Crains que l’ombre ne te croque – entre vampires et sorcières

Le premier roman de Myriam Dahman met en scène des sorcières, personnages fantastiques souvent à l’honneur dans ses travaux – comme dans La magicienne ou Tout pour devenir une sorcière, petit guide à l’usage des princesses qui s’ennuient –, et des vampires. Alors qu’elle craignait de ne jamais publier cette histoire, l’autrice peut désormais se targuer d’avoir sorti un ouvrage magnifique grâce au travail de Little Urban : illustré et jaspé d’or. Crains que l’ombre ne te croque est un excellent roman jeunesse sur l’amitié, l’amour familial et la magie.

Une sorcière rentre chez un vampire détective

Maximilen Blackwood est piégé pour toujours dans le corps de ses dix-sept ans. Vampire solitaire et morose, il accepte toutefois avec joie l’enquête que lui propose Najwa, une jeune sorcière embauchée par une famille vampirique aux allures de mafia. Ils doivent retrouver le calice de Sang, un artefact ancien, équivalent du Graal chez les vampires, car seule son utilisation permet la création de nouveaux êtres de la nuit. Don Carlos, le commanditaire, cliché d’un parrain de la mafia, laisse fortement entendre qu’en cas d’échec, le duo risque la mort.

Premier roman jeunesse de Myriam Dahman

Après avoir écrit des contes fantastiques, l’autrice s’est lancée dans un travail de longue haleine pour composer son roman, consacré à un public jeune et adolescent. Le texte repose sur deux narrations simultanées, portées par Maximilien et Najwa. L’un est un vampire qui déborde d’ironie et alimente ses pensées de métaphores en tout genre. Ses chapitres sont amusants à lire, car différents de ce à quoi le lectorat pourrait s’attendre en entrant dans la tête d’un vampire. Malgré son âge réel, Maximilien s’est ancré dans le présent et use de beaucoup de blagues et références récentes pour rester à distance des personnages qui l’entourent et se draper dans sa bouderie permanente.

Najwa est une jeune sorcière ayant été abandonnée par sa mère sans pouvoir quand elle avait cinq ans. Ayant grandi avec une famille d’adoption magique, elle n’en a pas moins développé un amour immense pour ses compagnes sorcières et c’est l’amitié qu’elle partage avec Violette, qui peut entendre l’avenir, qui la pousse à travailler avec les vampires. Les personnages restent relativement simples dans leur manière d’agir et de penser. Faciles à comprendre, Maximilien et Najwa sont des héros vraiment agréables, car dictés par des convictions claires et par leurs impulsions.

Le sens du devoir

Ce qui lance la trame narrative du roman, c’est officiellement le sens du devoir imposé par une autorité supérieure. Najwa et Violette, sorcières, font partie d’une communauté magique régie par des aînées, dont les décisions font loi. Violette possède un don rare qui peut la hisser au sommet de la hiérarchie : elle entend l’avenir. Prenant la chose avec beaucoup d’humour, et en même temps du désespoir, la sorcière écoute les voix pour « créer » une prophétie dans laquelle lancer son amie. Le don de prophétie étant particulièrement éprouvant pour ses porteuses, le sujet de la dépression et de la folie est abordé à plusieurs reprises, mettant en lumière l’importance de la prise en charge des proches malades et de l’écoute. C’est cette capacité d’écoute qu’a Najwa pour Violette qui transforme leur amitié en pivot central du roman.

Si l’histoire ne commence pas avec le duo de sorcières, mais plutôt avec celui formé par Maximilien et Najwa, Myriam Dahman lance son récit grâce à Violette, qui court un grand danger, car elle est forcée d’utiliser ses pouvoirs par ses aînées. Lorsqu’elle décède, Najwa subit son deuil. Toute sa douleur se heurte à la froideur des autres sorcières, qui s’attendaient à voir Violette se suicider. Or, Najwa est convaincue que son amie ne s’est pas jetée elle-même sous les roues d’une voiture, et c’est cette conviction qui la pousse à suivre la prophétie de Violette et à s’allier avec un vampire, alors que les deux espèces magiques n’ont plus travaillé ensemble depuis des siècles.

Plus tard dans le roman, les origines de Maximilien sont dévoilées et tout ce qu’il cache soigneusement derrière un masque de sarcasme est révélé : son sens du sacrifice, son existence humaine, son sens du devoir… La solitude ressentie par le (pas si) jeune homme prend un sens percutant et si Crains que l’ombre ne te croque s’oriente surtout sur la prophétie de Violette et la quête du calice de Sang, l’histoire personnelle de Maximilien fait partie des thèmes qui suscitent l’intérêt du lectorat.

Le roman invite chacune et chacun à faire attention à ses proches et à prendre soin de soi. En enrobant ces conseils vitaux dans une histoire d’enquête surnaturelle entre vampires et sorcières, l’autrice compose un écrit jeunesse distrayant mais aussi tendre et éducatif.
Critique écrite dans le cadre d’un service presse.

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