Avec Passer la Brume, publié en avril 2026 aux éditions Aux forges de Vulcain, Julia Colin propose un second roman (après Avant la forêt, publié en 2023 chez le même éditeur) qui outrepasse les codes habituels de la science-fiction postapocalyptique. À travers son personnage principal, Vair, l’autrice autorise lecteurs et lectrices à se questionner sur leur rapport à l’ambivalence de la figure de la frontière (qu’elle soit géographique, intime et morale).
Vair contre ou avec la Brume
Vair est ce qu’on appelle une « Passe-Brume ». Elle s’occupe de faire passer le massif des Pyrénées à des groupes de « Plains » (des personnes vivants dans les plaines). Elle connaît ses remèdes, ses cachettes, les lieux indispensables. Vair a fait de la survie son mode de vie. Pourtant, une nuit, elle aperçoit un feu de camp au loin, dans la Brume. Elle se retrouve alors confrontée au choix le plus déterminant de son existence : continuer sa route, faire passer les gens à travers la Brume dangereuse, ou s’y aventurer elle-même pour aller voir qui – ou quoi – ose également braver le danger.
Une poétique de la survie
Amateurs et amatrices d’action, passez votre chemin : ce roman privilégie distinctement son atmosphère à ce qui se passe en son sein. Les pages de l’œuvre sont cependant pleines de poésie, emplies de silence, de descriptions venteuses, d’attente, de récits de marche (parfois interminables), de peintures montagneuses floutées par la Brume… Il s’agit d’un roman bien plus fondé sur les sensations, elles prennent le pas sur les divers affrontements qui, lorsqu’ils surviennent (quelle que soit leur forme), semblent s’effacer sous la lourdeur de la Brume. La survie, dans le roman de Julia Colin, ne se réduit alors pas à un défi technique, mais devient une expérience sensorielle et psychologique.
La dimension contemplative du roman est conférée par le choix stylistique de l’autrice. La brume de Julia Colin n’est pas celle de Stephen King dans son fameux roman qui l’a pour titre : elle n’est pas une menace à cause de ce qui l’habite, mais elle est comme une entité, une présence diffuse, enveloppante. Le texte travaille la tension entre ce qui est visible et ce qui disparaît, entre ce qui se montre et ce qui reste caché. La survie, dans Passer la Brume, passe par l’observation, la patience et l’écoute, et cela se reflète également dans sa narration.
L’instabilité de la nature et de la psyché
L’un des aspects les plus réussis du roman de Colin réside dans le caractère brumeux de l’état intérieur de ses personnages. Il est possible de voir un parallèle entre l’environnement et la psychologie dans une instabilité des mondes externe et interne. Vair est également représentative de cette dualité, elle en est même l’exemple le plus parlant : ses certitudes et ses conceptions vacillent puis tombent en éclats, ses choix la confrontent à des dilemmes moraux et idéologiques, et sa solitude se fait remplacer progressivement par d’autres émotions qui lui sont nouvelles.
La nature, dans Passer la Brume, agit comme un miroir reflétant l’esprit et les émotions des personnages. La correspondance entre paysage et psyché donne au récit un potentiel poétique énorme, dans une fusion parfaite de la matière littéraire, car si l’autrice met en place un système aussi intéressant, elle arrive toutefois à s’en affranchir pour s’autoriser quelques facilités, mais qui sont rapidement corrigées.
| Passer la Brume est un texte intéressant, doté d’une complexité narrative. L’autrice mêle assez joliment nature extérieure et nature humaine dans un texte plein de poésie et d’émotions. La sensibilité d’une telle œuvre est rafraîchissante dans le paysage de science-fiction postapocalyptique dans lequel elle s’introduit – même si affilier ce roman à la science-fiction semble être une erreur en soi, puisqu’il se rapproche plus d’une sorte de forme abstraite d’un éventuel monde futur pernicieux à la croisée des genres. |
Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse
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