Until Then : dans les méandres de l’adolescence

Il existe des récits qui misent sur le spectaculaire, d’autres sur la performance technique. Et puis il y a ceux comme Until Then, un jeu développé par le studio philippin Polychroma Games, qui choisissent une voie bien plus intime : celle des émotions discrètes, presque taboues, pour parler des liens humains. Sous ses airs de visual novel en pixel art, le titre cache une aventure profondément touchante, capable de parler avec justesse de l’adolescence, de la solitude et de cette étrange sensation que quelque chose ne tourne pas rond dans notre monde…

Désenchantée

Mark Borja est un lycéen vivant dans une version fictionnelle des Philippines. Ses journées (et ses nuits) sont rythmées par les jeux vidéo et les sorties avec ses amis. Et comme il faut bien un élément déclencheur pour justifier l’histoire qui va suivre, ce jeune homme voit son quotidien basculer peu à peu après une rencontre inattendue avec une nouvelle élève de son bahut. À travers ses échanges avec des personnages secondaires, comme la sympathique Cath, ses conversations sur smartphone et ses moments de doute, Until Then présente rapidement un héros attachant.

Le véritable point fort de l’écriture s’observe grâce aux dialogues (entièrement traduits en langue française) très crédibles, similaires à ceux que pourraient entretenir des jeunes de notre époque. Typiquement le genre de remarque que feraient des vieux, d’ailleurs ! Les relations évoluent naturellement et chaque personnage dévoile ses petits secrets au fur et à mesure des cinq chapitres du jeu. Ainsi, cette authenticité donne énormément de poids aux scènes les plus simples, comme lors d’un banal trajet en train. Tout sonne juste, en plus du téléphone de Mark !

Le récit prend également une dimension plus intrigante grâce au mystérieux Décret, un événement évoqué régulièrement en toile de fond et qui semble avoir profondément marqué la Terre entière. Sans tout révéler immédiatement, le jeu distille progressivement des indices sur cette série de catastrophes naturelles et sur ses conséquences psychologiques pour les personnages. Cela crée un sentiment permanent d’étrangeté, comme si le monde pouvait encore basculer à tout moment. Until Then réussit ainsi à mêler chronique adolescente et tension fantastique avec une certaine maîtrise. L’ensemble est porté par une mise en scène remarquable, qui sait quand accélérer le rythme et quand laisser respirer la joueuse ou le joueur afin de faire ressentir des émotions.

Lupang Hinirang

Visuellement, Until Then rend une copie satisfaisante. Le pixel art, sujet toujours à la mode de nos jours, retranscrit de jolis décors urbains, des salles de classe détaillées ou encore des ruelles baignées de lumières nocturnes. Il s’en dégage une atmosphère plutôt réaliste et moderne d’une métropole philippine, notamment lorsque l’on flâne devant les enseignes colorées des magasins du centre commercial lors du quatrième chapitre.

Les animations sont également surprenantes de fluidité pour ce style graphique. Les expressions des personnages, en particulier celui de Mark, permettent d’observer les changements émotifs avec une étonnante clarté. Si certaines scènes font des gros plans sur le visage des protagonistes lorsqu’ils ressentent de fortes sensations, ce sont les subtiles variations offertes grâce aux petits pixels qui marquent davantage. Par exemple, les larmes sont légères et discrètes lorsqu’un personnage se met à pleurer. Cela témoigne d’une vraie délicatesse de la part des développeurs, ce qui est fort appréciable !

Mais c’est surtout au niveau sonore que Until Then impressionne. Entre les morceaux au piano et les ambiances électroniques discrètes, la musique accompagne parfaitement le récit sans jamais dénoter un seul instant. Le studio a également apporté un soin tout particulier aux différents bruitages : les klaxons des voitures ou les bruits de pas dans les couloirs du métro résonnent admirablement dans nos oreilles bien ouvertes. Petite précision, il n’existe aucun doublage des personnages dans le jeu. De ce fait, l’expérience sensorielle est décuplée par cette absence de voix humaines.

Smells Like Teen Spirit

Si Until Then repose avant tout sur sa narration, le jeu ne se contente pas d’enchaîner les dialogues passivement. L’aventure propose régulièrement de petites interactions qui renforcent l’immersion et donnent davantage de vie au quotidien de Mark. Le smartphone occupe notamment une place importante. On échange des messages avec les autres personnages ou on fait défiler les réseaux sociaux entre deux moments calmes. Ces séquences paraissent parfois anodines, mais elles participent énormément aux évolutions des relations entre les personnages.

Le titre intègre aussi plusieurs minijeux et activités ponctuelles qui viennent casser le rythme des conversations. Ces phases, sans jamais rien révolutionner, apportent une vraie variété : attraper des boulettes de poisson, lancer des fléchettes à la fête foraine ou jouer un morceau au piano au club du lycée. Petit regret toutefois, il est impossible de jouer à la manille dans cette région des Philippines (blague de géographe). Plus sérieusement, ces mécaniques servent souvent la narration et permettent aux joueurs et joueuses de rester impliqués dans le quotidien des personnages. Une approche discrète, mais cohérente avec l’identité intimiste du jeu.

Attention néanmoins, pour celles et ceux qui voudraient récupérer tous les succès ou tous les trophées, car certaines activités secondaires mettront vos nerfs à rude épreuve. Nous pensons par exemple au vidéoké, un jeu de rythme qui consiste à appuyer sur la bonne flèche au bon moment. Dans les faits, la conception est bancale et extrêmement difficile en comparaison avec tous les autres minijeux. Il faut compter une dizaine d’heures pour terminer les cinq chapitres d’Until Then, mais est-ce que l’aventure sera réellement conclue à ce moment-là ?

Avec Until Then, Polychroma Games signe une expérience narrative d’une réelle élégance. Derrière son apparente simplicité pixelisée se cache un jeu profond, porté par une écriture efficace et une atmosphère mélancolique. Peu de jeux réussissent à retranscrire avec autant de finesse les émotions humaines, surtout sur la tranche d’âge adolescente. Ici, les doutes liés au passage à l’âge adulte des personnages font écho à notre propre expérience. Une certaine fibre nostalgique, propre aux souvenirs partagés que l’on n’arrive pas à oublier, prédomine jusqu’à un dénouement inattendu.

Le titre est disponible depuis le 25 juin 2024 sur PC et Playstation 5. Il est également sorti en 2025 sur Nintendo Switch, et plus récemment sur le store des consoles Microsoft. Ce test a été réalisé sur une version Xbox Series S grâce à un code fourni par l’éditeur.

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