Romancière d’imaginaire et amatrice de bad boys, Nikki Saint-Crowe est l’autrice d’une série romanesque tirée de l’histoire de Peter Pan de James Matthew Barrie. Ainsi, à l’origine, Peter Pan est un garçon refusant de grandir, vivant au Pays imaginaire. Quittant parfois son monde pour se rendre le nôtre, il égare un jour son ombre à Londres et c’est lors d’une tentative pour la récupérer qu’il fait la connaissance de Wendy, John et Michael, trois frères et sœur, qu’il décide d’emmener avec lui. Au Pays imaginaire, on trouve des créatures fantastiques, des pirates et des enfants perdus, atterris dans ce lieu après avoir chuté de leur landau. De nombreux éléments du roman de 1911 sont repris et modifiés par Nikki Saint-Crowe, afin d’obtenir une histoire originale, malheureusement gâchée par la grossièreté globale du récit.
Un début d’ambiance à la Scott Chambers
Le jour de ses dix-huit ans, Winnie Darling, héroïne du livre, s’envoie en l’air avec un membre de l’équipe de basket du lycée. Puis elle rentre chez elle et sa mère, une femme rendue folle par un traumatisme passé, l’enferme immédiatement dans une chambre supposément capable de le repousser, lui, Peter Pan. Mais qui est-ce ? Winnie n’en sait rien, parce que sa mère est incapable de donner des détails sur ce qui la terrifie autant. Tout ce qu’elle sait, c’est que ce jour-là, celui de ses dix-huit ans, elle est censée se faire enlever par Peter Pan pour quelque temps et qu’après ça elle ne sera plus jamais la même. Sa mère est obsédée par cette idée ce qui a conduit la jeune fille a grandir dans une relative solitude et des conditions atroces. Malheureusement, il ne s’agit pas juste d’un délire paranoïaque. Un bruit de bottes dans la maison, la lueur d’une cigarette allumée dans le noir, et Winnie est emmenée au Pays imaginaire…
À ne pas laisser à la portée des enfants
La suite reprend des éléments qui rappellent le travail de Scott Chambers, acteur et producteur de cinéma anglais connu pour retravailler certaines histoires pour enfants de façon horrifique, notamment Peter Pan. Winnie se retrouve dans un monde imaginaire dont elle n’a entendu parler que brièvement et avec horreur par sa mère, mais tout ce à quoi elle pense une fois là-bas, c’est au sexe. Dès la trentième page de ce roman très court, les scènes érotiques vulgaires se multiplient sans aucune raison. L’autrice tente de justifier cet aspect sous le prétexte que Winnie a été en partie élevée par une prostituée il y a des années. De très nombreuses pages sont consacrées aux pensées obsédantes de l’héroïne et des Garçons Perdus, orientées exclusivement sur les relations sexuelles qu’ils ont, qu’ils ont envie d’avoir ou qu’ils n’ont pas le droit d’avoir. L’intrigue est balayée par les torses musclés, les culottes mouillées et tout l’arsenal pornographique qui s’ensuit.
Un complot se prépare sur l’île de Peter Pan
Quand on arrive à échapper à la longueur du désir contenu de Winnie, Peter Pan, Vane, Kastian et Sebastian les uns envers les autres, il est possible de découvrir une intrigue qui aurait mérité largement plus de place. Peter Pan n’a presque plus de pouvoirs, le soleil le brûle et son statut de roi est remis en cause par les habitants du Pays imaginaire. Pourquoi ? Parce qu’il a perdu son ombre. Sauf qu’ici, cette perte a des causes bien plus sinistres que dans l’œuvre de James Matthew Barrie. Et les conséquences sont tristes : l’île sur laquelle vivent les Garçons perdus se meurt, la nourriture disparaît et tous les êtres vivants ne se considèrent plus que comme chasseurs ou chassés. Si toutes les femmes de la famille Darling ont été amenées à leurs dix-huit ans par Peter Pan au Pays imaginaire, c’était pour l’aider à retrouver son ombre. Pour cela, il leur fallait fouiller dans des souvenirs hérités de la première des Darling, Wendy. Sauf que cette fouille laisse des séquelles. Ainsi, malgré le bonheur manifeste de Winnie à se retrouver sur une île, entourée de mâles en rut, le risque de souffrir et de perdre la raison la menace. Pourtant, tout le monde souhaite-t-il réellement que Peter Pan recouvre ses pouvoirs ?
| Pour conclure, il est difficile de dire que ce premier tome de la saga Cruels Garçons perdus est bon. Il ne fait pas l’affaire en tant que roman érotique, parce qu’il est trop brutal et manque de solidité scénaristique. Lors de la lecture, la sensation de lire le scénario d’un film pornographique de mauvais goût se déroulant dans l’univers de Peter Pan est bien trop présente. Les éléments narratifs intéressants se perdent et ne servent brièvement qu’à la fin. Pour tout dire, l’intrigue se résout très vite, les 224 pages servent surtout a essayer de démontrer que Peter Pan et Vane, son meilleur ami, sont dangereux et à parler de sexe. La roman ne s’ouvre qu’au dernier moment, avec une phrase finale qui fait mouche, mais qu’il est frustrant d’avoir lu aussi peu d’aventure, surtout dans un univers tiré du Pays imaginaire ! Cette lecture est profondément décevante, sans même une plume intéressante pour sauver la mise. |
Cet article vous a plus ? Soutenez-nous :