Kate Quinn est surtout connue pour ses fictions historiques, comme La Maîtresse de Rome, dont le premier tome, Les Héritières de Rome est aussi son premier roman. Avec La Bibliothèque des possibles, l’autrice américaine renoue avec une de ses passions littéraires de jeunesse : la fantasy, et appelle à la sauvegarde des bibliothèques.
Tu es triste ? Entre dans une bibliothèque
Alexandria, qui tient son prénom de la bibliothèque d’Alexandrie, est une « paumée de la vie ». Abandonnée par sa mère à l’âge de huit ans, elle a navigué de famille d’accueil en famille d’accueil, n’a pas pu étudier à l’université et cumule plusieurs petits jobs pour s’en sortir. Malgré son existence déjà pénible, l’univers lui réserve une journée infernale avec piratage de son compte en banque, licenciement, impossibilité de payer ses courses et son ex-amant qui la vire de leur colocation. Pleine de chagrin et de désespoir, la jeune femme se rend à la bibliothèque de Boston dans l’espoir de simplement y passer un bon moment, mais lorsqu’elle pousse la porte, elle se retrouve dans la Bibliothèque des possibles. « Avez-vous déjà rêvé de vivre dans un livre ? »
Bibliophile
Ce roman est un hommage à la littérature fantasy. Alexandria (ou Alix) apprend qu’en devenant une Protégée de ce lieu magique, elle peut entrer dans le livre de son choix… à condition qu’il soit tombé dans le domaine public. Donc, malgré les nombreuses références à ses lectures préférées, l’héroïne passe surtout son temps à basculer d’univers victorien en univers victorien. La Bibliothèque des possibles reste un roman de fantasy malgré tout ! Son concept d’entrée dans un univers fictif, bien que vu et revu, est travaillé de façon plutôt originale par Kate Quinn. La magie ne s’arrête toutefois pas à ce lieu spectaculaire. Au cours de sa lecture, le lectorat se retrouve confronté à l’irritable Bibliothécaire, une femme très âgée, lasse de devoir sans cesse répéter les consignes d’usage du lieu dont elle est la gardienne. Pleine de secrets et décidée à les garder, son caractère hostile retarde la découverte de l’ennemi, qui poursuit les héroïnes dans les livres au moyen de cartes rouges agressives. Elle ne cesse également de remonter les bretelles d’Alix, devenue sa nouvelle Auxiliaire de bibliothèque.
Le roman étant écrit en focalisation interne, chaque nouvelle découverte est un enchantement, autant pour l’héroïne que pour les lectrices et les lecteurs. Le duo effectuant des « voyages en marge de livres », il passe d’un roman à l’autre à plus ou moins grande vitesse et la magie s’opère. Chaque nouveau récit traversé lui octroie automatiquement un costume adapté à son univers, les personnages des histoires visitées prennent vie, s’adressent aux deux protagonistes et la magie de la Bibliothèque des possibles permet de se faufiler naturellement dans n’importe quel texte en garantissant aux visiteuses et visiteurs une place saine, en marge de l’histoire principale. La mécanique est bien huilée, l’excitation reste de mise.
C’est l’histoire d’un personnage secondaire
Kate Quinn rompt le quatrième mur avec son héroïne. Personnage banal à la vie misérable, elle est loin de celles qui obtiennent une soudaine maîtrise d’un pouvoir ancien, qui se découvrent un héritage royal ou divin ou qui développent des capacités de combat extraordinaires. Alexandria n’est pas « l’Éue » et c’est ce qui la travaille une bonne partie du roman. Elle n’a jamais été choisie par qui que ce soit. Seule la Bibliothèque des possibles lui a ouvert ses portes et c’est avec un entrain mesuré, car lucide, que la dévoreuse de fantasy se lance dans la redécouverte des grands classiques qui s’y trouvent. Grâce à des piques adressées à elle-même ou à des questions posées directement au lectorat, Alexandria assume pleinement sa place de personnage secondaire plutôt maladroit, qui ralentit certaines quêtes, se met accidentellement en danger, envie les capacités des autres et tente de s’en sortir avec des répliques mordantes (mais souvent lourdes). Le rappel constant qu’elle accepte sa place en fait une héroïne vraiment agréable à suivre, parce que les sujets qui lui pèsent le plus sur les épaules sont d’abord réalistes. C’est la Bibliothèque des possibles qui se charge de transformer cette jeune femme en sa gardienne, d’abord en lui refusant ce statut, ce qui encourage Alexandria à se dépasser. Un peu comme un chat qui finit par donner sa confiance, ce lieu extraordinaire accepte la jeune femme en même temps que celle-ci s’accepte elle-même. La magie se tisse entre elles deux, via un travail d’autoréalisation qui fonctionne en parallèle de la quête de la Bibliothécaire, qui ne souhaite qu’une chose : protéger sa Bibliothèque.
| Via une aventure taquine dans des œuvres littéraires ne relevant pas de la fantasy, Kate Quinn remet de la magie dans le monde réel avec une bibliothèque secrète qui ouvre ses portes à qui en a le plus besoin. L’autrice en profite pour écrire un hommage aux vraies bibliothèques, véritables lieux à part qui transportent les petits comme les grands dans un monde différent, où tout peut être oublié le temps d’une chasse aux dragons ou d’un thé à Dowtown Abbey. Finalement, son texte se veut une mise en lumière de ce qui se produit réellement lorsque les adhérents aux bibliothèques s’y rendent : l’émerveillement. Et c’est par le prisme de La Bibliothèque des possibles qu’elle nous encourage nous, lectrices et lecteurs, à tout faire pour préserver ces endroits afin qu’ils restent des lieux où tous les voyages sont possibles. De plus, elle insère dans son texte fantasy sa passion de l’histoire grâce à des descriptions précises des costumes historiques portés par les personnages au cours de leurs aventures, ce qui rajoute une précision intéressante aux scènes vécues en tant que lectrices et lecteurs. |
Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse
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