Super Mario RPG, une petite aventure qui titille la nostalgie

Annoncé en juin 2023 et sorti en novembre de la même année, Super Mario RPG est un remake du jeu éponyme sorti en mars 1996 au Japon (ou mai en Amérique du Nord) et sous-titré Legend of the seven stars. N’ayant jamais eu de traduction française lors de sa parution sur la Super Nintendo (ou dans ses différentes versions sur des consoles ultérieures, notamment la Console virtuelle), sa sortie sur Nintendo Switch permet aux joueuses et joueurs français (au même titre que celles et ceux d’autres pays d’Europe, injustement boudés lors de la sortie initiale) de découvrir le titre officiellement, et agréablement, grâce à sa traduction. Tout premier jeu du genre du RPG de l’univers de Super Mario, fruit d’une étroite collaboration entre Nintendo à la diffusion et Squaresoft (Square Enix aujourd’hui) au développement, Super Mario RPG a ouvert la voie et permis à des séries comme Super Paper Mario ou Mario et Luigi d’exister. Le remake a été, lui, développé par le studio ArtePiazza.

Une histoire des années 1990

Un beau jour, alors que la princesse Peach ramasse des fleurs, Bowser la kidnappe. Ni une ni deux, Mario s’en va pour la sauver des mains de l’antagoniste bien connu. C’est alors que, pendant l’affrontement entre les deux personnages, une épée géante s’écrase sur le château, éjectant tous ses occupants à des kilomètres à la ronde. De nouveaux ennemis sont venus envahir le Royaume champignon, Mario va devoir se faire des alliés pour mettre fin à cette menace.

Une esthétique de la poupée

Super Mario RPG excelle dans la continuité de l’essai lancé par l’épisode originel qu’il vient parfaire avec des graphismes en 3D dans des décors donnant l’impression de bacs à sable miniatures. Si la version de 1996 exécutait déjà la prouesse de livrer des scènes en 3D cohérentes et exemplaires pour l’époque de la Super Nintendo, ce serait mentir que de dire qu’elles n’avaient pas mal vieilli. Le remake de la Nintendo Switch remplit ainsi toutes les parties de son cahier des charges : ses graphismes sont très jolis, fluides au possible, dans un mélange entre la justesse et le bariolé.

Le jeu ne cherche pas à tout réinventer visuellement ; il préfère retravailler avec délicatesse l’existant. Ce choix s’avère judicieux. Les décors conservent ce caractère artificiel et presque tactile, se rapprochant des dioramas, qui faisait la singularité du titre, tandis que les animations et les expressions des personnages accentuent sa dimension théâtrale. Il y a dans cette direction artistique quelque chose de très enfantin – au sens noble : un goût pour le jouet, pour la mise en scène miniature, pour les couleurs franches et les silhouettes immédiatement reconnaissables.

Tout n’est pas excellent dans ce remake, comme les cinématiques, qui sont plaisantes mais présentent parfois des petits moments de floutage malencontreux (surtout lorsque la console n’est pas « dockée »). Il y a quelque chose de très jouissif dans la rapidité avec laquelle le jeu tourne, notamment lorsque les personnages se déplacent dans les petits décors se succédant et les traversent en quelques secondes (un sentiment qui a été perdu dans les futurs RPG de la licence Super Mario).

Des références à tire-larigot

L’un des plus grands plaisirs que procure Super Mario RPG est bien la quantité de détails qui feront plaisir aux fans de la première (comme de la dernière) heure de Nintendo. L’incarnation éphémère d’un modèle de Mario en 8-bit grâce à un détour derrière un mur très précis, des musiques symboliques, Link et Samus (respectivement des licences The Legend of Zelda et Metroid) qui peuvent être croisés subrepticement, le retour de Birdo (personnage emblématique de Super Mario Bros 2, sorti sur NES en 1988) et même un boss secret sortant tout droit d’un monde à la Final Fantasy, accompagné de ses musiques iconiques (en référence à l’univers exploité par Square Enix qui a participé au développement). Ce remake est un joyeux mélange entre les différentes inspirations qui ont permis de lui donner vie, mais est également truffé d’éléments sortant des autres jeux de l’entreprise nipponne. Ce ensemble donne parfois une impression étrange, à la croisée de l’onirisme marquant les jeux de Square Enix et de la familiarité de l’univers du plombier à moustache. Super Mario RPG demeure un objet un peu à part au sein de la ludographie de la licence Super Mario : un jeu à la fois profondément familier et doucement bizarre.

Le système de gestion et d’équipement de la petite équipe de personnages est également basé sur les référentiels développés par les licences de JRPG depuis le début des années 1980 : Dragon Quest, comme Utlima, ont apporté la notion d’aventure, d’équipements, d’objets et de combat au tour par tour dans le domaine du jeu vidéo respectivement sur consoles et ordinateurs, tout cela sera repris et amplifié avec le premier jeu de Final Fantasy sorti en 1987. Super Mario RPG reprend ce système, tout en reconsidérant également différentes capacités spéciales de combos à utiliser en mêlant quelques personnages à son équipe. Le jeu de 1996 jouait déjà sur tous ces codes, mais le remakede 2023 améliore drastiquement leur expérience et leur clarté.

Une facilité déconcertante, mais appréciable

La principale limite du remake réside sans doute dans sa difficulté, ou plutôt dans son absence relative de résistance. Le jeu était déjà très accessible en 1996, cette nouvelle version l’est plus encore. Les combats sont dynamiques grâce au système de commandes liées à un tempo, qui demande d’appuyer au bon moment pour augmenter ses dégâts ou réduire ceux reçus, mais l’ensemble reste rarement punitif. La possibilité de toucher plusieurs ennemis, certaines capacités très avantageuses et le confort général de l’expérience rendent la progression particulièrement souple. Une pluie d’objets est donnée aux personnages sans aucune difficulté, l’argent arrive dans les poches de Mario et ses amis au fil de combats qui manquent cruellement de challenge et, sans réel besoin de multiplier les affrontements, les protagonistes parviennent à atteindre un niveau si élevé que tous les combats qui suivent semblent bien simples.

Une dizaine d’heures pour voir le bout de l’aventure, une quinzaine pour achever le 100 % du titre, rendent ce petit jeu assez onéreux dans le paysage vidéoludique d’aujourd’hui, surtout lorsqu’il se retrouve, pour le même prix, face à des Xenoblade Chronicles ou des Dragon Quest XI qui possèdent une durée de vie bien plus généreuse. Cependant, retrouver la nostalgie des premiers JRPG grâce à la remise à neuf de ce classique, accéder à une traduction française pensée pour cette édition, jouer à une petite merveille légère aux visuels éclatants et charmants, rend l’expérience, malgré tout, agréablement douce.

Super Mario RPG est un charmant remake d’un classique ayant posé de nombreuses bases dans les années 1990 sur Super Nintendo. Petit jeu simple mais sympathique, il promet, malgré un prix pouvant faire souffrir le porte-monnaie et une durée peu rentable, une belle expérience issue d’un classique du jeu vidéo qui a ouvert les portes à des séries postérieures telles que Paper Mario ou les Mario et Luigi. Bien qu’on en voie le bout assez vite, ce titre vient toucher la nostalgie des joueurs et joueuses en donnant l’expérience améliorée (avec des visuels propres et adorables) du JRPG rétro.

Testé sur Nintendo Switch 2

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