Skyward, Vers les étoiles : de zéro en héros

Dans (Re)Lire, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué la littérature. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou d’ouvrages injustement méconnus, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.


Célèbre pour ses romans de fantasy, l’écrivain américain Brandon Sanderson s’aventure du côté de la science-fiction en 2018 avec Skyward. Vers les étoiles est le premier tome d’une série où se mélangent récit initiatique, science-fiction militaire et space opera. Publié en français chez Le Livre de poche, le roman suit le parcours d’une jeune pilote qui, dans un monde où l’humanité lutte pour sa survie, tente de s’affranchir d’un passé qui la condamne. Brandon Sanderson signe-t-il un récit initiatique de plus ou réussit-il à se démarquer dans le paysage de la science-fiction ?

« La prise suivant était hors de portée. Je la mesurai du regard, puis je sautai, déterminée. Comme toute jeune Rebelle digne de ce nom j’avais le cœur d’un dragon stellaire.
Mais j’avais aussi le corps d’une gamine de sept ans. Et je ratai donc ma cible de cinquante bons centimètres.»

L’histoire

Sur la planète Detritus, l’humanité, au bord de l’extinction, vit sous la menace constante des Krell, une mystérieuse espèce extraterrestre qui attaque régulièrement ses installations. Pour survivre, les humains se sont réfugiés dans d’immenses cavernes souterraines, tandis que leurs pilotes de chasse tentent de repousser les assauts ennemis.

Spensa est une jeune fille déterminée à devenir pilote, mais porte toutefois un lourd héritage. Son père, autrefois pilote de chasse, a été accusé de trahison et de lâcheté après avoir abandonné son escadrille en plein combat. Dans une société où le courage militaire constitue une valeur fondamentale, cette réputation devient un obstacle majeur à ses ambitions. Bien décidée à faire ses preuves et convaincue que la vérité sur son père est plus complexe qu’il n’y paraît, Spensa va devoir affronter les préjugés, les rivalités et les dangers qui menacent les derniers représentants de l’humanité.

Un récit initiatique classique et maîtrisé

Ce premier tome est un récit initiatique dans lequel nous suivons l’entraînement de Spensa pour devenir pilote. Notre héroïne, convaincue de l’innocence de son père, se lance dans une quête de vérité concernant son passé et les mystères entourant les Krell. Avec des batailles stellaires et des épreuves militaires, Sanderson construit une aventure où le sort de l’humanité ne tient qu’à un fil. Spensa est-elle condamnée à reproduire les erreurs de son père ou peut-elle s’affranchir de cet héritage ?

Le parcours de Spensa repose sur des ressorts familiers : une héroïne marginalisée, des rivalités entre recrues et une volonté farouche de faire ses preuves. Son tempérament fougueux et son humour donnent un charme au récit, même si son obstination peut clairement frôler la caricature. Le roman interroge néanmoins une notion essentielle : dans une société qui érige la bravoure militaire en vertu suprême, le courage consiste-t-il toujours à refuser de reculer ? Si l’auteur maîtrise les codes du récit initiatique, il ne les renouvelle guère, c’est un fait. Certaines étapes de l’entraînement paraissent assez prévisibles et les personnages secondaires restent parfois en retrait. Mais faut-il nécessairement réinventer une formule lorsque celle-ci fonctionne aussi efficacement ?

Un space opera prometteur

Les batailles spatiales constituent l’un des attraits du roman. Elles sont dynamiques et lisibles, et donnent une dimension spectaculaire à l’aventure, même si leur répétition finit parfois par atténuer leur impact. L’intérêt du récitréside toutefois dans un univers dont les mystères dépassent progressivement le simple affrontement militaire. L’humanité vit retranchée sous terre et combat un ennemi dont elle semble connaître avant tout l’image qu’elle s’en est construite. Dans une société façonnée par la guerre, le récit collectif permet de désigner une menace et de justifier les sacrifices. Mais que se passe-t-il lorsque cette représentation devient une certitude incontestable ? À travers les mystères entourant les Krell, Brandon Sanderson esquisse une réflexion sur la propagande et la difficulté de remettre en question les croyances qui structurent une société. Des thèmes classiques en science-fiction, qui donnent néanmoins une cohérence supplémentaire à l’intrigue.

Le roman laisse cependant de nombreuses questions en suspens, tant sur les origines du conflit que sur le passé de l’humanité. Faut-il y voir une limite ou la volonté de poser les fondations d’un univers plus vaste ? Puisqu’il s’agit du premier tome d’une série, ces zones d’ombre peuvent aussi nourrir la curiosité du lectorat. Reste à savoir si les volumes suivants sauront exploiter ce potentiel et approfondir les pistes esquissées ici.

Avec Skyward, Vers les étoiles, Brandon Sanderson livre un roman de science-fiction efficace, porté par une héroïne énergique et un univers intrigant. Sans révolutionner les codes du récit initiatique ou du space opera, il en maîtrise les mécanismes et les met au service d’une aventure rythmée. Si certains passages manquent d’originalité et que plusieurs aspects de l’univers restent à développer, ce premier tome constitue une introduction solide à la série.

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