Premier jeu du studio français LifeLine Games, Deer & Boy est un titre qui mêle aventure et énigmes environnementales, dans un monde qui glisse de plus en plus vers le fantastique au fil de son récit. Sans révolutionner le genre et malgré l’exploitation d’un thème classique du jeu vidéo, il parvient à surprendre là où on ne l’attend pas.
Faon-tastique
Deer & Boy est une aventure muette qui met en scène un jeune garçon et un faon. Le premier a fui son foyer, le second a vu sa mère être tuée par des chasseurs. Les deux personnages se lient d’amitié et progressent ensemble dans un monde peu à peu envahi par d’étranges ténèbres qui corrompent ce qu’elles touchent. Il faudra donc autant éviter les adultes qui veulent ramener le protagoniste humain chez lui, que les créatures rendues agressives par la substance maléfique qui se répand un peu partout. L’histoire du jeu, volontairement obscure, est remplie de métaphores et propose plusieurs niveaux de lecture et d’interprétation en fonction de l’âge de ses joueurs et joueuses. Le récit, à la fois poétique et onirique, se montre touchant et se sert du gameplay pour illustrer l’amitié et l’entraide entre les deux personnages.

En effet, pour progresser à travers les environnements particulièrement variés traversés par ces derniers, il faudra souvent associer leurs capacités respectives. Les énigmes proposées mettent ainsi à profit la facilité du faon à se glisser dans les espaces exigus, à utiliser un pouvoir qui lui permet de repousser les ténèbres et à atteindre des endroits inaccessibles au garçon, qui peut, lui, manipuler des objets et déclencher des mécanismes. La plupart des casse-têtes sont bien pensés, sans être insurmontables. Il faut dire que le titre prend le parti de ne fournir aucun tutoriel et préfère intégrer ses mécanismes à la narration environnementale, avec, parfois, l’affichage d’une touche en complément.


Les possibilités s’enrichissent régulièrement durant l’aventure (au point de transformer le gameplay de façon parfois assez radicale), qui se déroule sur plusieurs saisons, au fur et à mesure que le jeune cerf grandit. Il y a d’ailleurs une jolie métaphore à rechercher du côté de ce compagnon qui commence l’aventure blotti dans le sac à dos du garçon qui le transporte, et qui finit par porter ce dernier sur son propre dos. Entre les passages réflexifs, Deer & Boy propose des phases de plateformes, d’infiltrations et même de course poursuite, puisque les deux personnages ne sont pas des combattants aguerris et devront donc utiliser les décors ou fuir pour se débarrasser des ennemis qui les pourchassent. Si le gameplay ne nous a pas fait défaut, il faut mentionner quelques rares séquences rendues frustrantes par des plateformes aux bords mal définis ou des passages durant lesquels les commandes ne sont pas assez réactives.

Pas daim seul bloc
Deer & Boy a beau être un jeu muet – puisqu’aucun personnage ne parle et qu’il n’y a même pas de textes –, il n’est pas pour autant silencieux. La musique y occupe une place importante et accompagne avec beaucoup de justesse les différentes émotions qui traversent les joueurs et joueuses au fil du récit. Plusieurs passages mettent également à profit le son pour se repérer ou progresser, et illustrent avec brio l’idée qu’il est possible de communiquer même sans parler le même langage. Cette importance accordée à l’ambiance sonore et musicale contribue à l’aspect immersif du titre, même si l’ensemble aurait gagné à s’enrichir d’autres mécaniques qui exploitent les sens, notamment via les vibrations de la manette, même si cela aurait rendu l’aventure inégale d’une plateforme à l’autre, toutes n’offrant pas les mêmes services à ce niveau.


Bien que le jeu de LifeLine Games n’ait pas une durée de vie énorme, environ cinq heures, il conserve son intérêt tout du long grâce à de nombreuses variations dans le gameplay, les énigmes et les environnements. Ces derniers sont visuellement très réussis et offrent un cadre tantôt mélancolique, tantôt onirique au titre. L’aventure permet en effet de voyager aussi bien dans des usines bétonnées et des quartiers résidentiels, que des mines abandonnées, des forêts plongées dans la pénombre ou des sommets enneigés.

Par certains aspects, Deer & Boy rappelle Heart of Darkness, non pas pour le côté die and retry de ce dernier, bien que certaines séquences soient à la limite de l’apprentissage par l’erreur, mais par ses décors, la nature de ses ennemis et la nécessité d’observer en détail chaque niveau pour repérer les objets utilisables ou les endroits qu’il est possible d’escalader. Car si le jeu se présente comme une aventure en 2D (encore que…) il exploite la profondeur de ses environnements pour ouvrir de nouveaux passages à ses deux héros. Là encore, l’équipe de développement n’a rien laissé au hasard et suggère la route à suivre grâce à la narration environnementale. L’apprentissage que vivent les héros au fil du récit se double ainsi du nôtre, celui qui nous permet de repérer les éléments que le jeu met à notre disposition pour progresser. Là encore, une belle métaphore.

| Avec ce premier titre, LifeLine Games signe une aventure touchante, poétique où la tendresse tutoie la beauté. Malgré quelques rares passages crispants, Deer & Boy est une réussite cerf-taine ! |
Testé sur Xbox Series X.
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