Mip Ruberto Sanquer, qui s’est déjà fait une place dans les romans steampunk avec LaVille de braises et de crocs, propose avec Sous la neige des Sentinelles une fantasy steampunk sur fond d’enquête de Noël. Publié chez Scrineo, le roman met en avant la magie des familiers dans un monde où certains humains sont liés à des animaux, ce qui leur permet de développer des capacités physiques supérieures à celles des humains ordinaires. Sur le papier, l’idée est intéressante, mais qu’en est-il réellement ?
« L’armateur du Royal, Gaston de Fassec, souffrait d’une sévère entaille au niveau du crâne. Emeline Cortot, un bras en écharpe, hurlait que c’était son outil de travail. Cécile Gaultier, deux côtes cassées, soutenait en boucle avoir toujours détesté les transports aériens. Pauline, sa gouvernante, n’avait pâti que dans sa dignité, lorsque Xiang l’avait découverte dans ses jupons retroussés jusqu’au cou. »
L’histoire
Léopoldine, Lucca et leurs familiers échappent de peu à la mort lors d’accidents distincts avant de se rencontrer dans une auberge de Haut-Lac. Contraints de s’y reposer pour se remettre de leurs blessures, ils découvrent peu à peu que des événements troublants se déroulent dans ce petit village sans histoire.
Alors que tout les sépare, Léopoldine et Lucca décident d’unir leurs forces et se lancent dans une enquête qui risque de leur coûter cher, mais qui pourrait bien sauver l’humanité. Entre révélations et poursuites au milieu des montagnes enneigées, cette surprenante alliance est peut-être l’occasion pour eux de se rapprocher et développer un lien qu’ils n’avaient jamais imaginé…
Une lente mise en place
Malheureusement, le roman met beaucoup de temps à démarrer. L’élément déclencheur arrive réellement autour de la page 130 (même s’il a été annoncé artificiellement par le narrateur avant), ce qui rend la première partie du récit assez longue. La narration est également maladroite parfois, avec un style qui manque de naturel. Le narrateur insiste beaucoup pour nous dire que l’ambiance est mystérieuse ou que Lucca trouve Léopoldine attirante, alors que les actions des personnages ne donnent pas forcément cette impression. On a donc régulièrement ce décalage entre ce que le lectorat peut comprendre de la scène et ce que le texte veut absolument nous faire ressentir. C’est un problème assez classique de manque de show, don’t tell.
La magie des familiers pose aussi quelques questions. On comprend que les personnes liées à un animal possèdent des capacités augmentées, mais leur fonctionnement reste flou. Les pouvoirs semblent multiples et différents selon les personnages, sans que leurs limites ou leur origine soient vraiment expliquées. À part apprendre qu’un humain lié à un animal peut, par exemple, sauter de cinq étages sans se faire mal, on ne sait finalement pas grand-chose de ce système magique. C’est dommage, car il y avait vraiment matière à développer cette idée.
Une enquête feel good
Bien que souhaitant être légère, l’enquête souffre elle aussi de quelques facilités. Une seule personne est accusée d’être responsable des disparitions et, pendant une grande partie du récit, les personnages répètent qu’elle paraît trop gentille et innocente pour être coupable. Une fois, pourquoi pas, mais à force de revenir dessus, cela finit par rendre les enquêteurs assez naïfs. Ils semblent incapables de prendre suffisamment de recul alors qu’ils sont justement censés enquêter sur des disparitions. Les protagonistes ne sont pas vraiment actifs dans cette enquête : ce sont les indices qui viennent à eux pour la faire avancer. Certes, l’enquête est légère, avec de l’humour et de la romance, et ne souhaite pas reprendre les codes du genre policier, mais le lecteur ou la lectrice peut se sentir trompé‧e par ce qui était promis à la base par le roman.
Les personnages manquent d’ailleurs parfois de naturel dans leurs réactions et leurs dialogues. Heureusement, les péripéties de l’acte final sont beaucoup plus prenantes. Le rythme s’améliore et l’histoire devient enfin plus intéressante à suivre. Malgré le fait qu’elle soit une peste insupportable, Blandine est finalement le meilleur personnage, avec une caractérisation qui fonctionne mieux que pour les autres protagonistes. C’est ce qui rend le roman un peu frustrant : il y a beaucoup de potentiel, notamment grâce à son univers, mais tout n’est pas suffisamment développé.
En résumé, Sous la neige des sentinelles est donc une lecture assez mitigée. Le mélange entre fantasy, steampunk, enquête et ambiance de Noël avait de quoi donner quelque chose d’original, et le cadre est particulièrement intéressant. Malheureusement, le style parfois maladroit, la mise en place très longue, les personnages peu naturels et une magie des familiers trop peu expliquée empêchent vraiment le roman de convaincre. Il reste néanmoins intéressant pour les amateurs et amatrices de steampunk qui voudraient découvrir un univers différent, à condition de passer au-dessus de ces défauts.
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