Dans (Re)Lire, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué la littérature. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou d’ouvrages injustement méconnus, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.
Terrariums est le cinquième roman de Romain Benassaya (La Dernière Arche, Pyramides, Les naufragés de Velloa…), publié en 2023 aux éditions Critic puis au format poche chez Pocket en 2025. Mélange de space opera et de huis clos, le récit met en scène un groupe d’explorateurs amnésiques enfermés dans un environnement artificiel aux allures de dispositif d’observation extraterrestre. Un récit qui parvient à conjuguer efficacité narrative et exigence de construction, un jeu de mystère et d’exploration de la mémoire et de l’enfermement.
« Une dernière question, plus pressante que les deux premières, s’imposa à elle : Qui suis-je ? Elle posa les mains sur son visage et toucha son nez, ses joues, puis son crâne, entièrement chauve, et ses arcades sourcilières, dépourvues de pilosité, sans éveiller aucun souvenir ni même un sentiment de familiarité. Son identité était hors d’atteinte. »
Un roman plein d’intrigues
Cora se réveille sans aucun souvenir dans un environnement ressemblant à un terrarium. Avec les autres membres de son équipage, Derek et Justine, elle comprend rapidement que tous se trouvent dans un environnement artificiel. Quelques souvenirs lui reviennent : ils faisaient partie d’une expédition sur une planète éloignée visant à étudier une mystérieuse pyramide alien. Mais quelque chose, une présence, a manipulé certains membres de leur expédition, éveillant une menace potentiellement dévastatrice pour l’humanité.
Alors que le groupe essaie de recoller les morceaux, les personnages se rendent compte que leur hypothèse initiale « avoir été capturés par les créatures à l’origine de la pyramide » est en réalité bien plus complexe. Les souvenirs leur reviennent par fragments chaque nuit, ce qui transforme la mémoire en véritable moteur de tension narrative et de reconstruction du réel. Les questions abondent alors : sont-ils vraiment dans un terrarium ? Qui les observe et pourquoi ?
Le terrarium fonctionne ainsi moins comme une simple prison que comme un dispositif d’observation, où les personnages semblent pris dans une expérience dont ils ignorent les règles. Comme dans Pyramides, Benassaya tisse une toile de mystères autour de ses personnages, mais, contrairement à ses œuvres précédentes, Terrariums offre des réponses claires à la fin du récit. Le lecteur ou la lectrice est ainsi guidé à travers un voyage fascinant et déroutant, tout en étant récompensé par des révélations satisfaisantes. Cette logique de résolution progressive oriente fortement la lecture vers le « comment » plutôt que vers le « pourquoi », ce qui structure l’ensemble du roman.
Une narration maîtrisée.
Le roman se construit comme un jeu de piste, incitant le lecteur ou la lectrice à comprendre comment les personnages sont arrivés là et surtout pourquoi. L’auteur distille des indices avec habileté, construisant sa narration comme des poupées russes où chaque question dévoile progressivement une nouvelle couche de mystère. Les chapitres sont courts et rythmés, et les intrigues s’enchaînent avec fluidité. Les mêmes personnages réapparaissent dans différents lieux et temporalités, avec des événements du passé éclairant des questions du présent.
Dans la lignée de romans tels que Solaris de Stanisław Lem ou Le Problème à trois corps de Liu Cixin, l’accès au réel est progressivement déstabilisé par une logique d’incompréhension, où les révélations arrivent au compte-goutte et tiennent le lectorat en haleine. Si la mécanique narrative est solide, les personnages secondaires s’effacent parfois, le récit reste centré sur la révélation du mystère. Bien que l’écriture soit fluide et engageante, l’intrigue se complexifie au fur et à mesure, ce qui nécessite une attention particulière. La fin du roman apparaît légèrement plus rapide dans son rythme de résolution, ce qui crée un léger déséquilibre entre efficacité et narration.
Romain Benassaya signe avec Terrariums un roman de science-fiction exigeant et remarquablement construit, qui déploie un dispositif de mystère d’une grande efficacité. La logique de révélation progressive s’inscrit dans une construction plus large : si le récit se situe dans le même univers que La Dernière Arche ou Pyramides, il peut néanmoins être lu de façon indépendante, chaque livre apportant une variation et un éclairage nouveaux. Les réponses proposées ici ne referment pas le mystère, elles en redéploient les contours à une autre échelle. Roman après roman, Benassaya compose un univers vertigineux, dont Terrariums constitue une pièce à la fois autonome et essentielle, renforçant l’impression d’un ensemble en expansion constante.