De plume et d’écume, tome 1 : Where Oceans Burn – un long roman de guerre entre deux peuples

Casey L. Bond est une autrice de fantasy, qui écrit des histoires d’amour dans des univers soigneusement construits. Avec De plume et d’écume, tome 1 : Where Oceans Burn, naît une histoire romantique basée sur une opposition totale entre deux peuples : l’un vit dans le ciel et dépend des ressources présentes sur terre et dans l’océan ; l’autre vit au sol et dans l’eau et garde jalousement les fruits et les poissons. De chacune de leurs confrontations résultent des cadavres. Qu’est-ce qui peut tout faire changer ?

Un ange tombé du ciel… ou presque

Elira est une guerrière renommée parmi les Empyréens, peuple ailé habitant dans la ville aérienne d’Empyrée, sous la coupe de la déesse du ciel, Neera. À la tête de l’équipe de combattants la plus décorée, elle attire l’envie et les rivalités comme le miel attire les mouches. Elira est détentrice d’un secret caché dans son sang, et compte sur sa meilleure amie, Aderyn, pour l’aider à le dissimuler aux yeux de l’Oracle. Malheureusement, de grands chamboulements secouent Empyrée et Elira est forcée de capturer le pire ennemi de son peuple sous peine de perdre ses ailes. Comme quoi, les ennemis ne viennent pas que de la mer…

Un univers limité pour une narration recentrée

La spécialité de Casey L. Bond est le world building, selon sa présentation à la fin de l’ouvrage. Ici, en effet, beaucoup de détails politiques sont donnés sur le fonctionnement du clan ailé. Si Neera est la déesse toute-puissante, elle ne se révèle qu’épisodiquement et le pouvoir est détenu par les Anciens, des individus souvent cruels, adeptes de l’eugénisme : le moindre élément défaillant chez les Empyréens se retrouve réduit en esclavage, quand il n’est pas balancé dans la mer depuis le ciel. En apprenant qu’Elira possède un pouvoir divin antique dans ses veines, les Anciens se disent qu’elle leur appartient et qu’il faudra, après sa quête, lui sectionner les ailes et s’en servir comme reproductrice, afin de donner naissance à des ovillons de plus en plus puissants. Tout le fonctionnement des relations entre habitants de la cité est longuement expliqué et ne cesse d’être rappelé, que ce soit via la narration, l’action ou les dialogues : personne ne s’aime, tout est une question d’ambition. Et c’est à peu près tout ce que les Empyréens apportent à l’histoire. Les personnages, même ceux nommés Érudits, ont un champ de connaissances particulièrement restreint. Ils dépendent de la terre et de la mer pour se nourrir, ne connaissent aucune plante et, malgré la vigueur de leurs ailes sans cesse mise en exergue, n’ont jamais rien exploré. La deuxième partie du roman permet de découvrir le peuple de Talay, dieu de la mer bien plus amical et chaleureux. Proches de leur Prophétesse et ne subissant pas les punitions constantes de leur divinité, les habitants de l’île de Kehtani sont bien plus sympatiques que leurs rivaux. Deux salles, deux ambiances, et ce tout du long du récit. L’histoire se focalise par conséquent sur ces deux clans, leurs croyances et leurs connaissances, qui s’arrêtent aux terres décrites dans le roman : la cité dans le ciel et l’île de Kehtani. Where Oceans Burn se résume donc à un microcosme constamment arrosé de sang lors des escarmouches entre les guerriers des tribus ennemies, ce qui laisse un goût d’inachevé.

Une lenteur exagérée

Les péripéties d’Elira demandent beaucoup de mise en place. Le roman commence avec la perte d’Aderyn, le besoin de la remplacer dans l’armée, le désir de vengeance d’Elira et son intention soumise à la déesse de capturer le Requin du camp adverse. Beaucoup d’explications militaires sont données et la cruauté des habitants du ciel est démontrée via plusieurs scènes guerrières et politiques importantes. Le contexte est donc posé, la menace présente sous les nuages est bien décrite et rendue vivante grâce à quelques combats, il est normal de s’attendre à l’histoire d’une chasse extraordinaire. La déception est de mise : trahie par sa troisième coéquipière, Elira tombe dans l’océan, est repêchée par le Requin lui-même, et la voilà qui se fait soigner par le peuple mi-marin, mi-terrestre, parce que leur dieu, Talay, a envoyé un signe de bienvenue à la Prophétesse… Et c’est parti pour des chapitres interminables dévoilant toutes les différences entre la chaleur des habitants de l’île et la froideur du clan d’Elira, qui est sans cesse mentionnée, chez l’héroïne directement, ou lorsqu’elle raconte les règles en vigueur dans son pays aux autres. Si des tensions existent entre les habitants de Kehtani, et Elira, il ne se passe relativement plus grand-chose pendant de trop nombreuses pages, si ce n’est qu’elle découvre ce que le mot « rédemption » signifie. De façon particulièrement plate, l’autrice met en scène une tentative de romance à la valeur amplifiée par les traditions de Talay ; l’effet est attendu, et complètement gâché quand un invité ailé descend brutalement du ciel en amenant une flopée de révélations bouleversantes avec lui. La guerre se prépare, orientée sur Elira et sa préciosité, il est temps de se préparer.

Certes, le livre est magnifique. Porté par du doré, du jaspage, des illustrations internes, la volonté de créer un objet sublime est posée. Mais l’histoire manque singulièrement de rythme et de contenu, malgré sa base forte, qui explore des sentiments aussi profonds que l’envie, la frustration, la haine, et le chagrin. La cruauté politique lançant le fil narratif est appréciable, mais rapidement abandonnée : les ennemis deviennent inexistants et on pourrait résumer ce récit à un long fleuve tranquille secoué de quelques remous agressifs de temps à autre.

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