Le samedi 30 mai, Arthur Var et Clovis Salvat sont venus présenter leur bébé de huit mois à la médiathèque des Izards de Toulouse : leur maison d’édition, Raion. Accompagnés de leur premier auteur édité, Yvan Narfez, ils ont parlé de leur univers, leurs ambitions et donné un avant-goût de leur ligne éditoriale avec un programme défini jusqu’à 2029 ! Voici le compte-rendu de cette double rencontre.
Qui sont-ils ?
Arthur et Clovis forment un trio d’éditeurs avec Octave Ly. Amis depuis une quinzaine d’années et ayant étudié et travaillé dans le domaine du livre et de l’impression, ils se sont associés pour créer Raion. Cette maison s’occupe de publier des mangas, mais pas n’importe lesquels : dans un désir de démarcation, d’exploration et de valorisation, la petite équipe cherche à faire honneur au manga français, plus particulièrement toulousain. En effet, la ville est très accueillante avec la culture nippone : chaque année a lieu le TGS (Toulouse Gamer Show), énorme événement occitan qui célèbre le jeu vidéo et les univers japonais. La ville abrite aussi l’EIMA, l’École internationale du manga et de l’animation, qui reçoit des professeurs mangakas japonais. Raion souhaite apporter sa contribution à ce rayonnement en mettant en avant des œuvres francophones et d’autres, plus discrètes ou indisponibles en France.
Leur ligne éditoriale
Les sujets de niche, ce sont leur dada ! Leur premier ouvrage paru, Anhuman, d’Yvan Narfez, est un manga muet éco-animaliste. Ce que l’on appelle aussi les silent manga est un genre particulièrement populaire au Japon, où tout bon mangaka est censé savoir raconter une histoire rien qu’avec le dessin. En plus de cette pratique originale, Raion ambitionne de ravir les amateurs d’horreur, de récits de tranches de vie, d’arts martiaux ou de l’espace (made in la ville de l’aéronautique et du spatial). Quelques titres sont déjà annoncés pour l’année suivante : Fear of the Dark de Leung Wai, Morning Sean, ou encore Shi. La maison toulousaine donne également la parole à des auteurs et autrices chinois, taïwanaise et français. Un catalogue qui promet d’être international et original !
Leur premier auteur et son manga : Anhuman
Dès qu’Yvan Narfez a su tenir un crayon, il s’est lancé sur les traces de son frère en dessinant. Après avoir conclu ses études d’art, il travaille sur Anhuman, en autodidacte pendant quatre années, jusqu’à sa parution récente. Il y raconte l’histoire d’une créature mi-humaine, mi-singe, qui se révolte face à la destruction de la nature. La férocité des combats est remarquablement bien détaillée sur chaque page. Les cases se passent de mots pour laisser la place à la plume précise d’Yvan et chaque chapitre se construit comme un épisode, subtilement liés par un fil rouge.
Les questions du public ont permis de dévoiler d’autres « secrets » de ce manga : si la couverture se veut vintage, inspirée par Devil Man, entre autres, elle laisse la place à une construction variée et dynamique au fil des pages. Chaque planche est unique et jeune. La précision du mangaka est telle, qu’il met jusqu’à une semaine pour en créer une. Avant de devenir cet objet livre unique, Anhuman a connu le jour dans des fanzines. Ainsi, il est possible que des lecteurs et lectrices aient déjà croisé le personnage.
La mise en place d’un circuit créatif à Toulouse
Ironiquement, Toulouse n’avait, jusqu’à récemment, pas de festival consacré au manga ni à la BD. Le plus proche, dont la prochaine édition a lieu entre le 20 et le 22 novembre 2026, se situe à Colomiers. Les passionnés se sont donc alliés pour monter Case Pastel en 2025 . Avec une liste d’invités plutôt conséquente cette année (le flyer en présente quarante, auteurs, autrices, dessinateurs, dessinatrices, librairies et maisons d’éditions confondus), ce festival de la BD et de l’illustration est encore jeune, mais ne demande qu’à grandir. Toutes ces personnes liées au manga et à la BD ont un objectif : faire de Toulouse la capitale européenne du manga, et au vu du nombre d’intéressés et de la naissance de projets divers et variés, c’est en bonne voie.
Si le Japon est le berceau de ce genre littéraire, il est clair que les autres pays du monde y sont accros et sont prêts à montrer de quoi ils sont capables.