« La vanité, c’est sans doute mon péché préféré », disait Al Pacino dans L’Associé du diable. Quand il est question du malin dans une œuvre, c’est bien souvent pour en faire l’avatar de vices profondément humains. Gospel ne contrevient pas à la règle, mais y ajoute un contexte historique, une écriture résolument moderne, un humour généreux et une belle mise en abyme. Trouverez-vous enfer et damnation ou bien salut éternel au bout de cet album particulièrement léché ?
Le diable
Angleterre, 1538. Matilde rêve d’aventures héroïques et de gloire, mais le petit village de Rumpstead ne lui offre qu’un quotidien morne. Élevée par le curé du coin tout comme son meilleur ami Pitt, elle est aussi hardie que ce dernier est raisonnable. Alors que l’opposition du roi Henri VIII envers le pape a divisé le pays, voilà que le diable se présente au village ! Il laisse aux habitants de Rumpstead jusqu’à la nouvelle lune pour abandonner la foi chrétienne, ou bien tous seront châtiés.
Une seule solution pour se débarrasser du malin : retrouver le marteau de saint Rumpus, qui vainquit la bête des siècles auparavant. Pour Matilde, c’est aussi l’occasion d’être enfin auréolée de la gloire qu’elle mérite ! Ni une ni deux, elle entraîne Pitt avec elle afin que, en tant que conteur du village, il inscrive leur aventure dans l’histoire de l’Angleterre.
Mise en abyme
Il y a plusieurs récits dans Gospel. Celui de Matilde et de Pitt, bien sûr, mais aussi celui que la jeune fille rêve de vivre. Et puis il y a cet homme, qui se souvient d’eux bien des siècles plus tard, et qui raconte leur histoire. Incarnation de l’auteur à travers la mise en abyme ? Peut-être. Ici, le choix de l’interprétation est laissé au lecteur ou à la lectrice.
En sous-texte, Gospel aborde notamment les différentes façons de comprendre et d’appliquer les textes religieux. Sur ce point, Pitt et Matilde s’opposent et, si Will Morris se garde bien de donner des leçons à ses lecteurs et lectrices, on sent qu’il tente de leur apporter une compréhension de ce qui mène quelqu’un ayant la foi à céder à la violence. Sans jamais cautionner, l’auteur nous offre ainsi une manière bienveillante et profondément humaine de tendre la main vers l’autre. Bien que romancé, son contexte historique offre une vision passionnante de l’histoire de la chrétienté et de l’Angleterre médiévale.
L’album propose une aventure drôle et pleine de surprises, qui aborde également la tolérance, l’humilité et l’amitié avec sincérité et justesse. Techniquement, c’est également une réussite. Gaufrée et embossée comme un manuscrit du xvie siècle, la couverture donne tout de suite envie. À l’intérieur, les couleurs sont vives, l’action immersive et, lorsqu’il s’agit de raconter la légende de saint Rumpus, l’auteur s’inspire des parchemins médiévaux afin d’ancrer encore plus son récit dans sa trame historique.
| Beau, rythmé et nourri d’une fantasy médiévale épique, Gospel reste, deux ans après sa sortie, l’un des meilleurs album de la collection de one shots grands formats d’Urban Comics. |
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