Lost Media, quand une terreur fade et imprévue s’empare de nos écrans

Nouvelle création signée Canal+ disponible sur la plateforme depuis le 14 mars 2026, Lost Media est une curiosité hybride légèrement rafraîchissante dans le paysage sériel français. Créée, écrite et réalisée par Timothée Hochet (connu pour sa première série, Calls, qui fut une sorte d’inspiration pour cette nouvelle création) et Lucas Pastor (acteur et réalisateur ayant travaillé avec Hochet sur Stéphane, un long-métrage sorti en 2023 sur Canal+), cette mini-série présente un concept particulier et dans l’ère du temps.

Lost Media et l’art du found footage

Le concept de la série est assez simple : il s’agit de huit petits épisodes formés à partir de fichiers vidéos que personne n’était censé voir. Relevant assez clairement du genre cinématographique du found footage, popularisé en 1999 grâce au Projet Blair Witch de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez et repris dans la série à succès American Horror Story (plus précisément la 6e saison, sous-titrée Roanoke) de Ryan Murphy et Brad Falchuk.

Chaque épisode correspond à un type d’archive vidéo : du bulletin météo aux livestreams, en passant par les tutoriels, les caméras de surveillance ou encore les jeux télévisés. Tous les épisodes suivent leur propre narration, leur propre histoire, leurs personnages inédits ainsi qu’une situation très particulière, sombre et fantasque qui leur est exclusive.

Une série (trop) accessible ?

L’identité de la série est marquée au fer rouge par la présence de personnalités connues de la scène humoristique et des réseaux sociaux français. Alison Wheeler dans un rôle très peu convaincant au sein d’un des épisodes, ou encore l’apparition de Lucas Pastor, l’un des créateurs de la série, qui reprend l’un de ses rôles grotesques incarnés au sein des sketches de la chaîne YouTube « Le Monde à l’envers », pour dépeindre ici un personnage principal faible. Tout un épisode est mis en scène comme une vidéo du vidéaste « Feldup », ce qui peut offrir une narration intéressante, mais également l’impression d’une perte d’inspiration claire. Une série construite comme telle, alors qu’elle est prévue comme œuvre d’une plateforme de streaming à très large diffusion, donne l’impression d’être un projet à destination des réseaux sociaux et non d’une communauté sériephile (et donc éventuellement cinéphile). Tout est une question de public : celles et ceux qui apprécient ce type de vidéos étranges à retrouver sur YouTube et autres réseaux, ou encore la nouvelle génération d’humoristes, aimeront cette série, mais celle-ci aura bien du mal à convenir aux amateurs d’horreur (ce qui était une des promesses de Lost Media).

Un divertissement présent, mais médiocre

Depuis les années 1990, les légendes urbaines ont bon train dans une certaine communauté adepte de mystères, de frissons et de pop culture. Depuis l’avènement des réseaux sociaux, celles-ci ont pu se démocratiser afin de donner naissance à la creepypasta : entre Slender Man, né dans les tréfonds de forums, le Momo Challenge, diffusé grâce au relai médiatique qu’il a suscité, ou encore les Backrooms, qui inspirent crainte et fascination depuis 2019 sur le média américain 4chan avant d’arriver sur YouTube. Lost Media perpétue cette proximité culturelle des légendes d’Internet qui étonnent et effraient. Ce qui fonctionne dans la série, c’est cette impression de trouver des petits bouts de réalité viciée, comme des archives cachées pour étouffer des affaires qui seraient retrouvées via les épisodes. Ce qui fonctionne légèrement moins avec Lost Media, c’est la tournure comique et absurde que prennent certains passages. S’il y a quelques petites pépites qui sont vraiment effrayantes, celles-ci sont rares, mais explorent d’une façon assez intéressante les troubles psychiques par le biais de projections mentales horrifiques : possessions, aliens, trous noirs, dimensions parallèles…

Il y a du rire, parfois de l’inquiétude – voire de la peur, provoquée dans deux ou trois épisodes au grand maximum –, mais le tout semble vraiment être du réchauffé, des lieux-communs et sujets déjà abordés depuis longtemps, dans les œuvres de science-fiction notamment. La série de Hochet et Pastor se rapproche parfois de l’idée que l’on se ferait d’un Black Mirror à la française grâce à son côté anthologique et pour son étrangeté technologique, mais avec largement moins de budget, d’inspiration et de passion.

Lost Media offre une petite interprétation de ce que les légendes urbaines apportent à la réalité : un surnaturel défaillant, faible et souvent amateur. Les petits épisodes apportent du frisson, des questionnements, mais sont malheureusement coupés bien trop tôt pour que l’accroche avec les spectateurs et spectatrices ne se fasse. De plus, l’hyper-présence des personnalités de la sphère médiatique française enlève drastiquement la crédibilité que la mini-série cherche à acquérir.

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