Le Darrain : le renouveau de l’heroic fantasy ?

Publié chez Les Titanides, Le Darrain est le premier roman d’Aude Raga. Passionnée de voyages et de fantasy, l’autrice s’est inspirée de différentes cultures d’Europe et d’Asie pour construire son univers. Le résultat est une heroic fantasy qui rappelle les grands classiques du genre.

« Il était venu la veille et il reviendrait probablement le lendemain, comme un noyé jeté sur le rivage, puis réaspiré dans l’immensité de l’océan. »

L’histoire

Alfiau, jeune naïf empli de rêves de gloire, quitte son paisible village pour s’engager dans l’armée de Nisle, une puissante cité habitée par des humains, des nains et des darrains, des êtres qui suscitent autant de crainte qu’admiration. En chemin, il croise la route du mystérieux Hjartann, une rencontre qui marquera son destin. L’Elfe Heilendi, quant à elle, débarque à Nisle pour remplir sa mission d’ambassadrice. Néanmoins, la menace d’un siège nain gronde aux portes de la ville, permettant au chef des armées humaines d’imposer une politique discriminatoire et oppressive. Pris dans un tourbillon de violence et confrontés à des choix moraux déchirants, Alfiau, Hjartann et Heilendi doivent naviguer entre leurs aspirations personnelles et la sombre réalité de la guerre.

Une fantasy classique avec un univers très travaillé

Dès les premières pages, Le Darrain rappelle les grandes œuvres d’heroic fantasy du siècle dernier, comme le Seigneur des Anneaux. On y retrouve plusieurs peuples imaginaires qui vivent ensemble, elfes, nains, humains, darrains (l’équivalent des vampires), qui s’affrontent ou tentent de cohabiter. En revanche, le roman ne cherche pas à raconter une immense guerre épique. Il préfère suivre une histoire plus intime, centrée sur ses personnages et leurs évolutions.

L’écriture participe beaucoup à cette immersion. Le vocabulaire est adapté à l’univers médiéval, avec des tournures qui sonnent juste et même une touche d’argot qui donne de la personnalité aux dialogues. On sent aussi un vrai travail sur la langue : chaque peuple adapte des expressions françaises à sa propre culture, rendant l’univers et les échanges encore plus crédibles.

La structure du récit est également très bien pensée. Les informations arrivent progressivement et trouvent rapidement leur utilité dans l’histoire. Cette manière de construire le roman donne envie de continuer à avancer pour découvrir la suite. Le seul point qui pourra parfois freiner certains lecteurs ou lectrices est le worldbuilding. Il est très riche, parfois même un peu trop. Certaines informations sur l’univers auraient pu être allégées sans nuire à l’immersion.

Une réflexion sur les préjugés au cœur du récit

L’un des aspects les plus intéressants du roman est Alfiau, son personnage principal. Au début du récit, il est rempli de préjugés envers les étrangers et les différentes races imaginaires, notamment les darrains. Il considère ses idées comme normales, avant d’être confronté à une réalité qui va progressivement remettre toutes ses certitudes en question, de façon plus ou moins brutale. Le roman aborde ainsi les thèmes du racisme et de la xénophobie. Ce sont des sujets déjà souvent traités en fantasy, mais Le Darrain choisit un angle assez original. Plutôt que de suivre directement les victimes, il s’intéresse à quelqu’un qui se trouve du côté des « persécuteurs » avant de comprendre peu à peu l’horreur de ce qu’il a cautionné.

En résumé, Aude Raga signe avec Le Darrain un premier roman très prometteur. En mêlant une fantasy qui rappelle les grands classiques à une réflexion sur les préjugés et la tolérance, elle conjugue habilement tradition et modernité. Malgré un univers parfois un peu trop détaillé, le livre séduit par la qualité de son écriture, la construction de son récit et l’évolution de son personnage principal.

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