Après l’excellent Tonnerre après les ruines, l’autrice française Floriane Soulas quitte la survie postapocalyptique pour se tourner vers le cyberpunk avec Soma, une novella publiée aux éditions Robert Laffont. On y retrouve les thèmes chers à l’écrivaine : quête de soi, sororité, indépendance, mais aussi une réflexion plus globale sur les inégalités et les dérives d’un monde capitaliste, dans lequel l’humain devient une marchandise.
« Risa se faufile dans la masse hétéroclite de travailleurs qui l’enveloppe comme une mer houleuse. Des visages fatigués, usés, fermés de personnes qui rentrent, le dos vouté, ou vont s’échapper dans des plaisirs artificiels lorsque le soleil se couche. Une faune d’un autre genre commence à apparaître dans la rue, aux cheveux colorés et aux crânes rasés, le visage percé, tatoué. De la musique monte du sous-sol des immeubles. »
Soma, Floriane Soulas, éditions Robert Laffont
Cyborg
Après une énième mission, Risa s’apprête à rentrer à l’Enclave, un havre de paix loin des néons et du tumulte de Neolutetia. Un endroit où coexistent miracles botaniques, câbles de transferts de données et femmes de tous horizons désirant échapper à une vie de violence ou de misère. Risa s’y sent bien malgré sa différence. Car elle est une cyborg, la seule capable de s’interfacer avec n’importe quel système, n’importe quel objet, n’importe quel être humain… Si son talent lui permet de gagner sa vie et de rapporter de précieuses informations à l’Enclave, la jeune femme à la sensation d’être suivie dès qu’elle s’aventure en ville depuis quelque temps. Une situation qui risque de faire ressurgir un passé que Risa à pourtant tout fait pour oublier.
À l’étroit
Loin du Rick Deckard analytique ou d’un Kaneda colérique, l’héroïne mise en scène par Floriane Soulas est particulièrement humaine, empathique, entière. Il faut dire que l’autrice a toujours excellé lorsqu’il s’agit de représenter les émotions de ses personnages et l’évolution de leur personnalité. Néanmoins, le format de la novella semble trop étroit pour cette histoire, qui s’en trouve condensée, compressée, privée du développement narratif qui lui permettrait de s’épanouir dans les meilleures conditions.
Pour celles et ceux qui connaissent un peu le cyberpunk, le récit pourrait sembler convenu – pas d’énormes retournements de situations à vous faire tomber de votre chaise, mais pas de clichés outranciers non plus. Ce n’est pas forcément un mal, nul besoin de réinventer la roue, Soma cherche avant tout à mettre en scène une histoire qui valorise l’entraide et la bienveillance, c’est là son originalité : casser l’image d’un futur technologique froid et impersonnel pour en proposer une version où la sororité lutte contre l’individualisme.
Cependant, malgré ses qualités (des personnages forts, une réflexion sur la conscience, l’existence, le sens du mot « humanité »), Soma nous laisse un goût de trop peu. Sa première moitié, bien introduite et développée, semble avoir pris trop de place et forcé la suite à se dérouler dans l’urgence. Tout se règle donc en quelques changements d’avis hâtifs et un final presque dénué de péripéties. Beau dans son message, certes, mais frustrant.
Si la concision de Soma étouffe son récit, cela ne nous empêchera pas de continuer à suivre avec beaucoup d’attention les prochains romans de Floriane Soulas, une autrice capable d’écrire les femmes avec une force rare.