Fable for the End of the World : une revisite moderne de Hunger Games

Ce roman d’Ava Reid, romantasy dystopique, est une ode à la période « fan fiction young adult » qu’un ou une jeune écrivaine peut traverser dans son adolescence.

Une inspiration assumée et des rappels originaux

On appelle ces sacrifices des Agneaux. Et chaque Agneau est pourchassé par un Ange, une jeune femme fabriquée artificiellement à partir d’une enfant par une société privée de haute technologie, Kairos. Inesa est vendue par sa mère, qui doit rembourser d’importantes dettes. Avec son petit frère Luka, qui l’a rejointe pour tenter de l’aider, elle décide de monter un plan d’évasion pour arriver dans une zone sans connexion, l’Épreuve étant un événement médiatisé suivi à grande échelle, comme les Hunger Games, mais avec une interactivité numérique proche de la plateforme réelle Twitch. Mélinoé est l’Ange qui doit éliminer Inesa. Traumatisée par sa dernière chasse, elle doit à tout prix réussir celle-ci au risque de finir rebootée et mariée à un vieux libidineux, car incapable de remplir son rôle de meurtrière sur commande. Poursuivies par les caméras, les deux jeunes femmes vont devoir se confronter l’une à l’autre.

Des inspirations originales

Ce roman fait fortement penser à un film italien des années 1960, La Dixième Victime, dans lequel des individus sont soit volontaires, soit tirés au sort pour être tour à tour chasseurs et proies, et survivre pendant plusieurs manches dans un décor du quotidien. Quand, dans Fable for the End of the World, Kairos met en place des Épreuves en se basant sur la faiblesse économique de la population de New Amsterdam, La Dixième Victime les fait relever d’une volonté générale de la société, qui souhaite canaliser la violence de la population. Le roman ressemble ainsi à une combinaison de ce film avec la saga de Suzanne Collins, auxquels l’autrice Ava Reid ajoute des éléments qui lui sont propres et d’autres dont la source d’inspiration est plutôt à chercher du côté d’œuvres comme Ghost in the Shell (les Anges ayant de nombreux traits commun avec le personnage de Makoto). Le roman est, par ailleurs, un très bel objet, souple et brillant, qui ravira les collectionneurs et collectionneuses d’objets-livres ravissants.

Le terme « romantasy » est particulièrement bien adapté pour ce titre. Si une bonne moitié du roman permet de découvrir le monde, ses règles et les machinations de Kairos, l’autre moitié oublie un peu l’action et la science-fiction pour se concentrer sur le développement de la relation amoureuse entre Inesa et Mélinoé. L’autrice s’étant habilement débarrassée de Luka, de nombreux chapitres ne tournent qu’autour des jeunes filles, qui, sous les yeux des caméras discrètes, décident de s’allier pour survivre dans un monde hostile en pleine mutation (quel plaisir d’y trouver des créatures aussi originales qu’un cerf aux pattes palmées et avec quatre yeux). Les sentiments des deux protagonistes se développent particulièrement vite. La chasse dure environ cinq jours, et deux ou trois suffisent aux deux filles pour tomber amoureuses alors que, lorsque Mélinoé chevauche en étranglant Inesa quelques chapitres avant le début de leur relation, ce n’était clairement pas dans le cadre d’une pratique romantique débridée ! D’ailleurs, la sexualité n’est que mentionnée par Ava Reid, on échappe ainsi à une longue description de gestes sensuels en tout genre, ce qui est appréciable, au vu du contexte et du public visé par le roman. Il n’en reste pas moins que son texte propose un grand nombre de réflexions quant au traitement général du corps de la femme, de la fille, même, étant donné que nos héroïnes sont des adolescentes. Internet et son utilisation sont pointés du doigt, les hommes politiques et leurs goûts illégaux le sont aussi, sans que le discours ne nous sorte du récit. C’est là, c’est tout, ça existe et on en fait ce que l’on veut.

Fable for the End of the World est une proposition agréable, qui manque certes d’originalité et s’attarde trop sur la construction d’une romance insistante, qui veut à tout prix jouer sur tout ce qui sépare l’Ange de l’Agneau. Amateurs et amatrices de suspens, de violence, de rebondissements douloureux, resteront sur leur faim. Ava Reid a voulu écrire quelque chose d’émouvant, mais surtout, de romantique et tragique, en gardant une forme de douceur tout du long de l’histoire. Aucune suite n’est, à ce jour, annoncée ; le sort de Mélinoé, la découverte plus approfondie de ce monde noyé par le débordement des cours d’eau et ses mutants, ennemis principaux de l’histoire, ne sont pas garantis. On espère néanmoins retrouver des cerfs carnivores et des sauvetages fous, réussis ou non, dans un prochain roman.

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