Ichi the Witch, tome 5 : la doucereuse fin de Bakugami

Sorti le 3 septembre 2026, le cinquième tome d’Ichi the Witch d’Osamu Nishi et Shiro Usazaki marque la fin du court arc narratif du bonheur du village de Bakugami. Après un quatrième tome introduisant la profondeur du personnage intéressant de Gokuraku, ce cinquième, riche en émotions, montre une prise de conscience de l’importance de la psychologie.

Une histoire de douleur

Alors que Desscaras, Kumugi et Ichi se dirigent vers le village de Bakugami sur la demande de Gokuraku, ils se rendent compte que quelque chose ne va pas : tout le monde est (trop) heureux ! Cette vague de bonheur est due à Bakugami, le majik du sommeil bienheureux, un tapir arrivé dix ans auparavant. Devenu un dieu local et la cible de tous les hommages et respects, cette opération était son savant plan pour se rapprocher du majik antimonde, son idole : accumuler la tristesse de tous les habitants (et non la faire disparaître) pendant de nombreuses années pour finalement la relâcher démultipliée. La troupe d’Ichi se lance alors l’objectif de l’acquérir, même si, pour ce faire, il faudra souffrir et vaincre ses propres alliés…

Accalmie de la furie transhumaniste

Après un tome qui faisait de Gokuraku le personnage le plus intéressant de la série, les événements prennent une tournure plus définitive pour le majik de l’heureuse tristesse, tout en gardant le nouveau personnage comme moteur de la réussite de l’escouade d’Ichi. Le tapir maléfique s’emparant de tout le malheur du monde (littéralement) pour tout transmettre au jeune homme mécaniquement modifié, il était possible de s’attendre à une épreuve particulièrement douloureuse pour celui-ci. C’est ainsi, pour le combattre, que Gokuraku se lance corps et âme dans une expérience qui menace de le mener dans la folie la plus profonde. Elle va menacer son équilibre intérieur, ses relations avec ses amis et sa propre famille, mais également son rapport au pouvoir, au désespoir et aux limites de la souffrance.

Dans ce tome, il est question de dépassement de soi plus que de quoi que ce soit d’autre. Ce surpassement, cette volonté de devenir plus fort, de vaincre, est révélateur d’une faiblesse qui est typique du genre du shōnen : remettre le curseur sur la nécessité d’un entourage pour le héros. Cette finalité de l’arc de Bakugami met, dans une belle référence au genre d’Ichi the Witch, l’accent sur l’importance de l’amitié, mais surtout sur la valeur de la famille, choisie ou non.

La fin d’un arc psychologique

Le charme de ce cinquième volume réside plus particulièrement dans ce qu’il permet de conclure : le cycle infini de la violence psychique que subissait Gokuraku. Ce personnage que la clique d’Ichi a rencontré à la fin du troisième tome, d’abord introduit comme une bête dangereuse, psychologiquement instable, était en réalité sous l’emprise d’un traumatisme familial majeur qui lui faisait perdre la notion de raison ou de limite dans ses gestes et propos. Ichi the Witch met justement le doigt sur le besoin de guérir malgré la réticence de celui qui en a le plus besoin.

L’affrontement induisant une terrible douleur psychique de Gokuraku, l’absorption du malheur le force à devoir reconnaître ses propres limites, et une telle vulnérabilité dans un shōnen fait du bien à voir. Au lieu de mettre un pansement sur la plaie, Ichi the Witch propose de faire avec, d’apprendre à se relever et d’embrasser le mal pour en sortir grandi, et non de vouloir l’oublier.

Avec ce tome, l’histoire de Gokuraku prend enfin son envol. Il se libère avec honneur, déférence et vulnérabilité du fardeau traumatique qu’est son passif familial. Reste à voir désormais ce que les autrices feront de lui maintenant que son comportement et son passé ont été bien explorés – espérons qu’il ne devienne pas un simple compagnon de voyage prétexte à gags répétitifs. Le prochain arc se promet d’être, lui, bien plus cocasse et moins profond que celui s’achevant dans ce tome !

Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse


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