Le Treizième Nom, retour à Ajia

Après avoir laissé ses personnages en fâcheuse posture dans Nuit nimraokhen, Jeanne Perrin nous ramène en Ajia avec le nombre deuxième de sa série de la Noire essence : Le Treizième Nom. La plume de l’autrice oscille toujours avec autant d’aisance entre l’humour et la poésie, avec cette fois-ci quelques expérimentations narratives. 

« À l’évocation de la mort d’Yna, les larmes montèrent aux yeux de Kyria.
Manifestement mal à l’aise avec les démonstrations émotionnelles, l’agent Brownale tenta de lui tapoter le dos en murmurant Je suis désolé sur un ton qui laissait entendre qu’il pensait à tout autre chose.
— Je veux dire, vous êtes sure qu’elle n’avait pas un couteau dans la nuque ? »

Le Treizième Nom, Jeanne Perrin, PVH éditions

La liste

Le mystère qui entoure la liste des douze noms n’est toujours pas résolu, aussi, l’agent des Rynlandes Madog Brownale est missionné pour enquêter. Si l’homme n’est pas très doué quand il s’agit des conventions sociales et de l’aspect humain de ses investigations, son expertise se situe surtout dans la déduction, la recherche et la classification. C’est son vieil ami — et seul membre de la liste dont le nom est biffé — Toud Lefraine, qui va le mettre sur une nouvelle piste, en lui transmettant les événements récents survenus à Qold Nim Roa lors de la veillée de Greniel Derh Balbo. Mais si l’agent Brownale va avoir fort à faire en terre nimraokhen, son enquête va aussi le ramener à Capernam et dans le désert du Ryn, où des rencontres surprenantes l’attendent. 

Loin des classiques du genre

Alors que Nuit nimraokhen abordait de nombreuses questions philosophiques à travers la présentation de son univers et de ses personnages, ce deuxième tome met en avant la morale atypique et le cheminement mental original de son personnage principal : l’enquêteur Madog Brownale. Très loin des classiques du genre, le héros est un fin limier pourvu de la sensibilité d’une brique ! S’il sait faire jouer des poings lorsque la situation l’exige, il est terriblement maladroit quand il lui faut lire les intentions de ses interlocuteurs. Honnête, mais suspicieux, malin, mais parfois lent, Brownale est pourtant celui dont les déductions apportent le plus à la résolution du mystère entourant la liste. 

Si l’on fait la rencontre de nouveaux personnages hauts en couleur, comme le truculent duc de Ludomire de Beaubousson, tous contribuent à tisser la vaste toile dont Jeanne Perrin se fait l’architecte et qui a pour centre la fameuse liste de douze noms. Douze ? Vraiment ? Et s’il en manquait un treizième ? C’est en tout cas la théorie qui guide ce tome et qui va lever une partie du mystère entourant la fameuse liste. On est également ravis d’en apprendre un peu plus sur les divinités d’Ajia, sur la magie et l’alchimie, et de visiter l’incroyable cité de Capernam, dont le phare a eu droit à son propre recueil de nouvelles, publié en mars dernier chez PVH.

Plus d’action

L’autrice délaisse cette fois-ci l’aspect contemplatif que l’on trouvait dans Nuit nimroakhen pour offrir une cadence plus rapide et un peu plus d’action à son roman, sans pour autant abandonner son mélange de burlesque et de réflexion métaphysique teinté d’une critique sociale drôle et piquante. On apprécie tout particulièrement la manière dont le roman se moque des méandres administratifs, de la petite bourgeoisie ou de la vanité de certaines obsessions humaines. 

Malgré un passage sous forme théâtrale un peu plus maladroit que les autres, les chapitres s’enchaînent avec un rythme maîtrisé jusqu’à un final riche en révélations, moins intense que celui du tome précédent, mais qui nous laisse tout aussi désireux de connaître la suite. Car si Jeanne Perrin répond à beaucoup de questions cruciales, elle en soulève aussi nombre d’autres… pour notre plus grand plaisir de lecteurs et lectrices !

Cette nouvelle incursion dans l’univers de la Noire essence vient approfondir le monde de fantasy atypique développé par l’autrice lausannoise. Drôle, percutant et incroyablement prenant, ce deuxième tome s’appuie avec brio sur les jalons posés par Nuit nimraokhen pour plonger plus en profondeur dans l’enquête sur la liste et ses nombreuses ramifications. En attendant le tome 3, nous ne manquerons pas de nous plonger dans Le Phare de Capernam, afin de prolonger encore un peu notre aventure en Ajia.

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