Soyons honnêtes, lire Sang bleu sans s’être d’abord procuré l’omnibus de Contro Natura aux éditions Glénat risque de vous faire passer à côté de pas mal d’éléments relatifs au scénario. Pour cela, on regrette que ce tome n’ait pas été numéroté ou qu’il ne comporte pas de mention claire qu’il s’agit d’une suite. Néanmoins, il est toujours agréable de retrouver un comic de la talentueuse Mirka Andolfo, dont Sang bleu ne dément pas le talent pour le dessin et le mouvement. Si le premier album présentait une dystopie eugéniste et s’attaquait à l’homophobie, à l’injonction à la maternité et au racisme, celui-ci plonge encore plus franchement dans le fantastique et aborde la famille, les croyances, l’interprétation de l’histoire et surtout l’emprise sectaire.
Malédiction
Depuis la fin de la dictature qui régnait sur New Roark, Leslie et Khal peuvent enfin vivre leur amour au grand jour, bien qu’ils appartiennent à deux espèces différentes. Tous deux tentent de laisser derrière eux les événements qui ont conduit à la fermeture de l’Abattoir en menant une vie simple et heureuse, mais surtout en prenant soin de la jeune Shae, désormais orpheline. Celle-ci supporte assez mal la situation et se montre rebelle et effrontée au quotidien. Une complication de plus pour Leslie, qui recommence à faire d’étranges cauchemars apparemment liés au sang bleu, annonçant un possible retour de l’Albinos. Khal et elle se mettent donc à suivre les indices qui pourraient mener à l’ancien dieu vengeur, afin de faire disparaître une bonne fois pour toutes sa malédiction.

Fantastique
Alors que le premier tome amenait le fantastique de façon progressive dans le quotidien de ses personnages, celui-ci y plonge très tôt, puisque les rêves de Leslie la ramènent directement au sang bleu et aux épouses divines, sujet central de Contro Natura. La quête de réponses va mener le couple dans un village isolé, à Griffe sacrée, au sommet d’une montagne perdue et presque inaccessible. Là-bas, Leslie, Khal et Shae découvrent une communauté étrange, qui vénère l’Albinos d’une façon… différente. Loin des manipulations génétiques de Napoléon et des horreurs de l’Abattoir, les habitants de Griffe sacrée ressemblent plus à une bande d’illuminés, mais s’agit-il de hippies pacifistes ou de dangereux fanatiques ?

Comme toujours avec la scénariste et dessinatrice italienne, sexe, violence et transformations corporelles extrêmes sont représentés sans fard et viennent servir un récit moins profond que son prédécesseur, mais plus punk. Les personnages sont expressifs, la mise en scène dynamique et l’action particulièrement inspirée. On quitte cette fois la verticalité de New Roark — cette simili-New York animalière —, pour l’environnement rural, presque pittoresque, du village de Griffe sacrée et ses alentours forestiers. Un changement de décor qui n’allège pas pour autant l’ambiance de ce comic, qui use toujours des animaux pour critiquer des travers tout à fait humains.

On s’éloigne cette fois des questions de société et de racialisation du premier tome, pour aborder principalement la famille, que ce soit à travers le personnage de Shae, prête à tout pour retrouver ses parents adoptifs, ou celui de Minerva, qui cherche sa place au sein du culte de l’Albinos. Ici, le terme « contre-nature », qui donne son nom à la série, ne vient pas bousculer les préjugés et les codes sociaux, mais plutôt interroger la façon dont l’artificiel peut s’intégrer au naturel et en devenir membre à part entière.
| Sang bleu vient conclure avec plus de liberté et de fantaisie la série Contro Natura. Si le récit est moins poignant que son prédécesseur, il propose tout de même de beaux moments intimistes et des personnages attachants. À lire après l’omnibus pour en profiter pleinement ! |