Légendes des contrées oubliées : le jeu de rôle devient BD

Dans (Re)Lire, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué la littérature. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou d’ouvrages injustement méconnus, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.


Trois BD d’heroïc fantasy marquèrent profondément les années 1980, l’âge d’or des jeux de rôle. Sur ce podium : Légendes des contrées oubliées de Bruno Chevalier et Thierry Ségur. En 1987, les deux auteurs, passés par Casus Belli, s’éloignaient quelque temps des pages du magazine de jeux de rôles dans le but de publier une trilogie devenue culte.

Trois nains et une prophétie

« Si vous l’avez croisé, vous possédez deux vies !
On n’échappe pas à Hûrl, même en rêve ! »

Un mercenaire de Gaëdor

Le roi des Nains est mort. Comme le veut la tradition, trois jeunes sont envoyés au domaine d’Ewandor pour en ramener son successeur, Raken. En chemin vers ce seigneur que nul n’a jamais vu, Oten, Aren, et Noren font rapidement la connaissance de Firfïn, voleur lïn retors et cupide, et de Morkaï, Akeï barbare à l’intelligence limitée, mais à la force herculéenne. Après un court passage mouvementé dans la cité de Gaëdor, les 5 hommes doivent affronter une armée de Morbelins, survivre à leur rencontre avec l’araignée géante Tutine et, surtout, échapper à la traque d’Hûrl, le terrifiant et puissant chevalier-tonnerre lancé à leurs trousses.

L’aventure se déroulant, la petite troupe comprend peu à peu qu’ils ne sont que les jouets de divinités déchues et corrompues : Ssîn le Sage, seigneur d’Alinor devenu impitoyable après le meurtre de son épouse, Ewandor le Devin, l’intrigant qui cacha la pierre d’éternité de la déesse après avoir commis son forfait, Jhüb, dragon à deux têtes et gardien craintif des secrets, et le héraut Chânt, qui sombra dans la folie après le crime.

Plus que leur capacité à surmonter les dangers qui menacent leurs vies, les trois envoyés nains doivent prouver leur valeur en répondant à une question : ont-ils les qualités nécessaires pour assumer le plus grand des secrets, celui qui se cache derrière l’identité du roi à venir et les responsabilités que cela incombe ?

Le bien et le mal

« Ssss. Ne sois pas effrayé… Ssss… Il n’est pas dur de régner… Ssss… Ta raison ne doit pas vaciller…. Ssss… Siiii…Maintenant une vieille histoire j’ai à te narrer… »

Jhûb

Avec La Saison des cendres, titre du premier tome et nom de la série porté à la postérité par les fans, Chevalier et Ségur ont quitté l’humour de Kroc le Bô pour développer une tragédie. Un genre qui convient parfaitement au dessin caractéristique, baroque et torturé, de Ségur. Toutes les histoires ne se terminent pas dans la joie.

Cependant, les Légendes des contrées oubliées ont une plus grande qualité que d’avoir osé prendre la tradition du conte qui finit bien à contre-pied ou d’avoir su donner vie à des personnages auxquels le lecteur ou la lectrice s’attache, y compris les plus sombres. La trilogie évite le piège simpliste de la lutte entre le Bien et le Mal.

Le cruel Ssîn est mû par l’amour de sa bien-aimée assassinée par jalousie, quand l’honorable Ewandor trompe son monde avec ses intrigues. Qui est le plus détestable ? Et qui d’Hûrl ou Morkaï est le combattant le plus noble ?  Quant aux héros, lesquels sont vraiment dignes de confiance ? Lesquels ont le droit véritable d’endosser ce rôle ? Le lectorat est seul juge de ses opinions et se plaît à détester ou admirer non qui il doit, mais qui il veut.

Incontournable pour les rôlistes dans les années 1980, la trilogie Légendes des contrées oubliées l’est devenue pour tout bédéphile amoureux d’heroïc fantasy. Un intemporel.

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