Le monde a déjà été sauvé par toute sorte de moyens, mais avec Ghost Pepper ce sera peut-être la première fois que le salut de la planète passera par la cuisine ! Réalisé par le français Ludo Lullabi, ce comic propose un univers entre Mad Max et Deus Irae (Philip K. Dick), dont le désert se traverse à bord d’un food truck.
Cuisine et baston
Si la Terre a évité la destruction, c’est uniquement grâce au grand Bataar, un héros désormais vénéré comme un dieu par l’ensemble de l’humanité. De son côté, Loloï n’est ni une guerrière ni une dissidente, juste une cuisinière au talent incroyable qui parcourt le pays à bord de son food truck pour proposer sa cuisine. Mais voilà qu’un client atypique, Ash, vient s’asseoir à sa table : il est distant, mystérieux, peu loquace et, s’il semble connaître Bataar, il ignore tout de son rôle dans les événements survenus une dizaine d’années plus tôt. Hérétique ou détenteur d’un secret férocement gardé ? En tout cas, Loloï se retrouve entraînée un peu malgré elle aux côtés de cet inconnu à la force phénoménale qui attire les ennuis partout où il passe.

Bourré d’action
Bien que Ghost Pepper n’échappe pas à certains stéréotypes (comme la surabondance de plans sexy mettant en valeur le corps du personnage de Vex), il faut admettre que Lullabi propose ici un album long, bourré d’action et esthétiquement impeccable. On reconnaît sans mal la pâte graphique de celui qui a travaillé aux côtés de Joe Madueira sur Battle Chaser Nightwar et Darksiders. Les (nombreuses) scènes de combats sont tout particulièrement explosives et bien mises en scène.
Ash a beau endosser le rôle de la brute taciturne qui se laisse rapidement envahir par la colère, c’est bien Loloï la véritable héroïne de cette histoire. Avec sa force de caractère et son optimisme, la jeune femme est une battante qui ne se laisse jamais intimider, ni par son camarade de fortune ni pas ses rivaux dans l’univers très compétitif de la cuisine de rue.

Parmi les personnages secondaires, Jiminy, une étrange créature polymorphe accrochée à l’épaule d’Ash et qui s’exprime le plus souvent à sa place, fait office de ressort comique du scénario en jouant, un peu comme son homonyme dans Pinocchio, la bonne conscience de son acolyte, dont il tente de canaliser la colère. Mais c’est bien Bataar, ce guerrier divinisé et adulé, qui se montre le plus intéressant. À la fois dictateur et père de famille aimant, combattant à la force colossale frappé de doutes et d’angoisses qui le poussent à se terrer dans son palais, il tranche avec les antagonistes bien moins nuancés que l’on retrouve habituellement dans ce genre de récits.

Ce premier tome de Ghost Pepper tient en haleine de bout en bout et soulève de nombreux mystères suffisamment intéressants pour donner, malgré certains poncifs, l’envie de découvrir sa suite. Espérons que Ludo Lullabi nous garde quelques surprises en réserve.
| Celles et ceux qui ne sont pas encore lassés de manger des récits postapocalyptiques à toutes les sauces pourraient bien trouver Ghost Pepper à leur goût. Le scénario parvient à sublimer quelques ingrédients classiques pour en faire une recette particulièrement alléchante. Vivement le plat de résistance. |
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