Alors qu’elle est pourtant bien occupée avec le tome 4 des Semi-Deus à paraître en 2027, Juliette Fournier prend le temps de scénariser une nouvelle histoire originale dessinée par Greg Mauny et colorisée par Ooshima : Les Seigneurs Mages. Cette bande dessinée médiéval-fantasy, prévue pour se conclure en trois tomes, propose une aventure qui mélange une quête initiatique à l’occidentale avec une esthétique empreinte de l’univers des yokaï japonais.
Frère et sœur
Kain et Niméa, frère et sœur d’adoption, vivent sur le domaine de Dante-Pierre appartenant au Seigneur Mage Yalnus. Comme tous les vassaux de ce dernier, les deux enfants doivent composer avec les assauts réguliers des Odiums, des créatures qui peuvent dissoudre la chair au moindre contact. Si Kain en conçoit une certaine rancœur face au magicien, bien protégé dans sa tour et qui se contente de fournir à ses sous-fifres l’acier magique capable d’entailler les Odiums, sa sœur rêve de devenir Dame Mage afin de rejoindre les rangs des magiciens. Lorsque Yalnus meurt, c’est toute une cohorte de Seigneurs Mages qui viennent se disputer ses terres. Alors que Niméa y voit l’occasion d’accéder à son rêve, son frère espère que l’événement permettra aux humains de reprendre possession de leur domaine et de leurs vies.

Une vraie pépite
En dehors de sa scène d’exposition dans laquelle les dialogues manquent un peu de naturel, Les Seigneurs Mages est une vraie pépite. Son univers graphique s’éloigne agréablement de la fantasy traditionnelle pour se permettre toutes sortes d’originalités, tant du côté du design des protagonistes que des environnements. Créatures loufoques, personnages inquiétants ou amusants, la créativité de Greg Mauny semble n’avoir aucune limite. Les plus observateurs remarqueront d’ailleurs un hommage au Voyage de Chihiro caché dans l’une des cases.
Si les couleurs sont pastel, l’ambiance est loin d’être enfantine. Les Odiums, créatures polymorphes et immortelles, peuvent trancher un membre par simple contact. Les affrontements contre eux sont souvent sanglant, et Kain en fait très tôt les frais. Vaincus par l’acier écarlate, les monstres ne meurent pas, mais se changent en œufs qui doivent être remis à un Seigneur Mage ou une Dame Mage, seules personnes capables de les détruire. On soupçonne néanmoins que ce n’est pas par altruisme que les magiciens récupèrent ces œufs et qu’il y a probablement quelque affaire occulte liée à leur pouvoir derrière cela.

Drôle et sanglant
Juliette Fournier propose ici des personnages plutôt intéressants dans leurs archétypes. Niméa est encore une enfant naïve, mais néanmoins courageuse. Kain, adolescent blasé qui joue les durs, se laisse parfois rattraper par sa jeunesse, mais c’est bien du côté des Seigneurs Mages que l’on suit les caractères les plus intrigants. Dariel est l’un des plus jeunes membres de cette caste de magiciens, mais c’est aussi un esprit libre, rebelle et drôle, bien plus affable que ses comparses. À ses côtés, Mirius incarne le vieux sage calme et réfléchi, qui n’a pourtant pas peur de bousculer l’ordre millénaire des Seigneurs Mages. Le duo apporte quelques séquences particulièrement amusantes à l’album avec ses réflexions cyniques et moqueuses à l’encontre de ses pairs.

Le suspense est bien amené et le récit nous garde en haleine jusqu’à la dernière page de ce premier volume, qui se conclut de façon épique et magistrale. Maintenant que les bases sont posées, la suite promet d’être gorgée d’action. Ce qui est sûr, c’est que l’autrice garde quelques belles surprises en réserve pour les tomes suivants, pour lesquels l’attente va nous sembler longue !
| Les Seigneurs Mages propose une fantasy à la fois politique et épique qui se montre particulièrement habile et originale, dans son style comme dans son récit. Maintenant que ce premier tome a posé les bases et lancé l’aventure, il nous tarde de découvrir quelles péripéties attendent Niméa et Kain. |
Album reçu dans le cadre d’un service presse.
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