Le Chevalier au dragon : du manuscrit médiéval à la bande dessinée moderne

En 2010, Emanuele Arioli, alors étudiant, découvre un roman médiéval tombé dans l’oubli. Un texte qui relate les aventures merveilleuses du chevalier arthurien Ségurant. En 2023, devenu docteur en histoire médiévale et enseignant dans le supérieur, il adapte cette histoire en bande dessinée en collaboration avec Emiliano Tanzillo.

La quête du Graal

« Les ténèbres couvriront le monde, mais quelque chose de grand est écrit en toi…»

Groa, sorcière de la montagne de Feu

En ce ve siècle, Sivar est un adolescent breton comme les autres même si la rumeur court que sa mère décédée était une sorcière. Et après tout, pourquoi s’en soucier quand on a autant de succès auprès des filles ? Cependant, les années passant, cette réputation lui pèse ; plus encore lorsque son père lui révèle qu’il en est effectivement ainsi. Les révélations sont plus choquantes encore puisque Sivar apprend que son père ne l’est que d’adoption. Bébé, il fut confié à ce pêcheur par Merlin l’enchanteur pour le cacher d’une terrible menace.

Désormais au courant de cette vérité, le garçon part à la rencontre de la sorcière de la montagne de Feu pour en savoir davantage sur sa mère. Elle lui conseille de rencontrer les deux dernières autres sorcières de Bretagne : Nimue et Morgane qui l’ont connue. À son retour au village, Sivar découvre que les troupes du Blodorn ont exterminé les habitants, parmi lesquels son père et sa petite amie.

Désormais, le jeune homme n’a qu’un désir : rencontrer le roi Arthur à Camelot pour réclamer justice. Cette quête ne sera pas aisée, mais le chevalier pourra compter sur des compagnons rencontrés en chemin comme Didan, un jeune débrouillard, et le demi-géant Golian. Morgane et Nimue ont juré d’abattre Arthur et Merlin pour avoir évangélisé la Bretagne et mis fin aux temps merveilleux ; une vengeance qui sèmera chaos et désolation dans le royaume. Averti de la menace par Merlin, qui ne peut agir puisqu’ayant été enfermé magiquement dans un tombeau, Sivar doit empêcher ce cataclysme comme sa mère le fit avant lui en sacrifiant sa vie. Pour les trois protagonistes, une course dont le dénouement décidera de l’avenir d’un monde débute alors, puisque leur victoire passe par le même objectif : la possession du Graal.

Un mythe arthurien renouvelé

« Je réalise que c’est à nous de défendre les anciens cultes et les terres libres. »

Morgane

Le Chevalier au dragon n’est pas une transposition littérale du mythe arthurien. Emanuele Arioli et Emiliano Tanzillo adaptent et personnalisent la légende pour qu’elle plaise au lectorat actuel. Évitant les détours et les digressions, le récit est aujourd’hui plus fluide et cohérent. Il respecte une tradition et un esprit plus qu’il ne réalise une transcription littérale du texte originel. Et on pardonnera aux auteurs de rebaptiser le héros aux yeux vairons Sivar et leur clin d’œil à L’Étrange Noël de monsieur Jack.

Le rythme de l’aventure imaginée par Emanuel Arioli est effréné et pas une page ne permet aux lecteurs et aux lectrices de reprendre son souffle. Sivar participe à des joutes, rencontre des géants de pierre et lutte contre un dragon tandis qu’en parallèle, Morgane invoque des monstres et lance des sortilèges effrayants. Le dessin assuré, expressif et dynamique d’Emiliano Tanzillo traduit brillamment les actions et les émotions de personnages entiers dans cette histoire qui illustre l’éternelle lutte entre le bien et le mal.

Le Chevalier au dragon n’est qu’un reflet déformé d’un texte ancien. Toutefois, tourner les pages de cette BD est l’occasion de replonger dans le mythe arthurien loin des repères bien connus et de retrouver la vigueur des romans médiévaux.

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