Le dernier roman des éditions Aux forges de Vulcain, publié le 17 avril 2026, est un texte traduit du coréen et écrit par Park Seolyeon. Magical Girl, roman étonnant, reprend la figure de la célèbre jeune fille aux pouvoirs magiques, tout en la modernisant et en lui faisant prendre position au sujet de grandes problématiques sociétales.
Magical girls syndicalistes
Que se passe-t-il lorsqu’une jeune femme s’engage dans plus de travail qu’elle ne peut en accomplir, contracte des dettes irremboursables à ses yeux, plonge petit à petit, depuis de trop nombreuses années, dans le deuil, la routine et la solitude ? Alors qu’elle s’apprête à mettre fin à ses jours, une lueur d’espoir apparaît devant elle. Aroa, la magical girl des prédictions, arrive et lui confie un secret qui va changer sa vie : elle est la magical girl du temps, une femme aux pouvoirs incroyables et qui pourrait bien sauver le monde. L’une va alors introduire l’autre dans le club très fermé du Syndicat national des magical girls.
De belles (mais brèves) moralités
L’œuvre de Park Seolyeon a beau être (très) courte, elle prend soin d’aborder bon nombre de problématiques actuelles. Le propos de Magical Girl est instauré par l’urgence de la précarité de son personnage principal et ses conséquences sur sa santé mentale. Cette dernière est un élément majeur pour comprendre le texte : tout tourne autour de la santé psychologique dans la société coréenne contemporaine. De cette thématique phare découlent d’autres prises de position et discours politiques et philosophiques qui donnent à ce roman une saveur toute particulière.
Il y a de belles réflexions sur la féminité et notamment sur son statut variable en fonction de l’âge. Tout l’écosystème de la magical girl se joue sur la jeunesse de la femme (cela est d’ailleurs exceptionnellement rare d’observer des magical girls ayant dépassé la majorité dans la culture asiatique), mais n’a-t-on jamais considéré possible que des femmes âgées puissent tenir ce rôle ? En quoi une femme jeune prévaudrait par rapport aux autres ?
Mis à part ces discours, de nombreuses autres questions morales intéressantes sont abordées dans ce petit volume. Que ce soit l’importance de l’empathie dans la société, l’urgence écologique, le besoin de préserver la volonté et l’espoir dans le malheur, mais également l’inadmissibilité de l’individualisme humain et le fait qu’il n’y a rien de mal à mener une vie normale et non extraordinaire.
Park Seolyeon arrive à faire de son roman un beau et touchant discours plein d’humanité, mais il reste dommage que les sujets qu’il traite soient si peu approfondis. Il s’agit souvent de paroles et questionnements lancés sans que cela ne soit discuté, ou sans que l’autrice n’y revienne. En les creusant plus, ces prises de position auraient pu donner un résultat très intéressant ; ici, elles ne sont qu’envisagées pour mieux s’en détourner.
Bienveillance et rythme bien trop effréné
À cause de la quantité de sujets qu’il aborde sans que les lecteurs et lectrices ne puissent pleinement les pénétrer, le roman de Park Seolyeon est quelque peu instable. Il est difficile de voir une ligne directrice entre toutes les questions que l’autrice essaie d’introduire. En revanche, le seul élément constant du début à la fin, c’est l’atmosphère de bienveillance dans laquelle le roman semble se maintenir. Le bien être psychologique est un point primordial de l’univers (et la culture) des magicals girls, et l’autrice arrive parfaitement à en faire une priorité jusqu’à ce que cette bienveillance, malheureusement, prédomine dans le reste du texte.
Cependant, malgré la douceur qui se libère de ses pages, le point noir du roman est sa brièveté. Le texte est si court et semble vouloir parler de tant de choses qu’il narre tout en vitesse accélérée. Aussitôt la jeune magical girl éveillée, elle est introduite auprès des autres et, sitôt cela fait, elle se trouve confrontée à différentes menaces, déceptions et évolutions personnelles, tout cela dans une échéance très courte. Cette multiplicité de sujets et d’actions mêlés à un nombre de pages restreint (ainsi qu’une prévalence de la bienveillance qui éponge tout le reste) ne fait que mieux ressortir les cruels manques de rythme et de profondeur dont souffre malheureusement le roman.
De très nombreuses références
Magical Girl n’est pas qu’un titre. Il renvoie nécessairement et inconsciemment à une myriade d’images préconçues – nées dès la fin des années 1960 – provenant de la culture nippone. Nom d’un sous-genre de la fantasy japonaise servant à désigner de jeunes filles aux pouvoirs magiques plus ou moins impressionnants, de très nombreuses caractéristiques descendent de cette qualification directe que sous-entend le titre du roman de Park Seolyeon. Transformations colorées, objets magiques, communauté féminine plus ou moins jeune, batailles contre le mal, pouvoir prenant sa source dans l’amitié, des images façonnées par des séries comme Sailor Moon de Naoko Takeuchi, Card Captor Sakura de CLAMP, Chocola et Vanilla de Moyoco Anno ou encore Pretty Cure, la franchise aux plus de 1 000 épisodes, pour ne citer que les plus célèbres. Le roman de Park Seolyeon résonne avec tout cela, et offre un nombre inquantifiable de références qui raviront les fans du genre et qui émerveilleront les néophytes.
Malgré tout, il ne faut pas oublier que Magical Girl est un roman centré sur un personnage profondément dépressif, qui connaît le malheur et les questionnements existentiels, et c’est en cela que le texte de Seolyeon puise également dans un matériau déjà façonné par des œuvres plus sombres et moins connues du genre, telles que Puella Magi Madoka Magica (série animée réalisée par Akiyuki Shinbo et écrite par Gen Urobuchi) ou Magical Girl Site de Kentarō Satō.
| Magical Girl est une belle surprise, une nouveauté qui étonne dans le catalogue des éditions des Forges de Vulcain. Dans une parfaite symbiose avec ses inspirations japonaises presque centenaires, le texte offre douceur, bienveillance et entraide, au point de se donner des allures de fable sur la santé mentale (accompagnée d’adorables et généreuses illustrations de Yoon Yves). Le seul point qui pourra freiner l’enthousiasme des lecteurs et lectrices sera sa brièveté : celle-ci met rapidement fin à toutes les belles thématiques que l’œuvre tente d’approcher sans y parvenir. Malgré tout, ce récit reste une petite gemme magique qui fera sourire et réchauffera le cœur de celles à la recherche d’un message plein d’espoir ! |
Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse
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