1000xResist est-il un visual novel ? Oui… et non. Est-ce un drame familial ? Un jeu de science-fiction postapocalyptique ? Un thriller futuriste ? Un peu tout ça, mais aussi autre chose. 1000xResist ne rentre dans aucune case, il les refuse toutes. Le titre ne cherche pas à plaire, mais à raconter, et son histoire, complexe, troublante, parfois dérangeante, souvent nébuleuse, est autant celle d’un seul personnage que d’une multitude. 1000xResist n’est pas un jeu que l’on peut résumer facilement. À la fois simplissime dans son gameplay et d’une profondeur incroyable dans sa narration, cet ovni vidéoludique, première production du studio canadien sunset visitor 斜陽過客, perturbe autant qu’il bouleverse.
« Vous nous avez arraché notre immunité. Vous nous avez condamnées à cette vie. Qui êtes vous pour choisir qui vit et qui meurt ? »
Qui-Observe, 1000xResist, sunset visitor 斜陽過客
Uchronie dystopique
Difficile d’aborder le scénario de 1000xResist tant il est pensé pour être découvert ou fil du jeu. D’abord obscur, il se révèle par petite touche, à mesure que Qui-Observe, le personnage contrôlé par les joueurs et joueuses au début de l’aventure, explore les souvenirs de la MÈRE-DE-TOUTES, une entité divine révérée par les dernières habitantes d’une Terre postpandémie. Le jeu déploie plusieurs récits imbriqués les uns dans les autres au travers de mille ans d’histoire : les origines de l’extinction de l’humanité et de la canonisation de la MÈRE-DE-TOUTES, la jeunesse de cette dernière avant la catastrophe, la prise de conscience progressive de Qui observe au sujet de ses sœurs et d’elle-même, ainsi que d’autres, que l’on se garde bien de révéler.
Le jeu est construit sur une uchronie – puisque la pandémie mondiale sur laquelle il s’appuie, si elle n’est jamais temporellement située, semble se produire à une époque qui ressemble technologiquement aux années 2020 –, mais navigue aisément entre différents styles. Lors des séquences qui se déroulent au tout début de la catastrophe, le récit se veut intimiste, entre tranches de vies lycéennes et familiales. Il bascule dans la S.-F. lorsque la pandémie s’avère être due à une invasion alien. Puis flirte avec le fantastique quand une lycéenne semble miraculeusement immunisée contre la maladie et devient le sujet d’expériences gouvernementales. Plus tard, le jeu nous transporte dans un futur aux accents de cyberpunk, où se déroule une enquête digne d’un film noir…
Différentes identités qui se succèdent et s’échangent avec une grande cohérence, et qui servent particulièrement bien les thèmes traités par le titre. Certes, il faut attendre que certaines pièces du puzzle que constitue le scénario s’emboîtent correctement pour saisir ce que 1000xResist choisit d’aborder, mais jamais le jeu ne nous laisse avec la sensation de ne pas savoir où il va ou d’être brouillon. Au contraire, on sent que derrière chaque ligne de dialogue, derrière des événements en apparence anodins, il y a un sens qui ne nous échappe que parce qu’il est encore trop tôt. Que tout ce qui est mis en scène compose une vaste toile aux implications à la fois planétaires et intimes.
Amour, horreur, émotion
Le jeu parle de résistance, d’identité, d’émancipation, de famille, d’héritage, de dépression, d’amour et de rejet, sans fard, avec beaucoup d’humanité. Il comporte aussi une part de violence brute, rarement celle qui s’affiche au travers d’affrontements acharnés et de gerbes de sang, mais celle qui se déroule hors champ, suggérée par ses conséquences ou quelques lignes de dialogues ; celle qui se développe dans l’imagination des joueuses et joueurs. L’horreur naît de la compréhension. De la lucidité qui émerge lorsque l’on se retrouve confronté au vécu de certains personnages, à leurs actions, à leurs paroles. Elle est parfois plus vive dans l’ambiance feutrée d’un appartement familial que durant une manifestation réprimée avec violence.
1000xResist n’est pas un jeu d’action. Le gameplay y est minimaliste. Il est possible de se déplacer, d’interagir avec des personnages et des objets et, lors de certaines séquences, de se propulser à travers l’espace grâce à un système d’anneaux et de grappins. Bien que certains de ses niveaux soient de longs couloirs dans lesquels la progression est guidée, la plupart des environnements forment de vastes espaces ouverts, plus ou moins tortueux, dont le design facilite la perte de repères. Il s’agit, là encore, non pas d’un accident créatif, mais bien d’un choix narratif conscient de la part des développeuses et développeurs de sunset visitor 斜陽過客. En rendant certaines zones confuses, en nous poussant à nous y perdre, le studio renforce la sensation que nous partageons avec le personnage principal : celle d’évoluer dans des lieux qui n’ont pas été conçus pour nous, mais pour servir des desseins qui nous échappent.
L’esthétique épurée du titre, parfois même froide et clinique, contribue à renforcer la présence des personnages, ces fragments d’humanité esseulés, qui s’en détachent pour apparaître comme les derniers éléments vivants d’un monde mort. Si les graphismes n’ont rien de marquant, le travail effectué sur la lumière et la couleur participe efficacement à donner une aura tantôt dramatique, tantôt angoissante à l’univers. De même, la musique, discrète, mais toujours pertinente, fait partie intégrante de l’atmosphère portée par le jeu. 1000xResist excelle dans un domaine : exploiter tout ce que le jeu vidéo propose pour livrer son histoire.
1000xResist est-il seulement un jeu vidéo, ou bien le jeu vidéo est-il un moyen pour 1000xResist de partager son récit ? Nul doute que le titre ne s’adresse pas à tout le monde. Les émotions qu’il convoque sont totales : il bouleverse jusqu’aux larmes, choque au point de rendre coi. Si sont message pourra laisser froide une frange de celles et ceux qui s’y essaieront, son message d’humanité, d’amour et de liberté reste universel.