Le Feu Monde, un premier album superbe pour Jason S.

Adeptes de cosy fantasy, d’humour et de créatures féériques, passez votre chemin. Le Feu Monde n’est pas pour vous. Vous n’y trouverez ni héros en armure brillante, ni sorcières bienveillantes, ni épopée chevaleresque qui voit le bien triompher du mal. Il n’y a là que dieux sans visages qui s’affrontent par le biais des humains, que la brutalité de la guerre et la souffrance de celles et ceux qu’elle laisse dans son sillage. Si malgré tout vous désirez tourner ces pages, libre à vous, mais vous ouvrez alors la porte d’un passé qui aurait dû à jamais rester oublié…

Affrontement millénaire

Métisse a de grands desseins. Portée par une technique de combat hors pair, la jeune femme rêve de rejoindre la Cohorte, un groupe de guerriers dont les exploits ont bercé sa jeunesse. Mais une fois parvenue à intégrer l’escouade, elle s’aperçoit que la réalité ne correspond pas vraiment aux récits colportés par les livres. Qu’importe, Métisse veut en découdre, dans cette guerre qui oppose les armées de Clermont à celles d’Atrevi. Ce que la jeune combattante ignore, c’est que dans l’ombre de ce conflit qui s’éternise se joue un tout autre affrontement, millénaire celui-là. Atome et Zéphyr, deux divinités concurrentes, se disputent l’adoration des humains. Contre toute attente, Métisse aura un rôle primordial à jouer dans ce duel de géants.

Martyrs

De prime abord, Le Feu Monde semble déployer son univers de dark fantasy autour d’un conflit sanglant, plus médiéval que magique, malgré la récurrence des Adelphes – ces divinités géantes mutiques qui s’affrontent par l’intermédiaire des humains qu’elles choisissent comme martyrs –, dans le discours des personnages. Pourtant, l’aventure de Métisse se dote peu à peu d’artefacts mystérieux, de voyages spatiotemporels et de découvertes troublantes. D’ailleurs, l’héroïne met un certain temps à se démarquer. D’abord fondue au sein de la Cohorte, dont chaque membre est particulièrement bien écrit, elle s’émancipe peu à peu et choisit de prendre son destin en main plutôt que de le subir. Avec son final parfaitement trouvé, ce tome unique propose un récit dense, mature et réellement prenant.

Un attrait qui tient aussi à ses graphismes, capable de rendre la finesse de décors délicieusement détaillés, la brutalité des affrontements où se mêlent sang et sueur, et la simplicité de visages anguleux, stylisés et pourtant tous très expressifs et reconnaissables. Un style entre comic et bande dessinée européenne qui donne son caractère à l’œuvre. En sus, l’album s’autorise de somptueuses pages de transition entre ses chapitres, dans lesquelles, outre un extrait des écrits de Tancrède Livin – narrateur fictif qui vient apporter des informations sur la mythologie du Feu Monde –, on trouve chaque fois une superbe illustration pleine page à la beauté tragique, dont le sens ne se révèle pleinement qu’une fois l’album terminé. De quoi donner tout son intérêt à une seconde lecture.

Le Feu Monde propose un récit mature, intrigant, dont il n’est possible de prendre pleinement l’ampleur qu’une fois la dernière page tournée. Pour son première album, Jason S. a placé la barre très, très haut.

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