En novembre 2023, les éditions Albin Michel Imaginaire publient la traduction française de Ten Low, un roman de Stark Holborn paru en 2021. L’autrice, qui travaille également dans le domaine des jeux vidéo et de la fiction interactive, livre un récit à la croisée du space opéra, de la science-fiction militaire et du western. C’est un roman séduisant tant pour son rythme effréné que son univers atypique. Derrière cette aventure menée tambour battant, c’est surtout la manière dont Stark Holborn construit son récit qui retient l’attention.
« Mais la Générale avait raison à propos des conséquences, et Silas avait raison à propos des intentions – et j’ai vu jusqu’où on pouvait tomber, du moment qu’on trouve une justification à nos actes. »
L’histoire
Sur Factis, une lune pénitentiaire désertique, Dix Low, ancienne médecin militaire au passé trouble, recueille Gabriella Ortiz, une générale dont le vaisseau vient d’être abattu. Traquées et contraintes de s’allier malgré leurs secrets, les deux femmes tentent de survivre dans un monde où rôdent les mystérieux Si.
Un western intergalactique
Factis est un sombre monde de sable et de poussière dans lequel les gens élèvent des serpents pour se nourrir et se procurer du cuir, et où ils boivent du lait de rat comme friandise. Un monde qui serait un mélange entre Tatooine (Star Wars) et le Texas de John Wayne. C’est sur cette lune pénitentiaire que Dix Low, une ancienne médecin militaire au passé trouble, recueille Gabriella Ortiz, une générale dont le vaisseau vient d’être abattu. Si la rencontre est inattendue, l’alchimie qui s’installe entre elles est encore plus surprenante. Issues de camps adverses, les deux femmes doivent apprendre à se faire confiance malgré les secrets qui les séparent.
S’installe alors un poker menteur, Dix Low tentant de cacher son passé et Gabriella Ortiz cherchant pourquoi on souhaite l’éliminer. Et si le passé de Dix Low était la réponse à toutes ses questions ? Les deux femmes n’auront malheureusement pas le temps de s’expliquer et c’est leurs vies qu’il faudra dans un premier temps sauver. Leur alliance fragile constitue ainsi le moteur de l’intrigue, dans un univers hostile où la survie passe avant tout.
Un roman qui redéfinit les genres
L’une des particularités du roman réside dans les Si. Ces entités, que les habitants appellent démons, sont quasiment indéfinissables sans trop divulgâcher le roman. Ce qu’on peut dire, c’est qu’ils ont une certaine capacité à montrer un univers alternatif. Existent-ils ou sont-ils le produit d’une superstition collective ? Telle est la question ! Présents dans de nombreuses scènes, ils montrent une autre vision du récit, avec des effets sur la compréhension de l’histoire qui peuvent être extrêmement déroutants. Sur cet aspect, l’autrice plonge son lectorat dans le mysticisme. Les Si contribuent ainsi à brouiller les frontières entre la réalité et la perception des personnages, apportant une dimension étrange à un récit par ailleurs marqué par la technologie et la violence militaire.
Le mélange des genres constitue l’une des particularités du roman avec du space opéra, de la SF militaire et du western. Même si le rythme est soutenu, l’histoire tombe parfois dans la surenchère d’action, certaines péripéties semblent davantage destinées à relancer le récit qu’à approfondir ses enjeux. Pourtant, ce rythme effréné participe aussi à l’identité du roman, jusque dans sa structure narrative. Assez inhabituelle en SF, celle-ci ne comporte pas de chapitres, mais se divise en quatre livres entre lesquels s’intercalent des coupures de journaux à des moments clés. C’est déconcertant pour celles et ceux qui aiment faire des pauses entre les chapitres pour respirer et apprécier la lecture. Ici, l’autrice impose davantage son propre rythme : contrairement à un découpage en chapitres, qui laisse au lectorat la possibilité de s’arrêter régulièrement, cette structure privilégie la continuité de l’action. Ce choix formel témoigne d’une véritable maîtrise de la narration, même si cette volonté contribue parfois à la surenchère d’action évoquée plus haut.
En conclusion, malgré une intrigue aux ressorts relativement classiques, l’écriture de Stark Holborn est appréciable. Ses personnages sont complexes et bien construits. Ils survivent tant bien que mal et font de nombreuses rencontres, qui contribuent à donner vie à l’univers de Factis. Sans révolutionner la SF, La Porteuse de mort est un roman plaisant et agréable à lire, dont on retiendra davantage le travail narratif de l’autrice que l’originalité de l’histoire racontée.