En plus de son titre actuellement en cours de publication Don’t Call It Mystery (12 tomes en France chez Noeve Grafx et 16 au Japon à ce jour), Yumi Tamura revient sur le devant de la scène grâce à une réédition alléchante de son chef-d’oeuvre. Publié de septembre 1990 à juin 1998 par l’éditeur nippon Shogakukan, Basara est arrivé en France grâce aux éditions Kana entre 2001 et 2006 – il s’agit par ailleurs de la publication du tout premier shōjo de leur catalogue. Si les 27 tomes initiaux ne sont plus trouvables dans le commerce, l’éditeur rend de nouveau disponible ce sublime manga à l’occasion des 25 ans de la publication du premier tome en langue française.
L’histoire d’un diamant élu
Après l’effondrement de la civilisation, les siècles ont passé et un roi tyrannique règne désormais sur un Japon désert et dévasté. La légende raconte cependant l’arrivée d’un enfant élu, qui sera destiné à traverser l’archipel en proie aux tourments de la guerre pour renverser le pouvoir et bâtir un monde meilleur. C’est alors qu’au village de Byakko, Tatara et Sarasa, des jumeaux, voient le jour…
Une quête sous le signe des batailles et de la romance
Le commencement du manga de Yumi Tamura met en lumière la tension qui s’exerce entre ses différents enjeux : d’abord, une fresque politique intense et sombre, presque désespérée, puis un récit d’aventures et enfin une romance impossible. Sarasa est un personnage principal qui, bien qu’elle représente d’une certaine façon la sensibilité féminine intrinsèque au genre du shōjo (synonyme des années 1990), est psychologiquement très fort. Elle enchaîne les tragédies, les pertes et les traumatismes – et ce, dès le début de ce premier tome – tout en se relevant, se retroussant les manches et marchant le menton dressé. Femme fière et femme forte, elle use de procédés tactiques plus ou moins bienvenus pour l’époque (comme le travestissement), mais très modernes, pour parvenir à ses fins, et n’hésite pas à se lancer tête la première dans la bataille pour sauver ceux qu’elle aime.
Aussi, si cette grande quête aventureuse démarre par une guerre aux batailles sanglantes, la romance s’installe, avec ses difficultés indéniables, et prend, peu à peu, une place de choix.
Un début de série inspiré
Ce premier tome est absolument éblouissant. Le dessin de Yumi Tamura est un étrange mélange entre une technicité à couper le souffle et la juvénilité d’un coup de crayon visible, presque brouillon. Basara possède le charme absolu des mangas anciens, plus précisément des shōjos des années 1990. Des yeux gigantesques, des corps longilignes, des mentons saillants, des femmes très féminines et des hommes vaillants (à quelques exceptions très particulières) : les personnages sont tous à l’image d’une certaine représentation de l’idéal de la plastique humaine.
Basara est une série ayant commencé sa publication en septembre 1990, et le collectif CLAMP a sorti sa toute première série, RG Veda, en février de la même année. Le parallèle entre les deux shōjo est particulièrement évident. Le style graphique est similaire, mais il n’est pas possible de parler d’inspiration unique, car nombre de shōjos arboraient ces choix esthétiques. C’est plutôt l’histoire et l’ambiance générale de Basara qui se rapprochent énormément de celles de RG Veda. Environnement apocalyptique, mais puisant dans des sources historiques focalisées sur les philosophies hindouistes, bouddhistes et avec des références au sanskrit, Basara et RG Veda ont comme personnage principal des combattants à l’allure androgyne pris malgré eux dans les filets de la destinée.
| Le premier volume de la célèbre série de Yumi Tamura confirme son statut de chef-d’œuvre. Entre guerre, romance, tragédie et comédie, les genres et tons se mélangent pour donner un charmant résultat. La quête de Sarasa débute tout juste, mais se révèle déjà impossible à lâcher, tout cela grâce à la belle réédition de Kana pour les 25 ans de sa première parution française. |
Cet article vous a plus ? Soutenez-nous :