude

Dans (Re)Lire, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué la littérature. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou d’ouvrages injustement méconnus, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.


Avec Le Prince des écureuils, René Hausman et Yann signent un conte de fées cruel et poétique qui joue avec nos émotions.

Roufol le mal aimé

« C’était la première fois que féminine créature accordait quelque tendresse à Roufol »

Le narrateur

« Il était une fois, il y a de ça bien longtemps », perdu sur un champ de bataille où traînent les cadavres d’hommes, l’écureuil Roufol, affamé, cherchait de quoi remplir son ventre. À peine eut-il trouvé son bonheur qu’un congénère plus trapu lui vola sa pitance. Les temps sont durs pour tous, humains comme animaux. La sauvagerie et la cruauté des uns n’ont rien à envier à celles des autres. Roufol, chétive petite créature, en sait quelque chose.

Vint un jour d’hiver, froid et neigeux, où il fut sauvé du malheur par l’intervention d’une fillette, Herminie, enfant de sorcier. Dès cet instant, les deux devinrent amis et vécurent heureux… pour un temps.

La jeune fille fut capturée par un ogre mais parvint à charger Roufol d’aller chercher l’aide de son père qui lui confia deux noisettes magiques. L’une pour transformer la captive en écureuil afin de qu’elle s’évade et l’autre pour qu’elle retrouve forme humaine….

Hélas pour Roufol, le plan réalisé, la demoiselle tombe sous le charme d’un congénère plus costaud. Il décide donc d’ingérer la deuxième noisette et de devenir humain. Ceci fait, il s’empare de la fortune de l’ogre, tué par le roi entre-temps.

Devenu riche seigneur, Roufol se venge ; il fait torturer et tuer tous les écureuils de son domaine. Mais un jour la honte le prend et il libère tous les rongeurs qui étaient dans ses geôles. C’est alors que, comme un signe du destin, Herminie revient un matin pour son plus grand bonheur.

Le bonheur est fragile

« Roufol connut alors un immense bonheur »

Le narrateur

Inutile de chercher, dans les pages du Prince des écureuils, une lutte entre un héros et un adversaire redoutable ni un combat entre le bien et le mal. Cette histoire animalière est bien plus banale et plus émouvante. Il est question d’amour et de jalousie sublimés par le dessin de René Hausman qui n’est jamais plus talentueux que lorsqu’il croque la nature et les animaux.

Alternant vengeance et espoir, cette fable noire invite à réfléchir sur le fardeau de la solitude. Celle qui pèse et rend aigri. À travers le destin de Roufol, petit écureuil si insignifiant qu’il connaît plus le rejet et la méchanceté d’autrui que son attention et son amour, lectrices et lecteurs comprennent que ces derniers, même fugaces, sont les clefs du bonheur. Au fil de la narration, ils ne manqueront pas de ressentir de la pitié pour le petit être mais, plus encore, réfléchiront à leurs propres vies.

Avec Le Prince des écureuils, Yann et René Hausman réalisent un retour aux sources du conte de fées, celui qui renient l’angélisme de Walt Disney pour embrasser la tradition crue des frères Grimm.

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