Certains et certaines d’entre nous ont – sans doute à cause de l’actualité – enterré un peu vite l’anticipation dystopique pour se réfugier dans de la S.-F. humoristique et de la cosy fantasy. Mais voilà que débarque Ian Green, bien décidé à nous balancer son roman bio-cyberpunk rempli de guitares qui crachent des riffs crasseux en plein dans les dents.
« […] et, alors, plus rapide qu’une vipère, plus rapide qu’un guépard, plus rapide qu’un autre truc que vous voudriez rajouter sur le liste des trucs vraiment rapides,il y a Surin le couteau, Surin avec son penchant pour la violence et ses augment’ et ses yeux de démon et ses muscles. Surin qui devrait être mort ou en prison, mais qui n’estrien de tout ça, parce qu’il est trop fou pour se faire attraper. »
Extrêmophile, Ian Green, Argyll.
London calling
Tout ce que vous pouviez imaginer de pire pour le futur a bien eu lieu : dérèglement climatique exacerbé, pandémies à répétition, eugénisme et racisme forcenés, surveillance de masse et dictature totalitaire… À Londres, Charlie et Parker survivent grâce aux concerts de punk et aux petites modifications génétiques illégales conçues par la première, et, au milieu de tout ce bordel, s’aiment. Et puis un jour débarque un contrat qui pourrait tout changer : tuer le fantôme, voler la fleur, sauver le monde. Est-ce encore une opération désespérée de la part de ces idéalistes qui pensent pouvoir débousiller la planète ou la promesse d’un vrai changement ? C’est en tout cas le début d’une mission potentiellement mortelle.
Le fond et la forme
Extrêmophile est un roman qui ne prend pas de gants, sauf peut-être des mitaines cloutées tachées d’huile et de sang. Sexe, drogue et rock’n’roll, à l’image de ses personnages aux personnalités extrêmes et contrastées, cette aventure chorale carbure à 100 à l’heure. Ian Green y insère ses connaissances en épigénétique pour crédibiliser un récit qui aborde autant les modifications du génome humain que celui des plantes et des animaux. S’il est parfois terrifiant de réalisme, le récit ne manque pas d’un humour noir qui vient adoucir un futur totalitaire diablement crédible, rythmé par les manifestations et les coups de matraque.
Punk, Extrêmophile l’est aussi dans sa forme. Son auteur s’affranchit de la plupart des codes de la littérature et de la typographie, varie les narrations, et il en résulte un texte qui peut se montrer difficile à pénétrer durant les premiers chapitres, mais qui devient rapidement viscéral, malgré quelques erreurs qui ont échappé à la correction. On finit par entrer dans le récit autant que dans la caboche (parfois bien amochée) de ses personnages jusqu’à s’attacher à Charlie la cynique, Parker l’idéaliste, Surin le tueur psychotique ou encore Awa. Awa qui a vécu l’enfer, Awa qui est sans doute l’incarnation de la force et de la résilience et qui vient, par son vécu d’enfant des mines, ancrer cette dystopie dans un univers atrocement réel.
Non, Ian Green ne prend pas de gants lorsqu’il parle de ces corpos cyberpunks qui contrôlent un pays, de ces milliardaires mégalomanes qui cherchent le secret de l’immortalité – au prix de milliers de vies sacrifiées – ou de ces survivants un peu fous qui tentent de remettre du sens dans un monde en ruines. Extrêmophile est un uppercut littéraire dont les mots tachent et suintent, dont l’univers colle à la peau, s’accroche au lectorat, écœure et fascine tout en même temps. Un roman addictif et venimeux, sombre et bourré d’espoir. Exceptionnel.
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