Chasse Nocturne : une quête pour briser une malédiction

Alexandra Christo bâtit un monde qui en veut aux monstres, mais qui tire son sens de ces derniers. Ainsi, son lectorat peut se retrouver, grâce à des chapitres alternant entre deux narrateurs, dans la peau d’une Néfa et d’un Héraut des Dieux, deux créatures totalement nouvelles, qui se mêlent à un folklore déjà connu, mais réinterprété pour l’histoire. Dans un monde entièrement inventé, l’autrice délaisse complètement les humains pour se concentrer sur une quête monstrueuse, qui demande notamment de récolter le sang d’un dieu…

Une richesse fantaisiste

Atia, est la dernière des Néfas, une créature mangeuse de cauchemars mortellement dangereuse, et Silas un Héraut des Dieux, chargé de récupérer les âmes des morts pour qu’elles passent dans l’Après. Atia rêve de pouvoir se venger de l’extermination des siens et ses journées sont solitaires. Silas souhaite revenir à sa vie d’avant : les Hérauts sont ce qu’ils sont pendant un siècle suite à une punition divine, puis ils reprennent leur forme précédente. Les deux personnages ne se sentent pas à leur place et débordent de rancœur. Ils se rencontrent lorsqu’une vampire, Saphir, tue un humain de trop, et se recroisent lorsque c’est au tour d’Atia de tuer. Punie par la malédiction divine que lui lance Silas, cette dernière est contrainte d’accepter le marché qu’il lui propose pour récupérer ses pouvoirs et son immortalité : l’aider à tuer un vampire, une banshee et un dieu, en plus de mettre la main sur de l’eau du fleuve d’Éternité, ce qui permettra de libérer Silas de ses conditions d’Héraut et de retrouver son essence. En compagnie de Tristan, un jeune savant du Royaume d’Alchimie incollable sur les monstres, ils se lancent dans une quête meurtrière et impossible, quitte à devoir se supporter l’un l’autre jusqu’à n’en plus pouvoir… ou en vouloir encore.

Un choix de narration un peu décevant

Alexandra Christo construit quelque chose de solide dans son roman : deux cartes et de nombreuses explications permettent au lectorat de découvrir un peu mieux les cinq Royaumes, ainsi que le monde divin, Oksenya, entouré des cinq fleuves reliés à des divinités. On rencontre un peu de tout : vampires, banshees, lykaï, toute une panoplie de créatures qui viennent étoffer l’univers de l’autrice. La quête en elle-même propose plusieurs rebondissements basés sur des révélations qui, bien souvent, font naître de nouvelles questions. L’action est au rendez-vous, grâce à des combats qui mêlent force physique et magie.

Le plus gros problème du roman, c’est la plume de l’autrice. Trop occupée à vouloir donner un aspect cool à ses personnages, elle gâche de nombreuses scènes d’action par des répliques se voulant malignes et stylées, mais qui sont surtout futiles. Les protagonistes sont dans une tranche d’âge plutôt jeune, sauf Silas. Cette jeunesse se traduit par une puérilité des dialogues, surtout dans des scènes de danger où elle n’a pas sa place : les héros préfèrent se disputer et se moquer les uns des autres aux pires moments, ce qui est exaspérant. La narration en elle-même est assez saccadée, le style est précipité et concis, ce qui gâche la lecture et amoindrit les efforts déployés à la construction d’un monde imaginaire aussi développé que celui d’Alexandra Christo dans ce titre.

Des personnages principaux et… le reste

Si Atia et Silas ont droit à un développement soutenu par des chapitres qui adoptent le point de vue interne de chacun d’entre eux, leurs deux compagnons d’aventure servent, tout au plus, de décorum ou de solution de secours quand ils n’arrivent pas à se sortir d’une situation épineuse. Tristan l’alchimiste et Cillian, une banshee ayant rejoint leur groupe au début du roman, sont donc des similis comiques de service à cause de leurs personnalités, mais n’apportent pas grand-chose à part quelques lignes de dialogues supplémentaires à propos du sujet qui revient en boucle dans l’histoire : comment faire quand on n’a pas de famille. Trop occupée à développer la relation amoureuse principale et les « traits d’esprit » dans ses dialogues, l’autrice passe malheureusement à côté de certains éléments qu’il aurait été appréciable de découvrir, comme le Royaume d’Air, qui, s’il est mentionné et visible sur les cartes, ne reçoit aucune visite du groupe de héros. Le puzzle est incomplet et la frustration monte, surtout qu’aucune suite n’a l’air d’être annoncée.

Chasse Nocturne c’est : une bonne histoire, mais pas la bonne plume.

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